Les sourires, accolades et autres déclarations fracassantes de 2011 sont bien loin. Lundi 4 juin, le groupe Bolloré a pris la plume à destination de la presse pour dire tout le bien qu'il pense de la mairie de Paris et du syndicat mixte Autolib', qui regroupe les communes adhérentes à son système : "Le groupe Bolloré signale qu'il n'a cessé d'alerter le syndicat depuis 3 ans de la dérive financière du service sans qu'aucune mesure ne soit prise et regrette cette polémique qui va encore nuire à l'image du service et peser sur ses performances" explique l'entreprise présidée par Vincent Bolloré.

Celle-ci réagissait en effet à un précédent écrit rédigé par le syndicat mixte, Autolib' métropole : "Côté entreprise, il s'agissait d'améliorer la qualité du service, notamment l'entretien et le renouvellement des stations et des voitures, une meilleure régulation et le lancement d'une campagne commerciale d'envergure pour recruter de nouveaux abonnés. A ce jour, cela n'a pas été mis en oeuvre" (...) Au regard des désaccords persistants entre le syndicat et le groupe Bolloré, les deux parties ont, d'un commun accord, acté le déclenchement d'une procédure de conciliation (...) Sans tenir compte de l'avis du syndicat, le groupe Bolloré a mis fin par courrier daté du 25 mai à toute procédure de conciliation et
conditionne la poursuite du service à un financement des collectivités dont le montant repose sur sa seule évaluation..."

L'affaire est tout à fait simple à comprendre : Autolib' est une activité fortement déficitaire, mais le groupe Bolloré ne compte pas être le seul à payer : il réclame donc 46 millions d'euros par an au syndicat mixte, une somme qualifiée "d'abracadabrantesque" par la maire de Paris, qui se délecte d'employer le vocabulaire de son prédécesseur Jacques Chirac.

Bien des observateurs, dont le bureau d'études spécialiste de la mobilité 6T, avaient prédit que l'affaire Autolib' se terminerait mal. Vincent Bolloré a toujours soutenu qu'il rendrait le service rentable. Durant les premières années de mise en service d'Autolib', l'intéressé et son entourage ne cessaient de promettre des profits pour les mois à venir. Sept ans après, 6T publiait une longue et minutieuse étude illustrant le fait que "l'année 2017 se caractérise par une baisse d'activité pour Autolib'" mais aussi par une baisse de ces recettes en dépit de charges d'activité en hausse.

Le groupe des Républicains au Conseil de Paris a réclamé à l'exécutif parisien le droit de consulter l'audit de gestion d'Autolib' réalisé par Ernst & Young en mars 2017. Car comme l'a tweeté le groupe, "Autolib', Vélib', il est urgent de mettre fin à fiascolib'."