Chance ou malchance, le lieu est calme aujourd’hui. « Ils sont tous au salon Vivatech à Paris », lance le vigile à l’entrée. En temps normal, la Station F, imaginée par l’homme d’affaires Xaviel Niel, est une fourmilière qui, 24h/24 et sept jours sur sept, s’active sur plus de 3 000 m2, avec restaurants, bars, espaces événementiels, salon de coiffure, bureau de poste… Une superficie et des services associés qui en font le plus grand incubateur de start-up au monde. Le campus, situé boulevard Vincent-Auriol dans le 13e arrondissement de Paris, à la place d’anciens entrepôts de la SNCF, a ouvert ses portes il y a un an. Plus d’un millier de jeunes entreprises s’y sont déjà installées, représentant ainsi une trentaine de « verticalités », c’est-à-dire des projets d’incubation, ou d’« accélération », par thème.

Station F c'est plus de 34 000m2, 3000 stations de travail, etc

Plus de trente événements s’enchaînent ainsi chaque semaine (conférences, présentation...). La mobilité y est représentée. Et pas par n’importe qui. Le CNPA est en effet la seule organisation professionnelle à opérer dans ce lieu incontournable de l’innovation et à y développer son programme d’accompagnement, le Moove Lab. Pourquoi ? « Le CNPA voulait accompagner la transition numérique de tous les métiers de la filière qu’il représente, c’est-à-dire essayer de connecter ses adhérents à tout l’écosystème innovant des start-up », répond Florent Portmann, responsable du Moove Lab. Lorsque l’organisation a eu vent du projet Station F, il a estimé qu’il était opportun de se lancer aux côtés de Via iD, accélérateur de start-up reconnu et dédié à la mobilité. Le CNPA pouvait ainsi vite être opérationnel.

Plantes, « cubes » et canapés

Des "cubes" font office de salles de réunion

Dans un premier bâtiment serti de verrières et orné d’oeuvres d’art, des « cubes » qui s’emboîtent font office de salles de réunion. C’est dans le second édifice que tout se passe. Thales, Ubisoft, BNP Paribas, LVMH, Venteprivée.com ou TF1 y ont notamment élu domicile. Il faut se faufiler entre les énormes canapés, des plantes et d’autres « cubes » pour rejoindre le deuxième étage, direction l’espace Moove Lab. Pas de chance, il y a peu de monde. Ah oui, c’est Vivatech… Devant nous, un open space de 40 postes de travail accueille actuellement six start-up (plus une de la précédente promotion, Cocolis). Pour cette seconde promotion (« batch » dans le jargon des « startuper »), 90 candidatures ont été retenues avant une première sélection sur simple pitch. Au final, depuis avril, Convoicar (service de jockey), Fidcar (lire l'encadré à la fin de l'article), Benur (solution de mobilité à vélo), Pack’n Drive (« chatbot », ou logiciel de conversation, pour gestion de sinistres), Eiver (application qui récompense les conducteurs) et KG Protech (plateforme pour la formation des mécaniciens à distance) profitent de six mois d’accompagnement, de « mentoring » et de coaching pour développer leurs projets.

Hébergés gratuitement

« Ces start-up grandiront plus rapidement ici et mieux qu’ailleurs », estime Jean-François Dhinaux, responsable de la stratégie et des programmes d’incubation chez Via iD. « Ces entrepreneurs s’épanouiront davantage que dans les bureaux du CNPA, car ils peuvent bénéficier de tout ce qui est nécessaire pour développer leur boîte : conseils, échanges, matériel, salle d’accueil, de réunion, ajoute Florent Portmann. Tout a été pensé pour recevoir clients, partenaires et développer son business. » Ils sont en outre hébergés gratuitement par le CNPA, qui, de son côté, débourse 195 € HT par poste de travail et par mois. « C’est la seule relation contractuelle que nous avons avec Station F. Derrière, nous sommes libres de gérer notre programme comme on le souhaite, tant sur la durée que sur le contenu », souligne Jean-François Dhinaux. Léa Dégardin, responsable des programmes d’incubation de Via iD, Florent Portmann, responsable du Moove Lab, et Grégoire Sévin, start-up manager, assurent la permanence. Quand l’un gère la mise en relation des start-up avec l’extérieur ou au sein de Station F, l’autre veille aux fondamentaux de la filière automobile au sein du Moove Lab et la troisième anime des ateliers et « accélère » les start-up.

