Depuis l'Hôtel Matignon, le Premier ministre Edouard Philippe a livré un discours fort attendu par les nombreux contestataires habillés en jaune : "J'ai entendu les inquiétudes sur les modalités du contrôle technique, qui le compliquent et le rendent plus cher. La aussi, je suspends cette mesure pour une durée de 6 mois afin de trouver des pistes d'adaptation" a fait savoir l'ex-maire du Havre.

Au 1er janvier 2019 en effet, les contrôles de pollution sur les diesels étaient censés se renforcer : les seuils d'acceptabilité des fumées devaient être revus à la baisse, tandis que pour une partie des véhicules Euro 4, ainsi que pour tous les Euro 5 et 6, ils devaient être soumis aux valeurs dites "plaquées" ; en clair, ces véhicules récents auraient dû témoigner des mêmes émissions de particules que constatées lors de leur homologation.

Les Gilets jaunes, tardivement, avaient appelé au retrait de cette mesure qui risque d'envoyer quelques milliers de véhicules à l'atelier, voire au centre VHU pour certains.

Cette surprenante décision du Premier ministre fait sortir de sa réserve Bernard Bourrier, le président de la branche contrôle technique du CNPA : "Il est aberrant d'avoir une décision publique sans la moindre concertation avec les professionnels du secteur" déplore celui qui est aussi président du réseau Autovision, "il y a des investissements, des emplois qui sont en jeu ! Nous servons de variable d'ajustement politique ; d'autant que dans 6 mois, rien n'aura changé !"
Toujours selon Bernard Bourrier, le relatif retard pris dans le déploiement des opacimètres permettant à ce contrôle renforcé de se mettre en place ne semble pas en cause : "S'il s'agit de l'argument dont s'est servi le Premier ministre, il se trompe. Environ 70% des centres sont déjà équipés, ce qui aurait déjà été suffisant pour démarrer au 1er janvier. Les centres ont dépensé de la trésorerie pour rien" confie-t-il à L'argus.

La vision des choses du CNPA semble être majoritairement partagée par Sécuritest (groupe SGS) et son président Laurent Palmier : "Décaler de 6 mois ne serait pas un problème si nous n'avions pas déjà changé la méthode de contrôle" explique-t-il. Et de signaler qu'il ne s'agit pas de la première reculade intempestive en matière de contrôle technique. Voici quelques années, le contrôle technique 2 roues devait se mettre en place, mais le Premier ministre de l'époque n'avait pas signé le décret d'application au dernier moment !

Malgré tout, Laurent Palmier veut voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide : "Le côté positif de cette suspension, c'est que nous allons pouvoir utiliser ces 6 mois pour travailler sereinement sur la pollution. Les valeurs plaquées sont strictes, or, un moteur qui a 10 000, 50 000 ou 100 000 kilomètres n'a pas le même rendement que lorsqu'il était neuf, et donc, pas les mêmes émissions polluantes..."

Le Premier ministre a aussi annoncé la suspension pour 6 mois de la hausse de la taxe carbone sur les carburants, ainsi que celle liée à la convergence gazole / essence. Ces mesures "ne s'appliqueront pas avant d'être débattues par toutes les parties prenantes" a assuré Edouard Philippe.