Une longue histoire en sport auto, mais beaucoup plus courte dans la voiture de série. Née officiellement en 2011, avec la MP4-12 C, la première voiture grand public construite sur un châssis en carbone, McLaren Automotive (filiale du groupe McLaren Technology fondé par Ron Dennis en 1985) a ensuite lancé de nombreux modèles et divisé sa gamme en trois catégories : Sport Series, autrement dit les entrées de gamme (165 000 € pour une 540 C), Super Series, soit des voitures homologuées pour la route, mais plus à l’aise sur circuit, et Ultimate Series, des « hypercars » proches de voitures de course proposées à une clientèle choisie. Ces dernières rencontrent un vif succès en marge de leur prix exorbitant et sont souvent toutes vendues avant même d’avoir été présentées. Par exemple, les 106 exemplaires de la Speedtail, qui sera dévoilée en octobre 2018, sont déjà tous réservés, avec un prix de base qui dépasse... 2,24 M€.

Douce montée en cadence

Porté par cette demande exponentielle, le constructeur espère passer de 3 240 exemplaires produits en 2017 à 6 000 en 2025. Pour ce faire, son usine de Woking, au Royaume-Uni, devra à peine se réorganiser, car elle tourne aujourd’hui en dessous de ses capacités. Fort de solides reins financiers – son premier actionnaire (56%) est le royaume de Bahreïn –, McLaren a pu prendre le temps de mettre sur pied un plan produit ambitieux et de monter doucement en cadence. Avec son plan Track 2025, il vient d’annoncer un investissement de 1,34 Md€et le lancement de dix-huit modèles ou dérivés entre la fin de cette année et 2025. Voilà qui paraît ambitieux pour une marque si exclusive, alors que des constructeurs asiatiques comme Suzuki ou premiums français comme DS n’en feront pas autant. Le nombre de McLaren roulant dans l’Hexagone est faible et surtout confidentiel.

McLaren 540C


En outre, les clients français de la marque ont généralement plusieurs résidences et n’hésitent pas à immatriculer leur voiture dans un autre pays, là où la fiscalité est plus douce. Dès lors, la France n’est pas un marché prioritaire pour le constructeur, qui compte sur Bruxelles, Genève et Monaco pour assurer ses ventes et sur le point de service parisien conservé par le groupe Neubauer pour assurer l’après-vente des voitures de ses clients franciliens. Toutefois, il pourrait bien annoncer un nouveau partenaire prochainement, des négociations étant actuellement en cours. Plus tard, en 2019, un showroom ou un point de service (la décision n’est pas encore prise) pourrait voir le jour, cette fois dans le sud-ouest de la France.

Entre investissements colossaux et élargissement de gamme, McLaren a les moyens de ses ambitions. Hormis l’Allemagne et l’Angleterre, la vieille Europe compte peu, mais ses perspectives de développement en Europe de l’Est (ouverture prochaine en Pologne) et le maintien de son image à l’Ouest l’incite à renforcer son maillage partout sur le continent. Les États-Unis restent son marché numéro un, mais McLaren lorgne la Chine, comme tout le monde. Là-bas, l’âge moyen de ses clients est de… 21 ans, contre 55 ans partout ailleurs. Dès lors, dans un environnement industriel maîtrisé et s’appuyant sur des marchés clés, on voit mal comment le succès pourrait lui échapper.

"Le meilleur investissement dans l'auto de luxe"

Jolyon Nash, directeur ventes et marketing de McLaren
Jolyon Nash, directeur ventes et marketing de McLaren
Voilà plusieurs mois que vous n’avez plus de distributeur en France. Est-ce si difficile de devenir concessionnaire McLaren ?
Tout d’abord, il faut disposer du territoire à potentiel. Mais il faut aussi comprendre le marché spécifique de ce genre de voiture. À Paris, tout est plus difficile et nous avons besoin d’un partenaire concentré sur la marque. Enfin, l’investissement n’est pas négligeable. Au-delà du foncier, il faut avoir du stock et une équipe qualifiée en après-vente. Mais nous sommes confiants et nous annoncerons bientôt quelque chose à ce sujet.

Avez-vous un parc roulant suffisant pour assurer un business profitable à vos concessionnaires ?
Depuis 2011, nous avons vendu un peu plus de 18 000 autos et nous couvrons aujourd’hui 32 pays. Nous pensons que McLaren représente actuellement le meilleur investissement dans l’automobile de luxe. Notre notoriété grandit, notre gamme s’élargit et nous vendons de plus en plus de voitures. Même en monomarque, comme c’est le cas à Londres, nous voyons que les retours sur investissement sont très bons. Nous travaillons également beaucoup sur les services et l’après-vente, qui sont deux sources de business supplémentaires.

Allez-vous également passer par la case électrique, qui semble incontournable compte tenu des règles en vigueur ?
Bien entendu. Comme tout le monde, nous y réfléchissons et d’ailleurs, chacun de nos futurs modèles aura une version électrifiée [hybride rechargeable]. Pour le 100 % électrique, ce n’est pas facile, car il nous faut garder l’ADN de la marque,et conserver ce qui fait aujourd’hui notre succès en termes de sportivité et de vitesse de pointe. Si nous y allons, ce ne sera pas avant 2024-2025.