Passé sans tambour ni trompettes, l'amendement n°798 à la loi de transition énergétique va pourtant sacrément secouer la vie des réparateurs automobiles: "Tout professionnel qui commercialise des prestations d'entretien ou de réparation de véhicules automobiles permet aux consommateurs d'opter pour l'utilisation, pour certaines catégories de pièces de rechange, de pièces issues de l'économie circulaire à la place de pièces neuves" indique l'amendement.

Et la proposition n'aura rien d'optionnel, toujours selon l'amendement : "Tout manquement (...) est passible d'une amende dont le montant ne peut excéder 3000€ pour une personne physique et 15 000€ pour une personne morale" est-il encore écrit.

Signé par le groupe écologiste de l'Assemblée nationale, ce texte a été porté par François-Michel Lambert : "Nous voulons inverser la logique. Jusqu'à présent, c'était plutôt au client de faire baisser la note.
Maintenant, c'est l'inverse" explique t-il, "cela va abaisser le coût de la réparation, et donc allonger la durée de vie des véhicules." Le député s'enthousiasme même, puisque selon lui il s'agit d'une mesure qui permettra "de sortir d'une société de l'hyper-consommation" et qui "redonnera du pouvoir d'achat aux Français."

Belle sur le papier, l'idée du groupe EELV de l'Assemblée reste cependant à mettre en musique de manière pragmatique. Quel type de pièce ? Quel circuit privilégier ? Quelles exceptions à la loi ? Un décret en Conseil d'Etat précisera les choses, sachant que la loi est censée être applicable au 1er janvier prochain... "Peut être qu'au début il n'y aura que deux pièces, et bien plus dans cinq ans" indique encore François-Michel Lambert.

Mais du côté des premiers concernés, on se dit fin prêt : "Avec 25 millions de pièces en stock, Careco dispose donc du potentiel nécessaire pour répondre à la demande des professionnels de la réparation automobile qui permettront aux consommateurs d’opter pour l’utilisation de pièces issues de l’économie circulaire à la place de pièces neuves" annonce le directeur général du premier réseau de démolition de France, "Careco garantit ses pièces d’occasion un an. Toutes les pièces sont donc susceptibles d’être montées d’occasion à l’exception de celles relevant de la sécurité."

La branche démolisseurs du CNPA, présidée par Patrick Poincelet, n'est pas en reste. Se disant "très satisfait" de cet amendement (même s'il ne goûte guère aux sanctions encourues en cas de manquement), le démolisseur picard y voit "une consécration" du produit d'occasion, mais prévient : "Cela ne le révolutionnera pas, il faut que cela fasse son bonhomme de chemin".
Le gros du travail va en effet consister à déterminer quels sont les produits disponibles en quantités suffisantes, et quels sont ceux qui
devront être nécessairement exclus, comme les disques de freins par exemple : "La première réunion va se tenir la semaine prochaine" dit encore M. Poincelet ; "des pièces mécaniques, nous en avons. Ce sera plus compliqué sur les pièces de carrosserie, surtout les pièces avant" détaille t-il. Juste avant de glisser que des grands noms de la distribution automobile ont déjà des comptes ouverts au sein de son établissement !