Combien de ventes saines ?


Il suffit de deux sous de jugeote pour le comprendre : une augmentation mensuelle du marché français de 40%, c’est trop, donc ça n’existe pas. Sur les dix dernières années, le record du mois d’août était jusque-là de 110 000 immatriculations en 2009. La barre est subitement montée à 150 391 unités en août 2018 !

Quand le marché perd la boussole, une question permet d’approcher de plus près la vérité : combien de ventes saines ? La réponse n’apporte pas la clarté espérée : 100 121 ventes à particuliers et sociétés en août 2018, soit 66% du total des immatriculations. Moins que d’habitude, certes, mais pas extravagant : à fin juillet, le pourcentage était de 68%.
En août 2017, particuliers et sociétés avaient acheté 78 936 voitures neuves. Le bond de 43 482 ventes supplémentaires effectué par le marché entre août 2017 (107 449 immatriculations) et août 2018 (150 391) ne procède pas uniquement des ventes grises. Particuliers et sociétés, soucieux d’anticiper une hausse du malus, ont aussi participé au mouvement : hausse de 28% pour les ventes à particuliers, de 27% pour les ventes à sociétés.

Ventes « grises » : + 76% en août !


Traditionnellement peu actifs en cœur d’été, les loueurs sont restés discrets en volume absolu mais ont toutefois forcé la dose : 8 078 achats en août 2017, 13 452 en août 2018 (+ 67%, 9% du total des ventes). La frénésie d’achats procède des concessionnaires qui, sous la pression des constructeurs, ont copieusement garni leur arrière-cour : 19 917 immatriculations en août 2017, 35 713 en août 2018 (+ 80%, et 24% du total des ventes). Ces véhicules seront revendus dès ce mois, sous panneau « Occasion récente » ou « Occasion zéro km ». Le marché du neuf pourrait donc s’affaisser, sauf si les constructeurs tirent encore un mois sur la corde des fausses ventes afin que le marché présente un profil honorable quand le Mondial, grande fête de l’automobile, ouvrira ses portes début octobre. Car il faudra avoir l’âme pure pour acheter en septembre un véhicule neuf quand le vendeur vous tirera par la manche pour vous montrer le même modèle, tout aussi neuf, proposé en occasion à moindre prix.



Alfa, Jeep et Nissan ont abusé


Bien sûr, tous les constructeurs ne sont pas à mettre dans le même panier. Certains n’ont pas cédé à la fièvre de ce mois d’août, la part des ventes à particuliers et sociétés dans le total de leurs immatriculations l’atteste. Dacia (88%), Mini (87%), Hyundai (81%), Toyota et Kia (80%), Porsche (77%) ou Seat (76%) sont restés largement au-dessus de la moyenne nationale : 66% de ventes à particuliers et sociétés en août.


A l’inverse, d’autres ont amplement recouru à la machine à fabriquer des occasions récentes : Alfa Romeo (27% de de ventes à particuliers et sociétés en août), Jeep (33%), Nissan (38%), Honda (44%), Mazda (45%), Jaguar (47%).

Il faut parfois le traduire en chiffres pour mesurer vraiment le poids d’un pourcentage. Nissan, par exemple, a immatriculé 9 296 voitures neuves en août, deux fois plus qu’en août 2017 (4 546). Mais leur répartition ne donne pas envie d’applaudir : 3 554 « vraies ventes » à particuliers et sociétés, 5 742 ventes à loueurs et au réseau. 57% des Nissan neuves immatriculées en août ont ainsi été achetées par des concessionnaires…

Comment vont les marques françaises ?


Honnêtement, à quoi bon chercher à savoir si les marques françaises tiennent bien leur territoire ? Les ventes anticipées ont tellement bouleversé le marché en août que toute analyse des statistiques est à prendre avec des pincettes, puisque les données de base sont faussées.


Les marques françaises ont globalement un peu moins progressé en août 54 553 (+ 38%) que l’ensemble du marché (+ 40%). Paradoxalement, c’est plutôt une bonne nouvelle : ça signifie qu’elles ont moins abusé que d’autres des ventes tactiques….
A l’examen, elles sont même restées plutôt sages en ce domaine : 88% de ventes à particuliers et sociétés en août pour Dacia, 74% pour DS, 71% pour Citroën, 68% pour Renault, 67% pour Peugeot sont des pourcentages au-dessus de la moyenne nationale (66%). Curieux mois, en vérité, où Dacia s’est hissé au 2e rang national des ventes à particuliers avec 9 731 immatriculations, à 500 unités de Renault (10 234)… Qui aurait pu penser, à son lancement en 2004, que Dacia serait un jour à hauteur de Renault auprès des particuliers français ?

Les marques françaises stricto sensu ont cédé un peu de terrain au mois d’août : leur part de marché est tombée à 47,6% depuis le début de l’année, alors qu’elle était de 48,2% à fin août 2017 et à même hauteur à fin juillet 2018. Mais l’apport de Dacia permet aux couleurs tricolores de conforter leur position majoritaire : 54,1% de part de marché sur les huit premiers mois de l’année, contre 53,9% sur la même période l’an passé.
De ce mois d’août hors normes et marqué par des abus, il ne faut retenir que l’essentiel : les marques françaises ont traversé la tempête sans dommages ni verser dans l’abus de ventes tactiques. Les voici donc bien lancées pour clore l’exercice 2018 toutes voiles dehors même si un vent contraire va sans doute souffler sur le marché dans la dernière ligne droite.

Le palmarès officiel du mois d’août…
 
Ventes globales
1/ Renault : 27 819
2/ Peugeot : 21 026
3/ Citroën : 13 694
4/ Dacia : 11 377
5/ VW : 9 868
6/ Nissan : 9 296
7/ Toyota : 6 057
8/ Fiat : 5 557
9/ Audi : 5 052
10/ Ford : 4 822
 
Et les vrais palmarès…

Ventes à Particuliers
1/ Renault : 10 234
2/ Dacia : 9 731
3/ Peugeot : 8 697
4/ Citroën : 7 124
5/ VW : 4 030
6/ Toyota : 3 803
7/ Fiat : 2042
8/ Ford : 2 036
9/ Audi : 2019
10/ Seat : 1 613
Ventes à Part. + Sociétés
1/ Renault : 18 908
2/ Peugeot : 14 051
3/ Dacia : 10 020
4/ Citroën : 9 633
5/ VW : 6 658
6/ Toyota : 4 864
7/ Audi : 3 718
8/ Ford : 3 074
9/ Seat : 2 058
10/ Kia : 1 822


Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,5% sur les huit premiers mois 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.

Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Infographie : Thierry Buyse