Un œil avisé, des mains agiles, une force mesurée, des outils efficaces : c’est la combinaison gagnante pour affronter la centaine de bosses sur le capot d’une voiture. Sous la lumière blanche et le réflecteur, le débosseleur de Dentwizard (enseigne du groupe Dentmaster) s’empare de sa barre, l’enfourche sous le capot et, hop, pousse l’une d’elles. En quelques secondes, elle n’est plus. L’action semble facile, mais elle est des plus minutieuses.

technicien dentwizard bosses capot renault clio
Un technicien de Dentwizard en train de "pousser les bosses" sur un capot de Renault Clio.

Cette expertise est restée méconnue pendant de très longues années, jusqu’à ce que la grêle s’en mêle. « Depuis vingt-trois ans, nous sommes des spécialistes de la remise en état des VO, explique Alexandre Sabet d’Acre, directeur de Dentmaster. La grêle était un événement géré par de petits sous-traitants de carrossiers. Nous ne nous y intéressions pas vraiment. Tout le monde fait une fixation sur la grêle, mais notre activité ne se résume pas qu’à ça.»
Certes, mais cet événement météorologique a mis la profession dans la lumière, à une époque où il est permis au client de choisir son réparateur et de privilégier son pouvoir d’achat.

Une cinquantaine de techniciens

Si Dentmaster réalise la plus grande partie de son chiffre d’affaires (40%) grâce à ses camions Carméléon dédiés à la carrosserie rapide, l’activité débosselage sans peinture représente le reste, soit de manière ponctuelle (grêle) ou régulière (coup de portière, réparation de jantes...). L’entreprise compte une cinquantaine de techniciens qui se déplace dans toute la France pour intervenir chez les concessionnaires, garages et carrossiers afin de réparer les bosses, soit jusqu’à 3 000 clients. Une partie de ces salariés travaille à Bois-d’Arcy (Yvelines) – un second site ouvrira dans la région lyonnaise en 2019 – sur les jantes et les épisodes grêleux de la région. Ailleurs en France, Dentwizard a une autre organisation pour les véhicules touchés par la grêle : le déploiement de plateformes éphémères.

« Nous avons mis en place des “pop-up stores” pour répondre aux besoins des sinistrés locaux. Tout se décide au jour le jour », souligne Alexandre Sabet d’Acre.

Les grêlons tombent généralement de mai à octobre et les plateformes éphémères s’ouvrent en fonction du lieu impacté et de l’intensité des précipitations.

En 2018, Dentwizard en a installé six, elles viennent de fermer leurs portes. « Nous préparons notre saison en amont et nous attendons que ça tombe, ajoute le dirigeant. Lors de l’un des gros épisodes de grêle survenu en 2014, nous avions doublé notre chiffre d’affaires annuel. Et si nous avions été mieux organisés, comme aujourd’hui, nous l’aurions quadruplé ! »
Suite à cette expérience, il a donc fallu se structurer pour absorber le plus de volumes possibles en peu de temps et, pourquoi pas, devenir le gestionnaire de l’événement grêle pour les assureurs. À Bois-d’Arcy, le matériel est prêt pour chaque expédition. Plus de soixante véhicules de courtoisie attendent la saison, les remorques, les tunnels, les outils, les structures aussi.  « Nous faisons également appel à des débosseleurs indépendants pour nous renforcer et répondre au mieux à la demande du traitement des véhicules grêlés sur place. »

En un an, de 8 000 véhicules à... 250

En 2005, une société est née des caprices du ciel : France Débosselage. Elle a installé des plateformes dites autonomes dans toute la France. Cette année, elle en a ouvert sept, aux mêmes endroits que Dentwizard. Ainsi, 3 700 voitures ont été réparées en cinq mois. En 2014, plus de 300 expertises avaient été réalisées en moyenne par jour et par structure, soit 8 000 véhicules réparés au total. L’année suivante, sans fort épisode de grêle, France Débosselage n’en a réparé que 250. « La concurrence, l’exigence des compagnies d’assurance et des clients font que nous devons être réactifs, visibles, efficaces et modernes », assure Christophe Nosjean, cogérant de France Débosselage. Le métier est difficile, car il se heurte à l’imprévu. Les conditions d’intervention sont simples : « Savoir où et combien il va grêler. » Pourtant, la logistique est compliquée.

Les assureurs envoient des missions et déclenchent le plan grêle. « La procédure s’ouvre généralement à partir de 400 à 500 véhicules touchés. La première action est de chercher un local ou un emplacement. En 48 heures, c’est fait. Un peu moins de quinze jours après la demande, l’installation, le recrutement et les expertises réalisées à la chaîne, nous commençons les premières réparations », indique Christophe Nosjean. Si ces professionnels déploient autant d’efforts, c’est pour rester « des spécialistes qui font mieux que les garages ». À présent organisés, les débosseleurs ont tout à gagner. Demain, leur priorité sera de rassurer le public, aussi bien professionnel que particulier. « Nous ne prenons le business de personne. Absorber un tel volume est impossible pour des carrossiers non certifiés et non équipés. Les “pop-up stores” ne sont pas une mauvaise solution », indique Alexandre Sabet d’Acre. Pour France Débosselage, l’enjeu est de se faire connaître du grand public et d’expliquer le métier : « Nous nous sommes équipés d’une cabine de peinture mobile, nous avons créé une application pour le suivi des réparations, un démonstrateur 3D et un robot pour montrer notre savoir-faire et interagir avec le public », conclut Christophe Nosjean.


Un métier enfin reconnu

Il y a un peu plus d’un an, le CNPA a créé une commission dédiée aux débosseleurs et dégrêleurs. La priorité est d’assainir la profession en lissant les conditions de concurrence. L’entité devrait permettre de comprendre qui sont ces pros et comment ils travaillent. Autre bonne nouvelle : le spécialiste des outils brevetés pour le débosselage, ExcelTools, a été habilité par l’ANFA (organisme paritaire) un mois après pour mettre en place un CQP débosselage sans peinture. L’entreprise, qui est donc prestataire d’examen, propose désormais une formation certifiante, via cinq sessions par an de huit candidats. Quarante diplômes ont été délivrés depuis janvier. « Aucun certificat n’existait, rien n’était véritablement enseigné. Nous étions sur le projet depuis 2009 et cette certification permet de rendre officielles la formation et l’immatriculation des professionnels pour qu’ils puissent s’installer », souligne Jean-Jacques Brunie, président d’ExcelTools.