Renault joue gros, très gros, avec la Clio n°5 et sa déclinaison Captur II qui a débuté son parcours en octobre. Le reste de sa gamme se vend mal : Twingo, Mégane, Scénic, Kadjar, Talisman, Espace. Au point que Renault envisage d’en supprimer certains modèles. Et jamais Peugeot n’a été si proche. L’équation est donc simple : si la Clio V ne lui redonne pas l’élan espéré, Renault perdra le sceptre de première marque de France qu’elle détient depuis 1962. Pas en 2019, la nouvelle 208 est venue trop tard, mais en 2020. Certes, ce sont les ventes mondiales qui donnent désormais la mesure d’un constructeur. Mais tout de même, on imagine la portée symbolique : Peugeot détrônant Renault en France, avec un réseau moins dense…

Les moteurs SCe 65 et SCe 72 ch en renfort

nouvelle renault Clio V bleue RS Line Peugeot 208
La Clio V doit accélérer, car la nouvelle 208 est maintenant descendue dans l'arène. Cette querelle de suprématie dira qui, de Renault ou Peugeot, sera champion de France en 2020.

La Clio V est donc entrée dans la carrière avec une lourde responsabilité sur les épaules. Comme si ce poids ne suffisait pas, Renault l’en a lesté d’un autre, en lui laissant la quatrième génération de Clio dans les roues. Puis d’un troisième, en lançant la Clio V avec ses plus gros moteurs :  TCe 100/130 ch, dCi 85/115 ch. Une stratégie commerciale usuelle chez les modèles haut-de-gammes : les constructeurs allemands en sont friands. Pour une citadine polyvalente de marque généraliste, on voit mal l’intérêt. La Clio V n’a reçu qu’en novembre ses petits moteurs essence, SCe 65 et SCe 72 ch. Et encore, au compte-gouttes : 53 immatriculations… Ces deux versions représenteront pourtant le plus clair des ventes Clio V : elles abaissent ses premiers prix à 14 100 € (SCe 65) et 14 600 € (SCe 72 ch) en finition Life. Jusqu’à présent, elle débutait en Zen à 18 000 € (TCe 100) et 19 300 € en diesel (dCi 85).
 

Camembert graphique motorisations moteurs nouvelle Clio Renault V diesel essence dCi
La segmentation des motorisations de la nouvelle Renault Clio V, six mois après son lancement commercial en France

La Clio V n’a pas explosé les compteurs

La barre était haute. Dès lors, la Clio V n’a pas explosé les compteurs : 36 394 ventes sur ses six premiers mois de vie (12% de part de marché), soit 28% de moins que la Clio IV à même étape (50 420 ventes et 17% de part de novembre 2012 à avril 2013). Pourtant, contrairement aux compactes et familiales, segments décimés par la vague des SUV de même gabarit, les citadines polyvalentes résistent, pour l’instant, à l’offensive des petits SUV : ventes de la catégorie en hausse de 5% en 2018, de 3% ces six derniers mois. Mais la Clio V n’a pas profité de ce vent porteur. La Clio IV, si… Avec deux offres à son catalogue, TCe 75 à 10 990 € et TCe 90 à 11 990 €, cette Clio IV rebaptisée « Collection » a tiré parti de son différentiel de prix avec la Clio V pour s’offrir une jolie fin de parcours : 23 452 ventes ces six derniers mois. Ce n’est pas terminé : elle restera en piste jusqu’à mi-2020, pour offrir une proposition à mi-chemin entre la Clio V et la Dacia Sandero (à partir de 8 290 €). La Clio V a même dû attendre son 4e mois de vente (septembre) pour devancer la Clio IV. Pour mémoire, dès son premier mois de diffusion, novembre 2012, la Clio IV s’était vendue deux fois et demi plus que la Clio III Collection… Autre élément de comparaison, la Clio IV, au terme de ses six premiers mois de vie, trônait sur la catégorie des citadines polyvalentes. La Clio V, a même étape, n’occupait à fin novembre que la 3e place du segment. Certes, elle virera en tête à fin décembre : la C3 n’est pas calibrée pour ce rôle, et la 208 est en bout de parcours. Mais après six mois, l’impact de la Clio V n’est pas du tout le même que celui de la Clio IV en son temps.
 