L'équipe du Moove Lab. De gauche à droite: Grégoire Sévin, Florent Portmann et Léa Dégardin

Ce trio est là aussi pour les ressources humaines, le business plan, la communication… À la moindre petite question d’un « startuper », le trio répond. De la pédagogie et de la synergie à l’état pur. « Notre travail est de recueillir leurs besoins pour un suivi personnalisé. Les échanges entre pairs sont riches et nous les privilégions par le biais de temps collectifs, avec les anciens et les partenaires, pour que tout le monde puisse s’entraider », indique Léa Dégardin.
 


Le rôle clé des partenaires


Si cette toile d’araignée géante de discussions, de contacts et de connexions sert les jeunes pousses – « Nous manquons de visibilité et le Moove Lab peut être une belle vitrine », confie Gaëlle Breton, de la start-up Eiver –, celles-ci peuvent aussi compter sur les partenaires du Moove Lab, Dekra, Total, Bridgestone ou Carglass, qui est le parrain des promotions.

« Ils ont un rôle clé dans les connexions réseaux et dans le développement potentiel de business, grâce à leur regard sur les innovations. En retour, ils y gagnent aussi beaucoup en ayant une ouverture sur Station F et donc sur les innovations qui y naissent », rappelle Florent Portmann.

Le Graal serait qu’ils investissent, comme le suggère la start-up Pack’n Drive... Peu importe, Station F demeure la carte de visite par excellence. Certains « startuper » nous ont même confié avoir décroché des rendez-vous avec des partenaires de choix, alors même qu’ils leur couraient après depuis des mois... Si le CNPA a créé son cocon pour les nouvelles mobilités, ce n’est pas pour repartir de sitôt. D’autant que Station F est en plein développement : ouverture du plus grand restaurant du monde dans le troisième hangar, une centaine d’appartements en construction... « Regardez notre espace de travail, grand, simple, fonctionnel, avec vue sur le passage central... Nos start-up ont vraiment tout à portée de main, se félicite Florent Portmann. Nous voulons fidéliser les programmes et nous inscrire dans le temps. Nous investissons pour nos adhérents, mais en réalité, ça ne nous coûte rien si on veut rester à la page. »
 

  • Fidcar en profite au maximum
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L'équipe de Fidcar est pilotée par Thibault Henry (2e à gauche) et Fabrice Caltagirone (au centre)
« Les garagistes sont des voleurs », assène la croyance populaire. Pour prouver le contraire, Thibault Henry et Fabrice Caltagirone ont créé la plateforme Fidcar, une solution dédiée aux professionnels de l’auto pour qu’ils maîtrisent leur e-réputation, pilotent leur satisfaction client, génèrent de nouvelles opportunités de vente et améliorent leur visibilité sur le Web. Un tiers de confiance qui peut donc rapidement trouver sa place dans un contexte où les réseaux sociaux et les avis postés sur Google peuvent entacher l’activité d’un réparateur ou d’un distributeur en cas d’insatisfaction. Aujourd’hui, plus de 100 points de vente sont équipés de la solution Fidcar et une phase de tests est en cours avec « de gros acteurs ». Créée en 2017, la start-up a sauté sur l’occasion Moove Lab pour se faire connaître et, pourquoi pas, lever des fonds. « Nous sommes contents d’avoir intégré cet écosystème, qui n’a aucun équivalent aujourd’hui en France », assure le binôme. Ce programme leur laisse surtout du temps pour se structurer, améliorer leur pitch, recruter et se créer un réseau grâce aux partenaires. « Cela nous permet de digérer notre croissance qui s’affole ou encore d’être crédible et de recevoir des clients », avoue Thibault Henry. Fabrice Caltagirone espère rester pour la session suivante (une seule start-up peut prolonger son programme) dans le but « d’être en bonne posture » pour lever des fonds auprès de partenaires. On dit que la durée de vie d’une start-up est de trois ans, là aussi, Fidcar entend bien faire taire la rumeur.