Comment vont les marques françaises ?

Grand soleil sur le marché français en ce mois de juillet : 175 397 ventes, soit une progression de 8,1% par rapport à juillet 2017 à nombre égal de jours (+ 18,9% en chiffres bruts). Ce net regain tire les résultats 2018 vers le haut : 1 363 547 ventes sur les sept premiers mois de l’année (+ 6,3%). L’orientation était déjà positive en fin juin, mais pas avec cette ampleur : + 4,7%. A lire Juin, le mois des soldes...
 

Hors DS (+ 49,6%) porté par le succès de son SUV DS7, les marques françaises se sont toutefois montrées timides en ce premier mois de l’été : progression légèrement inférieure au rythme du marché pour Peugeot (+ 15,7%), Renault (+ 14,8%) et Citroën (13,2%). Tandis que certains constructeurs étrangers ont flambé : Fiat (+ 61%), Nissan (+ 48%), Seat (+ 42%), Toyota (+ 32%).
Dès lors, les couleurs tricolores ont pâli : 44,9% de pénétration en juillet. Elles ne recouvrent plus que 48,2% du territoire français sur la période janvier-juillet 2018, contre 48,6% à fin juin. Pour la première fois de l’année, les marques françaises apparaissent ainsi en recul par rapport à 2017 (48,5% de pénétration).

Regarder plus loin en arrière permet toutefois de constater qu’elles contrôlent bien leur sol : voilà cinq ans, à fin juillet 2013, leur part était de 47,1%.
Fait inhabituel, Dacia (+ 18,3%) a couru en juillet moins vite que le marché. L’apport de la filiale de Renault permet aux marques françaises de retrouver une position majoritaire : 50,5% des ventes en juillet, 54,6% sur les sept premiers mois de l’année. Soit mieux que voilà un an sur la même période (54,2% à fin juillet 2017), et bien mieux que voilà cinq ans (52,2% à fin juillet 2013). Le bilan est donc globalement positif, mais plus contrasté dans le détail : depuis janvier, DS (ventes en hausse de 24%), Dacia (+ 21%) et Peugeot (8,6%) progressent plus vite que l’ensemble du marché français (+ 6,3%). Ce n’est pas le cas pour Renault (+ 3,5%) et Citroën (+1,3%).


Combien de ventes saines ?

Deuxième bonne nouvelle apportée par ce mois de juillet 2018 : la progression globale des immatriculations se double d’un recul des ventes « tactiques » (ventes à loueurs de courte durée et à concessionnaires). Autrement dit, des ventes artificielles de véhicules neufs reversés quelques mois plus tard sur le marché de l’occasion, voire sans délai dans le cas des « Ventes zéro kilomètre »…

Les constructeurs ont été sages : 73% de ventes « saines » (à particuliers et sociétés) en ce mois de juillet. Ainsi, la proportion des ventes saines remonte à 68,2% sur les sept premiers mois de l’année, alors qu’elle était de 67,5% à fin juin 2018. C’est mieux qu’à fin juillet 2017 (seulement 67,7% de ventes saines), même si la situation s’est dégradée ces dernières années : 73 % à même période en 2013.

L’analyse de la part des ventes saines pour chaque marque modifie le regard sur les performances des marques françaises. A ne tenir compte que des chiffres bruts, elles apparaissent en recul en juillet par rapport aux constructeurs étrangers. Illusion d’optique, car la structure de leurs immatriculations est vertueuse : 79% de ventes saines pour Renault en juillet, 72% pour Peugeot, 71% pour Citroën. Et Dacia reste hors concours : 88%. Elles n’ont donc pas cédé à la tentation d’amplifier leurs résultats en ouvrant la vanne des ventes tactiques.

A titre de comparaison, les ventes saines ont représenté en juillet 55% des immatriculations de Fiat et 51% de celles de Nissan, pour ne citer que les deux marques dont les résultats globaux ont le plus progressé durant ce mois…
 

Depuis le début de l’année, Dacia (86% de ventes saines) et Peugeot (71%) sont bons élèves, Citroën (67%) et Renault (66%) un peu moins. Mais dans l’ensemble, les marques françaises tiennent bon le cap : 70% de ventes à particuliers et sociétés, qui sont les plus rentables pour un constructeur, contre 66% pour les marques étrangères.
C’est une vérité bien connue : quand un modèle trouve naturellement preneur auprès de la clientèle, nul besoin de forcer la dose auprès des loueurs de courte durée et des concessionnaires. L’exemple de la Peugeot 3008 est édifiant : 79% de ventes saines !

Comment L’argus procède

Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,5% sur les sept premiers mois 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi-monopole des marques françaises.

Données statistiques : Justine Pérou et AAA
Graphiques : Frédérique Schiele