Sur le papier, l’idée est belle. Puisque les autos vendues en Europe sortent toutes des mêmes usines, ne serait-il pas normal de les inspecter de la même manière et de reconnaître dans chaque pays le contrôle effectué chez le voisin?

Pour Dominique Riquet, député européen et vice-président de la commission des Transports, la directive sur le contrôle technique s’avère « un bon texte » car « tout le monde est à peu près satisfait… » Le député se révèle d’ailleurs un fervent partisan de l’harmonisation des pratiques entre les différents pays : « C’est important que l’on harmonise, car c’est l’esprit de l’Union européenne, il faut fluidifier les échanges » indique-t-il.
Une approche philosophique de la question partagée par tous : «Harmoniser, c’est presque une obligation. Si le contrôle technique est fait pour lutter contre l’insécurité routière, il faut que tous les États luttent de la même façon », souligne Antoine Avazeri, coordinateur et administrateur d’Auto Sécuritas. « Il s’agit d’un sujet fondamental dans le cadre de la construction européenne, qui se base sur la libre circulation des hommes et des biens » pense aussi Bernard Bourrier, le P-DG d’Autovision.

 Formation identique
 


Il faudrait donc un canevas de pratiques et des contrôleurs techniques à la formation identique au sein des différents pays. Ce qui revient donc à considérer qu’un véhicule de tel pays de l’ex-bloc soviétique devra être jugé sur des critères aussi sévères que ceux pratiqués en France, et vice-versa. Les États les plus à l’est de l’Europe assumeront- ils le fait d’interdire à des milliers de personnes d’utiliser leur véhicule sous prétexte qu’il est trop dangereux en vertu d’un cahier des charges élaboré par des pays au PIB deux fois supérieur au leur ?


 Nivellement de la qualité
 


Politiques ou responsables de réseaux ne nient pas le problème : « Le vrai risque est un nivellement de la qualité par le bas, car des pays comme la France et l’Allemagne sont très au-dessus des autres pays européens en matière de qualité du contrôle » note Bernard Desbouvry, directeur général d’Autosur. « Nous ne sommes pas favorables à la reconnaissance mutuelle des contrôles » avoue Dekra Automotive, qui pense que trop de disparités existent encore entre les États membres.

«L’harmonisation repose sur une directive avec des exigences minimales, mais aussi des possibilités d’adaptation » rappelle le Cita, l’association qui représente le secteur du contrôle technique auprès des institutions européennes. À l’origine, le texte de refonte du contrôle  technique devait être un règlement, ce qui signifie qu’il devait s’appliquer en tant que tel à tous les États membres ; avec le temps et les nombreux débats (plusieurs années), le règlement est devenu directive, donc chaque État doit transposer le 1 texte dans son droit national… et risque de faire ce qu’il veut, finalement.


Mais outre une mise en commun des points contrôlés et la reconnaissance d’une inspection effectuée à l’étranger, la future directive a une autre ambition, celle de parvenir à créer une base de données électronique commune aux 28 États membres qui permettrait de suivre un véhicule tout au long de sa vie.
En plus des défauts relevés lors des visites techniques, cette base s’alimenterait aussi des données de kilométrage relevées, des déclarations d’accident et des réparations qui ont suivi, etc. : « Cela ne permettra pas seulement de lutter contre la fraude aux kilométrages, analyse le député Dominique Riquet, cela donnera aussi la possibilité de lutter contre les mauvaises pratiques liées à un accident, contre le dit Bernard Bourrier, « il faut de l’ambition, c’est un excellent chantier… »