Comment vont les marques françaises ?


La séquence n’est pas bonne. Neuf mois de hausse de janvier à août. Puis le déclin : ventes en recul de 12,8% en septembre, 1,5% en octobre et 4,7% en novembre. Retournement de la conjoncture économique, détérioration du climat de confiance ? L’examen dans le détail des résultats de novembre accrédite plutôt l’hypothèse d’un juste retour de boomerang, après un mois d’août (+ 40%) marqué par une dérive des ventes directes aux concessionnaires comme le marché français n’en avait jamais connu.

Nissan, par exemple, l’un des acteurs majeurs des abus de l’été, a enregistré en novembre un cuisant repli de 54% de ses ventes… Normal : les « occasions zéro km » fabriquées en août font concurrence déloyale aux modèles neufs : les mêmes à moindre prix…  A un degré moindre, Renault, marque française qui a le plus cédé en aout à la tentation des ventes tactiques, est aussi celle qui recule le plus en novembre : - 25%.

Cette contre-performance n’a pas trop terni les couleurs françaises en novembre : recul de 4,2%, légèrement moins que l’ensemble du marché. Mais cette bonne tenue doit pour l’essentiel à Dacia : + 37,5%. La filiale low cost de Renault a profité de ce bond pour déloger VW de la 4e place du marché français au cumul de onze premiers mois 2018 !
Citroën (+ 11%) a confirmé en novembre son redressement, DS (+1,1%) n’a pas démérité, Peugeot (- 1,3%) limité la casse. Ainsi, Dacia inclus, la part de marché des marques françaises a progressé ces cinq dernières années : 52,7% à fin décembre 2013, 53,6% à même période en 2017, 54,2% à fin novembre 2018. Mais, à mieux y regarder, cette maîtrise de leur territoire national est uniquement dû à l’apport de la filiale de Renault. Sans Dacia, la mariée est moins belle : 47,8% de couverture du marché français en 2013 pour les marques tricolores, 48,0% en 2017 47,7% en 2018…
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Combien de ventes saines ?


A quelque chose malheur est bon. Les occasions zéro km sont suffisamment nombreuses sur le parking des concessions depuis leur flambée en août pour que les constructeurs résistent à la tentation d’en fabriquer d’autres… Ils ont donc réduit la part des ventes tactiques en novembre à 25% du total des immatriculations (8,4% auprès des loueurs de courte durée, 16,6% de ventes directes aux concessionnaires). Jamais depuis le début de l’année les ventes saines n’avaient représenté 75% du marché, avec de surcroît une part très élevée (50,9%) de ventes à particuliers. Le profil commercial vertueux de ce mois de novembre permet au marché français de redresser la tête au bilan des onze premiers mois 2018 : 69,6% de ventes saines, contre 69,2% à fin octobre. C’est certes moins bien que voilà cinq ans sur la même période : 74,4%. Mais un poil mieux, malgré le coup de chaud d’août, que sur les onze premiers mois 2017 : 69,5%. Sauf dérapage en décembre, l’exercice 2018 sera donc à marquer d’une pierre blanche : stabilisation, voire léger recul des ventes tactiques, alors qu’elles progressaient régulièrement de 1% par an depuis une décennie.

Bonne nouvelle supplémentaire, les marques françaises ont continué en novembre à serrer la vanne des ventes tactiques : 76% de ventes saines, soit 1 point de mieux que la moyenne de constructeurs. Dans le détail, 79% de ventes à particuliers et sociétés pour Dacia, 76% pour Peugeot, 75% pour Citroën, et 74% pour Renault.
Les marques françaises confortent ainsi leurs positions : avec 72,1% de ventes saines depuis le début de l’année, elles restent nettement au-dessus de la moyenne du marché (69,6%). Dacia est toujours hors-concours : 86,0% de ventes saines. Peugeot (72,7%) dépasse lui aussi la moyenne. Citroën (69,4%) et Renault (68,8%) sont juste en dessous.


Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) et locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs cumulent ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau cumulent ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des ventes saines et tactiques n’atteint 100% (99,5% sur les onze premiers mois 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.

Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Graphiques : Thierry Buyse