Le dirigeant répond aux questions de L'argus, à quelques mois de l’entrée en vigueur d’une réglementation sur le pneu hiver plutôt favorable aux manufacturiers.

Comment s’est comportée la vente de pneus pour Continental en France en 2018 ?
L’année a été bonne pour Continental. Le marché a connu une croissance forte, avec + 4,9% sur le pneu de remplacement, un taux jamais vu depuis des années. Le taux de croissance habituel est plutôt aux alentours de 1%, voire de 1,5%. Nous sommes en train d’en analyser les raisons. Continental a connu une certaine croissance en volume, en valeur, en pourcentage, mais nous avons pour politique de ne pas divulguer de chiffres par pays sur le sujet.

Dans quelle mesure l’omniprésence des SUV dans le parc est-elle un bienfait pour vos résultats ?
Cela apporte du premium dans le mix global. Les dimensions sont plus importantes, donc le prix moyen d’un pneumatique de SUV par rapport à celui pour une berline est plus élevé. En 2018, le segment SUV a connu une croissance de plus de 12%, à comparer au + 4,9% du marché global.

Depuis 2015, Continental possède son propre réseau de réparation avec Best Drive.Cela vous a-t-il permis d’augmenter les ventes et pourquoi investir dans un tel réseau ?
Ça a contribué à augmenter la part de la marque Continental dans notre mix, pas forcément d’augmenter les ventes. Quant au choix d’un réseau intégré, il y a plusieurs raisons. La première est purement économique. Dans un marché assez fragmenté, ça assure un certain volume de pneus de remplacement. Best Drive est un de nos premiers clients. Deuxième raison : ça permet d’avoir des retours directs concernant nos produits, nos services...

Le réseau va-t-il être amené à se développer davantage ?
Le développement va passer par la franchise. Pour le réseau Eurotyre, nous aimerions atteindre la barre des 200 établissements. Pour Best Drive, ça dépendra. Nous souhaitons nous développer d’une manière plus qualitative que quantitative. Pour toute ouverture, il faudra qu’il y ait un vrai potentiel pour les différents segments, notamment pour les marques premiums.

Continental s’est satisfait d’une hausse des ventes des pneus hiver au niveau mondial. La France y a-t-elle contribué ?
Tout à fait. Le marché du pneu hiver a connu une croissance de 6% et nous sommes dans cette tendance.

Idem pour le pneu toutes saisons ?
Oui et pas seulement en France.

Ce pneu n’est pourtant pas apprécié des distributeurs…
Le pneu toutes saisons a vraiment été lancé il y a deux ans. Il est vrai que les premiers retours venant de la distribution n’ont pas forcément été enjoués. Comme il n’y a pas de permutation été-hiver, le client ne vient qu’une seule fois sur le point de vente. De plus, le positionnement de compromis du produit peut faire débat. Mais il y a des cas d’usage où le pneumatique toutes saisons prend tout son sens.

Quel sera pour vous l’apport de business supplémentaire dû à l’entrée en vigueur de l’obligation de montage de pneus hiver à compter du 1er novembre 2019 dans certaines régions françaises ?
Bonne question ! Je serais ravi d’avoir la réponse… Nous suivons ça de près, puisque la France est le deuxième marché d’Europe, après l’Allemagne. On ne sait pas véritablement quel effet aura cette réglementation.

Continental n’était pas associé à la rédaction du décret ?
Nous avons été consultés, plusieurs versions du décret ont été vues. Mais ce n’est pas l’Administration qui est allée chercher les entreprises, mais les entreprises qui se sont manifestées auprès d’elle.

Cherchez-vous à être présent dans l’offre de tous les sites Web proposant des pneus en France ?
Pas forcément avec tout le monde, mais nous sommes présents sur tous les canaux avec les principaux acteurs. Sur Internet, il y a un opérateur dominant, c’est Allopneus. Il est important pour nous de collaborer avec des clients qui travaillent les marques du segment Premium, et Allopneus fait ça très bien, par exemple.

Envisagez-vous de vendre directement des pneus au consommateur, comme le font déjà certains de vos concurrents ?
Non, ce n’est pas dans la stratégie.

Y a-t-il un canal de vente qui vous donne plus satisfaction qu’un autre ?
Internet continue à observer des taux de croissance à deux chiffres. Les revendeurs ont tendance à souffrir auprès des clients finaux, avec – 4% environ, les centres-autos sont en croissance de quelque 5% et pour ce qui concerne les concessionnaires, il n’existe pas de panel, mais nous pensons que c’est un canal en croissance.

Quel est le pourcentage de pneus Uniroyal vendus en France par rapport à votre volume global ? Cette marque est-elle en progrès en France ?
Oui, elle est en progrès sur quasiment tous les réseaux de distribution. Beaucoup auprès des concessionnaires, mais aussi dans les centres-autos. Les consommateurs sont attachés à cette marque, il y a toujours des taux de notoriété aux alentours de 80%. La part de la seconde ligne augmente, oui, 27% du marché total. Mais encore une fois, 61% du marché reste du premium.

Comptez-vous mettre les bouchées doubles sur la seconde ligne ?
La marque de seconde ligne est stratégique, car si nous n’en avions pas, nous serions coupés de 27% du marché. Mais nous sommes davantage dans une volonté d’accompagnement du marché plutôt que de surinvestissement.

Comme les autres manufacturiers, Continental parle beaucoup des pneus du futur, qui seront connectés.De quoi s’agit-il précisément ?
Bien des opérations de communication ont lieu sur ce sujet. Pour notre part, nous avons lancé, au salon de Francfort, l’an dernier, le Conti-sense et le Conti-adapt. Ce dernier va adapter son empreinte au sol en fonction des conditions de la route et des conditions climatiques. La jante bouge aussi ! C’est un produit actuellement en test. Le principe du Conti-sense est de rendre la gomme conductrice d’électricité. Le fait qu’elle le soit permet d’identifier la pénétration d’objets extérieurs. Typiquement, s’il y a un clou, l’information va remonter à l’ordinateur de bord. Enfin, la mesure de la profondeur de gomme est un autre sujet sur lequel nous travaillons, notamment en vue de la maintenance prédictive.