Après trois ans d’activité et une première phase de lancement prometteuse, la start-up controletechniquegratuit.com rencontre aujourd'hui des difficultés pour changer de dimension et s’inscrire dans un périmètre validant son business-model.

Concrètement, le fonctionnement de la société nécessitait un double flux bien synchronisé : les données des clients moyennant un contrôle technique gratuit, mais aussi des offres de professionnels. Or, c’est le deuxième volet qui n’a pas suivi. Pour Jonathan Habersztrau, fondateur du site, le marché n’est tout simplement pas encore constitué et paradoxalement, c’est sur le front professionnel que le bât blesse, car les usagers particuliers ne rechignent pas à céder leurs données si la promesse qu’on leur fait en retour est attrayante et le process transparent. 

Toujours est-il que c’est pendant la montée en puissance que l’édifice s’est lézardé : « En janvier et en février, nous disposions de 400 profils par jour et nous faisions une marge moyenne de 40 euros par contrôle technique. En septembre, nous avons réussi à collecter 1800 profils par jour, mais nous ne vendions pas pour autant plus de données aux professionnels. Nous perdions alors 14 euros par contrôle technique ». Dès lors, l’équation économique devient rapidement insoluble et Jonathan Habersztrau préfère s’arrêter à temps, avec un passif de 1,2 million d’euros vis-à-vis de la Bpi. Paradoxal quand on sait qu’il avait bouclé une levée de fonds de 2,7 millions d’euros, dont l’essentiel devait être affecté à « une vaste campagne d’achat d’espace publicitaire, qui devait permettre à l’offre d’être visible et connue dans toute la France ».

Jonathan Habersztrau met donc un terme à l’aventure, avec l’accord de ses actionnaires (les fonds d’investissements Sofimac IM, 5M Ventures et Pole Capital, ainsi que des investisseurs privés) et des équipes (16 collaborateurs dont 5 associés). Il affirme chercher un repreneur, mais reconnaît qu’il n’y a pas de piste avancée actuellement, les compagnies d’assurances n’ayant notamment pas donné suite après un premier mouvement d’intérêt. On peut rappeler qu’en près de quatre ans d’exploitation, controletechniquegratuit.com a compilé quelque 80000 profils pour 170000 factures d’interventions d’après-vente. En revanche, la société n’a pas d’atout technologique significatif.

Le dirigeant ne nourrit pas d’amertume ou de rancœur face à cette situation : « Je ne vais pas dire que nous n’avons pas été compris et que les grands acteurs du marché sont passés à côté d’une grande opportunité… C’est nous qui avons fait quelques erreurs d’appréciation, notamment en partant du postulat que les datas étaient la poule aux œufs d’or de l’époque ou encore en tablant sur une érosion du marché de l’après-vente. C’est frustrant, mais le marché que nous visions n’existe pas encore et je ne le vois pas décoller avant trois ans au minimum. Or, nous ne pouvons pas attendre. En outre, nous avons aussi été pénalisés par la concurrence des offres d’achat médias programmatiques, chez Google ou Facebook par exemple, car elles répondent aux besoins de bien des professionnels ».

Pour l’heure, Jonathan Habersztrau compte prendre un peu recul et surtout profiter de sa famille avant de se projeter sur un nouveau projet. Nul doute que les défis ne manqueront pas pour ce manager aguerri, à la fois créatif et volontiers trublion.