Les airs de manifestation bon enfant pouvaient s'avérer trompeurs : plus d'une centaine de salariés d'Autolib', mais aussi d'autres sociétés de Bolloré, sont venus faire connaitre leur mécontentement aux divers élus du syndicat Autolib' Métropole réunis à la mairie du XIIe arrondissement : "Concernant les emplois, chacun se renvoie la balle. Qui a raison ? " se demande tout haut Samir Mohamedi, délégué syndical FO des salariés d'Autolib'.
L'affaire est résumée par divers salariés, rencontrés à la manifestation ou bien autour du centre de maintenance des véhicules, dans le XVIIIe arrondissement : "On nous a annoncé que cela allait s'arrêter lundi, et depuis, plus rien" explique l'un, "nous nageons dans le flou" indique l'autre, quand un troisième reprend : "Nous sommes pris en tenaille. On apprend qu'il nous reste cinq jours à travailler. Qui va nous licencier, et quand ? "

De source syndicale, Autolib' représente 250 à 280 emplois directs, entre 500 et 700 si l'on prend en compte la myriade d'entreprises sous-traitantes. Or, selon toute vraisemblance, le syndicat Autolib' devrait voter le 21 juin "la résiliation du contrat qui le lie au groupe Bolloré et travailler à de nouvelles solutions d'autopartage à l'échelle du
grand Paris" selon les termes employés dans un communiqué. Une résiliation qui a pour conséquence directe la mise au chômage des employés, plus que l'arrêt brutal du service en lui-même.

Et inévitablement, les deux parties se renvoient la balle de la responsabilité vis à vis des salariés. Le syndicat Autolib' métropole demande à Bolloré "de veiller à ce que les 254 salariés de la SA Autolib', dont il a l'entière responsabilité, soient reclassés dans d'autres filiales du groupe" quand Bolloré affirme que "la reprise des contrats de travail du personnel Autolib" relève du syndicat.

La lecture du contrat de délégation de service public, auquel L'argus a eu accès, est effectivement sans équivoque : "En cas de poursuite de l'exploitation du service public Autolib' après l'expiration du contrat de concession ou sa résiliation anticipée, la continuité des contrats de travail sera assurée par le nouveau concessionnaire ou le concédant..."