Si les Véhicules hors d'usage (VHU) sont un problème en métropole, ils sont une véritable calamité dans les départements d'outre-mer. Depuis 3 ans désormais, les pouvoirs publics cherchent à enrayer durablement la coutume qui consiste à abandonner les véhicules au bord de la route, pour les dépouiller progressivement de la plupart de leurs pièces. L'Etat a publié un décret le 30 avril 2017 expliquant qu'il incombait aux "producteurs", c'est à dire aux constructeurs, de pourvoir au financement des frais de repérage, de collecte et de démolition des VHU en Martinique, Guadeloupe, Guyane, à Mayotte et à la Réunion.

Après bien des négociations, l'affaire commence à se mettre en place en Martinique. Le travail a débuté en mars : "Le repérage des VHU, ce sont les communes qui s'en occupent" annonce Théo Esteve, chargé de mission au sein de la TDA VHU, une association qui traite spécialement les problèmes de déchets de l'automobile, "nous recevons ensuite un mandat pour intervenir. Nous éditons un bon de commande auprès d'un prestataire, nous avançons les frais, puis nous soumettons les factures aux constructeurs qui nous remboursent ensuite" détaille-t-il.
Entre mars et décembre 2018, ce sont 1706 VHU qui devraient être retirés de l'espace public par le biais de ce mécanisme, soit "un tiers du volume total à collecter" pour ce qui concerne les constructeurs français d'après M. Esteve. Le système est encore en phase de rodage. Il s'agira d'identifier les différents soucis cette année "pour qu'en janvier 2019, nous procédions à un travail à plus large échelle avec l'ensemble des constructeurs" souligne le chargé de mission.


Les constructeurs sont en effet censés mettre la main à la poche à hauteur de leur part de marché locale ; PSA et Renault sont pour l'instant les seuls à payer, mais il est vrai que sur la seule année 2017, ces deux constructeurs ont représenté 52,3% du marché des VN en Martinique.

Plus que le retrait des carcasses, qui ne durera pas éternellement, l'enjeu consiste surtout à parvenir à décourager les citoyens d'abandonner leur auto n'importe où. La TDA VHU va évidemment mener des campagnes de communication. Mais "à court terme, une réflexion est engagée avec les communes pour remettre en place une fourrière" indique M. Esteve.
L'existence de fourrières dans chaque ville permettrait en effet de lutter contre un premier phénomène : les voitures qui deviennent VHU de fait. Théo Esteve explique en effet qu'il est plutôt fréquent qu'un véhicule garé depuis un peu trop longtemps se fasse dépouiller de ses organes. Pas forcément bon pour la casse lorsqu'il a été garé, le véhicule peut l'être 15 jours plus tard, d'où son abandon par son propriétaire...

Deuxième idée plus difficile à mettre en oeuvre, faire en sorte que les centre VHU situés en outre-mer soient économiquement viables... au point de racheter les VHU des particuliers. Une prestation impensable à l'heure actuelle tant les centres sont déficitaires. A Mayotte par exemple, le centre VHU agréé précise que le dépôt d'un véhicule est "gratuit si livré sur site et complet". Hors, la plupart des voitures qui entrent aujourd'hui chez les démolisseurs d'outre-mer sont rarement complètes !