Elue Femme de l’année par l’association Women and vehicles in Europe (*), Saran Diakité Kaba, responsable UX & HMI R&D, expériences utilisateurs et programmes cockpit du groupe PSA, est venue à la rencontre du jury quelques mois après la cérémonie de remise de prix officielle. L’occasion d’évoquer plusieurs sujets très variés, de la place des femmes dans la société contemporaine et l’entreprise à sa conception du management, du produit automobile, en passant par l’épineuse question de la diversité.


A propos d’Opel : « Notre équipe rassemble 232 collaborateurs, auxquels il convient de rajouter une centaine de personnes réparties dans le monde, notamment à Shanghai. Désormais, avec l’intégration d’Opel, nos perspectives s’élargissent et nous y voyons une belle opportunité, c’est stimulant. Je ne pense pas qu’il soit très fécond de raisonner en termes de classement, Opel est meilleur que PSA sur ce point, PSA est meilleur qu’Opel sur celui-ci, etc. En tout cas, nous savons que les collaborateurs d’Opel ont d’indéniables qualités, leur rigueur ou leur parfaite maîtrise de l’anglais par exemple ».


A propos de la place des femmes dans l’entreprise : « Je ne vais surprendre personne en avançant que les choses évoluent, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Je suis en train de lire un ouvrage de Noémie Le Menn, « Libérez-vous des réflexes sexistes au travail » (ndlr : Editions Dunod, 2018) et c’est édifiant, pas nécessairement dans le bon sens du terme… Cependant, il nous revient d’accélérer le rythme du changement. D’ailleurs, dans un groupe comme PSA, nous pouvons constater que si la gouvernance reste majoritairement masculine, chez les plus jeunes managers, comme ceux de ma génération par exemple, nous sommes à l’équilibre entre hommes et femmes ».


A propos de son statut de femme dans le monde du travail, la réplique se fait cinglante : « Je n’ai jamais eu de souci à être une femme dans le monde du travail, car on voit en moi une noire avant une femme ». (ndlr : de grâce, ne sortons pas cette phase de son contexte, elle ne concerne pas PSA mais les premiers contacts avec le monde du travail, la recherche d’emploi après de brillantes études).


A propos du prix de Femme de l’Année : « Honnêtement, cette distinction me met mal à l’aise. Il n’y a pas un papa ou une maman du i-cockpit, il s’agit d’un travail d’équipe, une grande et riche équipe de plus de 100 personnes. Plus même, si on compte d’autres unités du groupe et le travail réalisé avec les équipes des équipementiers. Chercher à attribuer un succès ou une innovation à une seule personne, c’est un tic de journaliste. Je me souviens d’un tournage pour la télévision, que j’avais accepté sous réserve que d’autres membres de l’équipe y figurent. En le visionnant en direct, je m’aperçois qu’ils ont coupé toutes les séquences avec mes collaborateurs, qu’ils ont gardé la seule phrase où je dis « je » alors que j’avais pris soin de toujours dire « nous » par ailleurs. Je l’ai vécu comme une trahison. Et je vous assure que cela ne rend pas service à la personne concernée, car vous allez en fait à l’encontre de son management et de sa vision d’équipe ».


A propos de l’objet automobile : « Je ne déteste pas l’automobile, bien entendu, mais c’est loin d’être une passion ! A mes yeux, plus jeune, l’automobile posait de réels problèmes : pollution, congestion, donc absence de fun, défiguration de nos villes, etc. Le défi passionnant consiste précisément à changer tout cela, en passant à des réflexions sur les usages et en remettant la notion de plaisir au cœur des problématiques. Le déclic, si on peut parler de déclic, c’est une vidéo présentant l’offre Mu de Peugeot. Face à cette proposition de multimodalité, je me suis dit que les états d’esprit et le jeu étaient ouverts chez PSA ».


A propos du succès du i-cockpit de 3008 et 5008 : « C’est une grande satisfaction, bien sûr, car PSA est ainsi devenu le benchmark pour le cockpit, et cela nous donne envie de bien caractériser les cockpits de chacune des marques, Opel incluse. Il y aura donc une étape de cross-fertilisation avec les équipes d’Opel. Sur une base d’organes communs, l’objectif est de typifier les cockpits selon un univers de marque donné, Peugeot, Citroën, DS, Opel. Et nous préparons aussi les étapes suivantes, notamment le grand saut vers les véhicules autonomes de niveau 5, quand la voiture n’en sera plus vraiment une et qu’un habitacle d’un nouveau genre pourra éclore ».  


(*) L’Argus est membre du jury de la Femme de l’Année.