Combien de ventes saines ?


Ils avaient tant forcé la dose en août… Comme attendu, les constructeurs ont donc resserré la vanne des ventes tactiques en septembre : 28% des immatriculations totales, contre 33% le mois précédent. De sorte que le marché français, au cumul des neuf premiers mois de l’année, présente désormais un taux de 68,4% de ventes saines à particuliers et en entreprises. Nettement moins bien à même parcours qu’en 2013 (73,4%), preuve que le marché français ne parvient pas à se débarrasser de son addiction aux ventes « grises », mais mieux qu’à fin août 2018 (68,0%). Et peu ou prou le même niveau qu’à fin septembre 2017 (68,5%), ce qui laisse espérer que le mal est, sinon enrayé, du moins stabilisé.
Après qu’elles aient bondi de 87% en août, les ventes directes au réseau de voitures sans client final n’ont toutefois reculé que de 9% en septembre, alors que les parkings des concessions regorgent pourtant d’ « Occasions zéro kilomètre »…


Mais les marques françaises, qui s’étaient déjà montrées plus sages que leurs rivales le mois précédent, ont à nouveau été vertueuses : chute de 23% des ventes directes à concessionnaires en septembre. Elles présentent dès lors depuis le début de l’année une meilleure structure de ventes que les marques étrangères, avec 71% de ventes à particuliers et sociétés.

Malgré l’inévitable recul des ventes totales, contrecoup logique de la fièvre d’août, le marché français a été porté en septembre par la demande des particuliers : 48% des immatriculations. Ce sont d’ailleurs eux, et c’est bon signe, qui maintiennent le marché en bonne santé depuis le début de l’année : 47,7% des ventes, contre 47,5% sur la même période en 2017. Les sociétés sont plus prudentes : 20,7% des ventes sur les neuf premiers mois 2018, contre 21% en 2017.

La tendance générale reste cependant un transfert progressif des ventes à particuliers vers les ventes à sociétés. Voilà cinq ans, les ventes à particuliers représentaient 53,4% des immatriculations au marché français à fin septembre.

Comment vont les marques françaises ?


Les marques françaises ont moins abusé des ventes tactiques que leurs rivales étrangères lors d’un mois d’août 2018 frappé de folie : ventes en hausse de 40%. Retour logique du balancier en septembre : les cours des concessions étant pleines d’ « Occasions zéro km » arrivées en août, le marché du neuf s’est effondré : - 12,8%. Mais la sanction a été à la mesure des errements de l’été, donc bien plus fortes pour les marques étrangères (-18%) que pour les marques françaises (-8%). Le triste exemple de Nissan vaut tous les discours : ventes en hausse de 133% (9 296 unités) et 6e place du marché français en août, en baisse de 77% (1 428 unités contre 6327 en 2018) et 18e place en septembre…



Renault a certes sévèrement glissé en septembre (- 24%), mais les bonnes performances de Peugeot (+ 0,7%) et Citroën (+ 4,7%) permettent aux couleurs tricolores de recouvrir 50,3% de leur territoire national, voire 56,6% en enrôlant Dacia (+ 5,5%).
Leur part de marché depuis le début de l’année effectue ainsi un petit bond : 54,1% à fin août (avec Dacia), 54,3% à fin septembre. Ce progrès peut paraître minime. Il ne l’est pas car il prouve combien les marques françaises tiennent bien leur sol face à la concurrence étrangère, sans pour autant ouvrir la vanne des ventes tactiques : à même date, elles occupaient l’an passé 53,9% du marché français, et 52,4% voilà cinq ans.

Cette bonne tenue d’ensemble recouvre toutefois des disparités. La pente n’est pas bonne pour Renault, passé en un an de 19,8% à 19,2% de part de marché en France. Citroën (9,7% de pénétration à fin septembre) n’a toujours pas retrouvé son niveau 2017 (9,9%) même si la marque aux Chevrons a trouvé un bon rythme ces derniers mois. La vie est belle en revanche pour DS (1,1% de part de marché à fin septembre 2018, contre 1% voilà un an), Peugeot (17,7%, contre 17,5%) et Dacia (6,5%, contre 5,7%).

Le contrecoup de l’abus de ventes tactiques en août freinera le marché français sur les derniers mois de l’année. Mais les marques françaises, ayant été sages, seront moins pénalisées que les autres. Tout laisse donc désormais à penser que l’exercice sera pour elles un bon cru, dans tous les compartiments du jeu : chiffres absolus, part de marché, et part des ventes saines dont leurs immatriculations.

Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux loueurs de longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,5% sur les huit premiers mois 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.