Comment vont les marques françaises ?


Deux jolies surprises ont fait chaud au cœur les derniers jours de février : le soleil, et l’annonce du regain (+ 2,1%) d’un marché français qui semblait encalminé dans la morosité depuis septembre. Grâce à ce rebond, le bilan des deux premiers mois 2019 est très légèrement positif : + 0,6%.

Les marques françaises ont su prendre cette vague : au cumul, leur part est passée à 48,6%, contre 48,2% voilà un an à la même période et 47,6% sur l’ensemble de l’année 2018. Dans l’attente du renouvellement imminent de leur modèle majeur, 208 d’un côté, Clio de l’autre, les deux poids lourds du clan tricolore sont pourtant à la peine : - 1,7% pour Peugeot en février, - 2,3% pour Renault. Mais Citroën (+ 11%) et DS (+ 26%) ont retrouvé la santé depuis que de nouveaux SUV (C3 et C5 Aircross, DS7 et DS 3 Crossback) garnissent les vitrines de leur concession.


Avec l’aide de Dacia, les marques tricolores contrôlent 54,6% de leur marché national depuis le début de l’année : pas tout à fait aussi bien qu’au terme des deux premiers mois 2014 (57,2%), mais mieux qu’en 2018 (54,3%). Après avoir logiquement cédé du terrain quand les frontières se sont ouvertes, les marques françaises résistent plutôt bien à l’offensive de leurs rivales étrangères car elles sont su prendre le virage des SUV. A une exception près toutefois, et non des moindres : Renault…

Sur les deux premiers mois 2019, le SUV pèsent lourd dans les ventes de Peugeot (44%), Citroën (40%), Dacia (39%) et DS (77%). Moins dans ceux de Renault (27%), en raison de l’échec du duo Kadjar-Koleos : 4707 ventes depuis janvier (17 161 pour 3008 et 5007). Peugeot a profité de ce défaut dans la cuirasse de son adversaire pour déloger Renault de la première place du marché français : 61 436 ventes à fin février, 56 169 pour Renault. C’était déjà le cas l’an dernier à même date, avec un écart similaire, mais Renault avait ensuite repris son sceptre de champion du marché français. Pourrait-il, pour la première fois depuis 1950, changer de mains en 2019 ?


Combien de ventes saines ?


Un regard plus en profondeur sur les résultats du marché français, et aussitôt le soleil se voile… Car le regain constaté en ce début d’année est uniquement dû aux ventes tactiques! Les ventes dites saines (à particuliers et sociétés) sont en effet en repli de 5 742 unités : 227 831 en janvier-février 2019, 233 573 un an plus tôt. Si elle était restées au même niveau qu’en janvier-février 2018 ; le marché français aurait atteint 321 775 ventes sur les deux premiers mois de l’année 2019, soit un recul de 1,2%...


Les ventes saines sont ainsi passées sous les 70% des immatriculations depuis le début de l’année : 69,6%. A même période, leur part était de 76,5% il y a cinq ans, et de 71,7% en 2018. Le glissement du marché français vers des pratiques commerciales obscures et malsaines se poursuit. Le client particulier se fait rare (-6% en février). Mais la machine à fabriquer de fausses ventes tourne à plein : immatriculations directes au réseau en hausse de 9% depuis le début de l’année. Comme s’il n’y avait pas assez d’occasions « Zéro kilomètres » sur les parkings de concessionnaires depuis les errements de l’été dernier !

Les marques françaises se situent globalement dans le camp de la vertu : 71,3% de ventes saines depuis janvier. Dans le détail, Peugeot reste parmi les bons élèves de la classe, mais la pente n’est pas bonne : 74% de ventes saines en 2018, 72% sur les deux premiers mois 2019. Car en février, la marque au Lion a compensé par un recours massif aux ventes directes au réseau (+36%) la baisse de ses ventes à particuliers (-20%).

Le calcul opéré plus haut pour le marché français peut être appliqué à Peugeot : 5 000 ventes saines en moins en janvier-février 2019 par rapport à la même période en 2018. Apparait ici clairement le rôle trompeur des ventes tactiques. A ne regarder que les immatriculations totales, le marché français semble en hausse, et Peugeot devance Renault. Mais à même volume de ventes tactiques qu’en janvier-février 2018, le marché français serait en baisse, et Peugeot et Renault à égalité…


Comment L’argus procède

Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) et locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs cumulent ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau cumulent ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des ventes saines et tactiques n’atteint 100% (99,3%) sur les deux premiers mois 2019. Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.

Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA