Lors de la comparution devant un juge qui s’est tenue à sa demande aujourd'hui, mardi 8 janvier 2019, à Tokyo, Carlos Ghosn, a contre-attaqué, se disant « faussement accusé et détenu de manière injuste ». Il s’agit de sa première apparition depuis son arrestation à l’aéroport de Tokyo le 19 novembre 2018.

Ayant minutieusement préparé son intervention, limitée à dix minutes, avec ses avocats, Carlos Ghosn s'est défendu d'une voix claire et forte, sans montrer d'émotion, au cours d'une audience qui a attiré les médias du monde entier et de nombreux curieux (seules quatorze personnes « civiles », tirées au sort, pouvaient assister à l’audience).

Vêtu d'un costume sombre, sans cravate, sandales vertes en plastique aux pieds, il est apparu amaigri, les joues creuses, menotté, avec une corde autour de la taille avant le début de la séance qui a duré quasiment deux heures.

S'exprimant en anglais, Carlos Ghosn a rappelé avoir dédié « deux décennies de sa vie à relever Nissan et bâtir l'alliance », une entreprise qu'il dit aimer. Il affirme « avoir agi avec honneur, légalement et avec la connaissance et l'approbation des dirigeants de la compagnie ».

Cette comparution a surtout une portée symbolique pour Carlos Ghosn

De son côté, le juge a justifié le maintien en détention de Carlos Ghosn par un risque de fuite à l'étranger « où il a des bases », et d'altération de preuves."Il y a suffisamment d'éléments pour estimer que le suspect pourrait inciter des personnes concernées à dissimuler des infractions", a mis en avant le magistrat Yuichi Tada.

La procédure de comparution de ce type est rare, seulement 0,6% des détenus ont fait une telle requête l'an dernier. Si elle n'a quasiment aucune chance de changer le cours des choses, sa portée n’en demeure pas moins symboliquement forte.

Son équipe d'avocats, menée par un ancien procureur réputé pour son implacabilité, Motonari Otsuru, va déposer une demande de fin de détention pour son client qui est actuellement en garde à vue jusqu'à vendredi 11 janvier 2019, notamment mis en cause par des soupçons d'abus de confiance.

Le début d’une longue procédure ?

Il risque cependant une nouvelle inculpation sur ces faits, a confié Motonari Otsuru à la presse. Le cas échéant, cela déclencherait le début d'une nouvelle période de détention provisoire, venant se superposer à celle déjà en cours suite à sa première mise en examen le 10 décembre 2018 pour dissimulation de revenus.

Après des espoirs déçus en décembre, peut-il malgré tout être relâché sous caution ? « D'une manière générale, dans les cas de déni total des accusations d'abus de bien confiance, la libération sous caution n'est le plus souvent pas approuvée jusqu'à l'ouverture du procès », qui ne devrait pas intervenir avant six mois au moins, a déclaré l'avocat.