Une carrière exemplaire
Titulaire d’une maîtrise de droit et diplômé d’HEC, Jean-Dominique Senard débute sa carrière à la direction financière de Total. En 1987, il rejoint Saint-Gobain où il sera promu directeur financier de la délégation générale pour l’Allemagne et l’Europe centrale en 1995. Un an plus tard, il intègre le groupe Péchiney en tant que directeur financier, et il deviendra président directeur général en 2003. Suite à l’épisode douloureux de la fusion avec Alcan, il décide de quitter le groupe en 2005. Il n’aura pas le temps de prendre un pas de recul qu’Edouard Michelin viendra le solliciter pour prendre la direction financière de Michelin. Chacun garde en mémoire la tragédie qui frappe Edouard Michelin et l’intérim assuré par Michel Rollier. A l’issue de cet intérim, c’est Jean-Dominique Senard qui est choisi pour diriger le groupe. Ces deux dernières années, Jean-Dominique Senard était devenu plus médiatique, notamment parce qu’il envisageait de prendre la tête du Medef, une ambition qui va s’échouer sur les récifs des statuts sur la limite d’âge. Sa succession à la présidence de Michelin est méthodiquement préparée et Florent Menegaux est mis sur orbite pour une prise de fonction effective en mai 2019. Dès lors, quand l’affaire Carlos Ghosn éclate et se crispe, le nom de Jean-Dominique Senard est rapidement évoqué pour prendre les rênes du groupe Renault, secondé par Thierry Bolloré.


Des mandats aboutis à la tête de Michelin
« Son bilan chez Michelin peut être qualifié de très bon », affirme un analyste. Tout d’abord, sa spécialisation financière s’exprime et il a travaillé avec efficacité au désendettement du groupe, tout en augmentant simultanément les bénéfices et en pilotant des rachats stratégiques (Camso, Fenner, Multistrada pour ne citer que les plus récents). Par ailleurs, même si le groupe reste un fabricant de pneumatiques, Jean-Dominique Senard clame rapidement qu’il s’agit d’un groupe de services. Une orientation moderne qui se retrouve à plusieurs niveaux : dans le core- business, au niveau des prestations dédiées aux flottes ou aux vastes ramifications mises en place mondialement sur internet pour toucher le client final ; et à au niveau des guides, avec des opérations de croissance externe et le recadrage de ces activités comme réels centres de profit et de relation clients. En outre, Jean-Dominique Senard et ses équipes ont lancé un vaste plan de modernisation et de digitalisation du groupe. De l’industrie 4.0 aux méthodes de vente, tout en passant par l’organisation interne, les changements sont significatifs. Dans ces changements, la R&D reste centrale et sanctuarisée, l’ouverture du nouveau centre à Clermont-Ferrand en étant une belle illustration. En outre, on doit aussi citer la nouvelle impulsion qu’il a donnée au Challenge Bibendum Michelin, rebaptisé Movin’On by Michelin et transformé en think-tank & act, au service d’un lobbying élargi.


La fibre sociale
Le gouvernement a loué la fibre sociale de Jean-Dominique Senard à plusieurs reprises pour étayer son soutien à ce choix. S’il ne faut pas se méprendre naïvement sur ce point, et Jean-Dominique Senard est le premier à le dire, force est de reconnaître qu’il imprime cette marque dans sa gouvernance. Trois exemples valent mieux qu’un long discours. Primo, il a fait rentrer un représentant syndical au sein du Conseil de surveillance de Michelin, une première dans l’histoire du groupe. Décision à la fois volontaire et symbolique. Secundo, il favorise les accords d’entreprise, fruits de la concertation, même si les négociations sont parfois tendues, et juge qu’ils sont parfois plus féconds que le strict suivi des conventions collectives nationales. Tertio, le rapport qu’il a rendu avec Nicole Notat à la demande du président de la République Emmanuel Macron mettait en exergue « un capitalisme éclairé et responsable », visant à apaiser les relations au sein des entreprises et à favoriser le bien-être au travail au service des performances. D'une manière générale, Jean-Dominique Senard croit beaucoup aux coopérations public-privé.


Des atouts dans son jeu pour diriger Renault
Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur ce sujet d’envergure, mais on peut d’ores et déjà isoler plusieurs atouts dans les mains de Jean-Dominique Senard pour piloter le groupe Renault. Au niveau industriel, aucune ombre au tableau, il a fait ses preuves et connaît parfaitement les règles et les exigences de la globalisation. Au niveau du produit, on peut souligner qu’il maîtrise des positionnements et des cibles variés, le delta entre les marques Michelin et Kormoran étant immense par exemple. Les dossiers réglementaires liés à l’environnement lui sont aussi familiers. Par ailleurs, Jean-Dominique Senard fait valoir une capacité de dialogue et de synthèse qui sera très utile, au sein du groupe comme de l’Alliance. Enfin, Jean-Dominique Senard devrait rétablir une relation avec l’Etat plus fluide et moins conflictuelle. Là encore, vu les dossiers qui se profilent à l’horizon (le rééquilibrage de l’Alliance a notamment des allures de dog-leg), cet atout est précieux.