Comment vont les marques françaises ?


Après un recul de 12,8% en septembre, le marché français a continué à payer en octobre les conséquences de son coup de folie du mois d’août : ventes en repli de 1,5%. C’est logique, il y a tant d’ « Occasions zéro km » à bas prix dans l’arrière-cour des concessions depuis août que l’acheteur se détourne du neuf. A nombre égal de jours par rapport à octobre 2017, la sanction est même plus sévère : -6%.
Bien entendu, ce retour de boomerang frappe en premier lieu les marques qui ont le plus forcé la dose en août : -13% en octobre pour Suzuki, -22% pour Jeep, -49% pour Nissan, - 71% pour Alfa Romeo. A l’inverse, les constructeurs français n’ayant pas abusé des « ventes tactiques » cet été, ils perçoivent les fruits de leur vertu : 48,8% de part de marché en octobre, 54,6% en enrôlant Dacia sous leur bannière.
Cette ample moisson mensuelle fait grimper leur récolte annuelle. Au cumul, à fin août, les couleurs tricolores recouvraient 54,1% du territoire national. Cette part est montée à 54,3% à fin septembre, puis à 54,4% à fin octobre. Les marques françaises tiennent donc bien leur sol face à la concurrence étrangère : à même date, elles détenaient 53,6% du marché voilà cinq ans, et 53,7% voilà un an. Certes, elles étaient entrées dans la décennie avec une position encore plus haute : 59% du marché en 2010. Mais elles semblent avoir enrayé ces dernières années la progression de leurs rivales étrangères.

Cette belle performance globale recouvre toutefois des réalités contrastées. Le soleil a brillé en octobre pour Peugeot (+ 8,3%), Citroën (+14,7%) ou Dacia (+19,5%). Pas pour DS (-12,2%) ni Renault (-9,7%). Pour la sixième fois de l’année après janvier, février, avril, juillet et septembre, Peugeot (34 963 ventes) a ainsi devancé Renault (29 490 ventes) en octobre. L’effet de la salve de nouveautés lancées entre 2014 et 2016 par Renault (Twingo, Espace, Talisman, Kadjar, Scenic, Koleos) est visiblement en train de s’atténuer : depuis le début de l’année, Renault (+2,0%) est la seule marque française à courir moins vite que le marché (+5,7%), tandis que Citroën (+5,2%), Peugeot (+8,3%), DS (+ 16%) et Dacia (+21%) galopent. Vivement la future Clio…


Combien de ventes saines ?


Il avait divagué en août : 33% de ventes tactiques, dont 24% de véhicules achetés directement par les concessionnaires et sitôt transformés en « Occasions zéro km ».  Depuis, le marché français revient dans les clous. La part des ventes tactiques est tombée en octobre à 23% (7% de ventes à loueurs de courte durée, 16% auprès du réseau). Sur les dix premiers mois de l’année, les ventes tactiques ne représentent ainsi que 30,3% des immatriculations. Soit bien davantage qu’il y a cinq ans sur la même période (27,2%), mais un peu moins, malgré le coup de chaud d’août, que sur les dix premiers mois 2017 (30,4%).
Le cru 2018 pourrait ainsi être marqué d’une pierre blanche : sauf dérapage en décembre, mois où les concessionnaires sont tentés d’arrondir les chiffres pour réaliser leurs objectifs, le marché français semble avoir stoppé sa dérive vers les ventes tactiques : depuis plusieurs années, elles progressaient de 1% par exercice, au détriment des ventes saines (particuliers, entreprises).

Bonne nouvelle supplémentaire : cette bonne tenue des ventes saines en octobre est due pour l’essentiel aux particuliers : 53% des achats. Enfin, cerise sur le capot, les marques françaises continuent de se montrer vertueuses : 79% de ventes saines en octobre, et 70% depuis le début de l’année (44% à particuliers, 26% à sociétés), ce qui est supérieur à la moyenne nationale (69,2%). Dacia (94% de ventes saines en octobre, 87% depuis le début de l’année) reste le champion des ventes à particuliers et sociétés. Peugeot gagne sur les deux tableaux : ventes en hausse en octobre (+8,3%) et 80% de ventes saines ce mois-là (72% depuis le début de l’année). Renault, en recul en octobre (-9,7%), a néanmoins tenu ferme la barre des ventes à particuliers et sociétés : 80% de ventes saines (68% depuis le début de l’année). Enfin, Citroën, grâce au succès du C3 Aircross, renoue avec le bonheur : immatriculations en nette hausse en octobre (+ 14,7%) avec une forte part de ventes saines (76%). Ce qui porte à 69% sa part de ventes à particuliers et sociétés sur les dix premiers mois 2018.
Au final, les marques françaises progressent sur leur marché, tout en se maintenant au-dessus de la moyenne nationale des ventes saines. Bref, tout va bien !

Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,5% sur les dix premiers mois 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.

Xavier Chimits
Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA