Une seule annonce a suffi à bouleverser le petit monde de la carrosserie française : Carglass, le géant du vitrage, serait en possession de plusieurs solutions de spot repair (réparation rapide) au Benelux, en Italie et au Brésil. Même si les rumeurs d’une possible arrivée sur ce marché en France ont été démenties par le spécialiste, certains pros de l’auto se sont quand même armés après avoir appris la nouvelle. Du moins, c’est le parti pris d’Alain Bessin, président du GIE de Five Star, qui souhaite contrer ce possible concurrent en développant dans son réseau un nouveau concept dédié à la carrosserie rapide, Repair Zen. Dévoilé lors du 25e congrès en juin dernier, devant 650 carrossiers, partenaires et distributeurs, ce concept a été défini un mois plus tôt par les membres du comité de pilotage et du conseil d’administration du réseau :

« Toute intervention pouvant entrer à l’intérieur d’une journée de travail, hors cadre assurance. »

Autrement dit, le réseau propose désormais aux automobilistes d’effectuer les petites réparations ou le débosselage de leur véhicule dans une zone de l’atelier, avec un réparateur, des outils et produits dédiés. En prime, un véhicule de courtoisie, même pour ces prestations de moins de sept heures.

« La chronologie n’était jamais la bonne »

« Fabricants de peinture, nous y pensions depuis des années, mais la chronologie n’était jamais la bonne, avoue Alain Bessin. L’épisode Carglass a été l’élément déclencheur qui a inquiété nos collaborateurs et les donneurs d’ordres. Au-delà de l’actualité, qui nous poussait à le faire, nous étions tous convaincus ». Il était alors sûr que l’offre serait déployée dès le mois de septembre, avec, comme soutien notable, l’envie des carrossiers d’aposer le panneau à leur retour du congrès. Finalement, les premiers testeurs déploieront le concept Repair Zen à partir de janvier 2019 : « Nous accusons un léger retard, mais ce n’est pas plus mal, car nous voulons présenter un concept définitif et bien ficelé pour le prochain congrès dans six mois. Il ne faut pas se louper sur ce coup », souligne le président de Five Star. En tout cas, l’objectif reste le même : convertir 80 % du réseau d’ici à deux ans. 

Tout à 30 secondes

infographie carrosserie france gipa argus
Infographie source Gipa

Chez Autodistribution aussi, la carrosserie express sera déployée dans tout le réseau AD d’ici au second semestre de 2020. Ce concept du day repair a été exposé lors du troisième congrès des réseaux fin septembre. Ce service s’appuiera sur un principe : un poste de travail, un technicien, une journée. Alors qu’une intervention traditionnelle s’étend en moyenne sur deux jours, le concept de la carrosserie rapide impliquera deux mouvements de véhicule au lieu de six. Une zone dédiée sera mise à disposition du technicien pour qu’il ait tout à 30 secondes de lui. Avec ce nouveau mode d’organisation, les objectifs sont multiples. Autodistribution souhaite que son réseau AD gagne en productivité en réduisant les durées d’immobilisation, mais, surtout, il veut améliorer la satisfaction client en s’adaptant aux besoins des automobilistes.

« Environ 30 % des réparations se font en moins de six heures et cette part va augmenter. Nous voulons donc réorganiser notre business et gérer deux flux, les chocs urbains et ceux de plus grande importance, à travers un planning spécifique. C’est-à-dire retravailler sur l’essentiel du chiffre d’affaires d’un carrossier, qui est pour 90 % réalisé via les agréments », assure Stéphane Montagne, responsable national des activités de carrosserie d’Autodistribution.

L’ambition est de traiter 40 à 50 % des petits chocs ayant lieu en milieu urbain. Le dirigeant proposera alors une formation de technicien ou de réceptionnaire et des équipements spécifiques. « Nos adhérents sont preneurs. Ils font déjà de la carrosserie rapide, mais les clients ne le savent pas, ni les carrossiers concernés d’ailleurs ! Il s’agit de mettre un mot sur une activité, de la concrétiser », ajoute Alain Bessin (Five Star), qui envisage de développer une structure administrative si nécessaire. En s’attaquant à la carrosserie rapide cette année, les dirigeants de ces deux réseaux savent pourtant qu’ils ne révolutionnent rien. Le groupe Albax, sous l’impulsion de son fondateur Max Alunni, a mis en service la première carrosserie rapide d’Europe en 1988, à Nice. Situé au coeur des immeubles, avec des hôtesses d’accueil, des salariés efficaces, des réunions matinales d’anticipation, des devis gratuits, des outils informatiques, une façade d’établissement design, du « sans rendez-vous » et des véhicules de courtoisie, ce concept a engendré un changement radical dans la profession.

façade carrosserie albax nice
Max Alunni a ouvert la première carrosserie rapide d'Europe en 1988, en plein centre-ville de Nice. Une révolution à l'époque.

« Simplement considérer le client »

Avant cette création de spot repair, il fallait terminer un chantier avant d’en commencer un autre. « Mon père ne supportait plus la grosse immobilisation et le bazar dans les anciennes carrosseries, se souvient Thomas Alunni, fils et directeur d’Entreprises Lecoq (marque du groupe Albax). Il voulait simplement considérer le client et gagner en efficacité grâce à une nouvelle organisation, laquelle existe toujours ! »

« Son souhait était d’ancrer la carrosserie urbaine au coeur du service. Il a également créé une méthodologie pour accélérer le processus d’expertise avec les experts et les compagnies d’assurance. »

Une scission du métier s’est donc opérée pour faire passer du volume en atelier et acquérir une image d’entreprise moderne. Aujourd’hui, plus d’une dizaine de sites dans le sud de la France traitent la production express et les équipes peuvent ainsi réparer jusqu’à quinze voitures en même temps par jour (plusieurs éléments de carrosserie dans une seule cabine de peinture). Les bases du concept instauré en 1988 sont toujours respectées, même si l’ambition de devenir le « MacDo de la carrosserie » a fait long feu. Les réseaux AD et Five Star vont donc mener une nouvelle tentative pour tenter de capter une partie de ce marché dit « hors assurances », avec la conviction que le moment s’y prête. « L’idée était révolutionnaire il y a trente ans. Il s’en est passé des choses depuis, mais, aujourd’hui, il n’y a aucune révolution à prévoir. Notre organisation, notre savoir-faire, notre expérience sont bien ancrés et nous permettent d’exister. Je ne vois pas vraiment de concurrence susceptible de tout chambouler », conclut Thomas Alunni. 


Autogriff, nouvel intermédiaire
La bobologie des autos attire également les pure players. Ainsi, une nouvelle plateforme de médiation entre carrossiers indépendants, grand public et gestionnaires de flottes est née : Autogriff. Ce site dédié aux réparations légères veut créer un écosystème afin de garantir une meilleure rentabilité aux pros et un service fiable, simple et des prestations moins coûteuses aux automobilistes et aux chefs de parc avant restitution des véhicules. En effet, en plus de ses tarifs parfois jugés opaques, l’assureur n’apporte pas de réponse rapide et concrète à son client. Le fondateur, Franck Keller, propose une nouvelle façon d’agir. Près de 470 carrossiers répondent aux sollicitations avec des rendez-vous en moins de 48 heures, des tarifs inférieurs à ceux des concessions, avec services à la carte (devis gratuit, prêt de véhicule ou paiement en trois fois sans frais).