Empreint de rigueur et résistant à la tentation des effets d’annonces fantaisistes, le nouveau contrat stratégique pour la filière automobile, conclu entre les pouvoirs publics (les ministères de l'Economie, de l'Environnement et des Transports) et les principaux représentants de ladite filière, PFA en tête, pose des bases de travail intéressantes pour l’horizon 2022. Avec un échéancier réaliste et des objectifs qui le sont tout autant, ce qui ne signifie pas qu’ils manquent d’ambition.

Au premier chef, il convient de noter deux éléments significatifs. Primo, les grands patrons n’avaient pas délégué et Carlos Ghosn (Renault) était présent aux côtés de Bruno Le Maire, ministre de l’économie, d’Elisabeth Borne, ministre des transports, et de Nicolas Hulot, ministre de l’écologie, tout comme Carlos Tavares (PSA), Florent Menegaux (il succédera l’an prochain à Jean-Dominique Senard à la tête de Michelin), Patrick Koller (Faurecia), ou Jacques Aschenbroich (Valeo). Il convient aussi d’y associer Laurent Burelle (Plastic Omnium), qui donne par ailleurs une nouvelle jeunesse à l’Afep. Par ailleurs, la filière aval n’avait pas été oubliée et le CNPA de Francis Bartholomé était accueilli avec déférence comme ses partenaires représentatifs des services de l’automobile (ASAV, FNA) et de la distribution (FEDA).

En présence de Xavier Peugeot (CCFA), Luc Chatel, président de la PFA, a tenu à rappeler que la filière automobile était à un tournant de son histoire et qu’elle jouerait son avenir au cours des prochaines années. Dès lors, le contrat de filière, qui revendique « une réciprocité des engagements », s’articule autour de quatre grands axes : le développement du véhicule électrique et hydrogène, le développement du véhicule autonome, les compétences et la compétitivité de la filière. Tout en érigeant quelques principes théoriquement inaliénables : la neutralité technologique, pour atteindre des objectifs environnementaux ambitieux et sur lesquels la filière s’engage pleinement, une visibilité à 5 ans des aides octroyées pour le renouvellement du parc, ou encore le respect d’un délai de 5 ans entre l’adoption d’une nouvelle norme environnementale applicable à l’automobile et son entrée en vigueur effective.

Dans une optique environnementale, l’accent est porté sur l’électrification des véhicules. L'objectif est de vendre environ 150000 véhicules 100% électriques sur le marché français en 2022 (utilitaires compris), contre 30000 l'an dernier. A cette date, le gouvernement vise 600000 véhicules électriques en circulation pour 400000 hybrides rechargeables. Les infrastructures devraient -enfin- suivre et l'ambition d'atteindre 100000 bornes en 2022, soit une pour dix véhicules électriques en circulation, est énoncée.

Le véhicule autonome n’est naturellement pas oublié et Bruno Le Maire avait d’ailleurs annoncé dès la semaine dernière que la France allait autoriser les tests de véhicules sans conducteur en 2019. "L'état lancera en juin un appel à projets, doté de 40 millions d'euros, visant à soutenir un programme d'expérimentations de véhicules autonomes représentant plus de 200 millions d'euros d'investissements", stipule le contrat de filière.

Sujets sensibles à plus d'un titre, la connectivité et l’enjeu clé de l’accès aux données n’ont pas été occultés, ce qui réjouit le CNPA et ses partenaires.