nouvelle Renault Clio V 5 lancement bilan commercial
De juin à novembre 2019 : les six premiers mois de vie de la Renault Clio V sur le marché français

La Clio V en retrait sur les particuliers à fin novembre

Un autre point surprend : la répartition des ventes Clio V : 34% à particuliers à ce jour, c’est peu, et 32% de ventes à concessionnaires, c’est beaucoup, même si une marque comme Renault, vu densité de son réseau, a besoin de beaucoup d’exemplaires de démonstration pour un nouveau modèle. Cette répartition ne va pas en s’arrangeant : sur les 8 962 Clio V diffusées en novembre, son meilleur mois, le canal des particuliers ne pèse que pour 26% (2 313 ventes). Curieusement, les sociétés ont représenté en novembre 43% des ventes Clio V. Un pourcentage qui relève, selon le degré de foi, soit du miracle, soit de la sorcellerie commerciale : un nouveau modèle est toujours acheté en priorité par les particuliers, puis dans une deuxième phase par les entreprises, dont le temps de réaction est plus lent.
La nouvelle 208 a frappé fort d’emblée : 6 487 immatriculations pour son premier mois plein en novembre, score que la Clio V a mis quatre mois à dépasser. Et surtout, la répartition de ses ventes est orthodoxe : 58% de ventes à particuliers, 20% à sociétés, 16% à concessionnaires.
Graphique Renault Clio IV lancement bilan commercial ventes

Le constructeur Renault plus conservateur avec la Clio V

Nouvelle renault Clio V essai finition RS Line lancement bilan commercial
Le début de carrière de la Clio V laisse un goût étrange, comme si elle avait été lancée six mois plus tôt qu'initialement prévu.

Bien sûr, tout jugement est aujourd’hui prématuré puisque la Clio V n’atteindra sa vitesse de croisière que lorsque ses petits moteurs essence seront vraiment commercialisés. Mais l’observation peut être inversée : pourquoi s’est-elle privée durant ses premiers mois de vie de l’élan que lui aurait donné ces moteurs ? Le début de carrière de la Clio V laisse donc un goût étrange, comme si elle avait été lancée six mois plus tôt qu’initialement prévu, donc sans sa gamme totale, et avec les chaînes de l’usine de Bursa encore occupées par les plans de production Clio IV. De novembre 2012, mois de lancement de la Clio IV, à juin 2019, mois de lancement de la Clio V, l’intervalle est plus proche de six ans et demi que de sept ans, chiffre d’or de l’automobile : Renault a-t-il voulu couper l’herbe sous le pied de la 208 II ? Ses formes inédites, très tôt révélées par Peugeot, faisaient saliver le public, tandis Renault est resté plus conservateur : la Clio V, sur le plan styliste, apparait comme une évolution de la Clio IV. Son atout, face à une 208 II haut placée en prix avec son e-cockpit, devait être des tarifs plus bas. Un argument vain lors de ses six premiers mois de vie, puisqu’elle débutait à 18 000 € faute de petits moteurs essence.

Un démarrage qui laisse perplexe

Par quelque bout qu’on le prenne (scores globaux, répartition), le démarrage de la Clio V laisse perplexe. Seule certitude : désormais dotée de ses petits moteurs, la Clio V doit maintenant accélérer si elle veut maintenir la nouvelle Peugeot 208 à distance. Mais il faut garder un élément à l’esprit. Le succès des petits SUV a changé la donne : c’est la comparaison du cumul des ventes Clio V-Captur II d’un côté, 208 II-2008 II de l’autre, qui dira qui de Renault ou Peugeot sera champion de France en 2020.
Elena Souiller directrice commerciale Renault Twingo Clio Captur
Question à Elena Souiller, directrice commerciale Renault France, gamme Twingo, Clio et Captur
Données chiffrées : Stéphane Floc’hlay et AAA