Trois ans après le scandale des 11 millions de moteurs diesel truqués, Volkswagen débute une semaine cruciale : le constructeur affronte son premier procès en Allemagne, le lundi 10 septembre 2018. Une date qui aura également un retentissement mondial concernant cette motorisation et son éventuel déclin. Première audience colossale d’une longue série puisqu’elle devrait durer au moins jusqu’en 2019, voire plusieurs années, laissant le groupe face à une cinquantaine d’avocats et soulevant ainsi 193 questions soumises par les deux parties (notamment sur l’utilisation du logiciel de fraude, qui était au courant et à quel moment de la manipulation, l’absence d’informations, etc).

L’enjeu

Le tribunal régional de Brunswick doit déterminer si le constructeur aurait dû informer plus tôt les marchés financiers de cette tricherie révélée en 2015 dans le but d’épargner de lourdes pertes à ses actionnaires. Ces derniers réclament au total 9 milliards d’euros d’indemnités. Dans cette affaire tentaculaire, les magistrats se concentreront surtout sur la chute du cours de l’action de VW dans les jours qui ont suivi les révélations du « Dieselgate » par les autorités américaines, soit 40% en 48h. D’après la presse, près de 2 000 plaignants seraient regroupés en une seule plainte collective derrière le fonds d’investissement Deka. 

Mais le tribunal précisera et statuera également la chronologie des faits, hors impact sur les marchés financiers. Le rôle de Martin Winterkorn, ingénieur de métier resté aux commandes de Volkswagen de 2007 à 2015 et qui se vantait de connaître "chaque boulon" de ses modèles, devrait être particulièrement scruté.

Quelle défense ?

Le premier constructeur mondial assure que les informations disponibles à l'époque ne rendaient ni pertinente ni obligatoire une communication aux marchés. Volkswagen soutient aussi, comme il l'a déjà fait devant la justice américaine, que la tricherie était l'initiative d'une poignée d'ingénieurs, à l'insu de leurs supérieurs. Une fois alertée par les autorités américaines, la direction n'aurait pas mesuré l'ampleur de l'affaire, pensant qu'elle pourrait être résolue à l'amiable.

Que risque vraiment Volkswagen ?

Il s’agit du premier procès majeur en Allemagne contre VW car seules quelques requêtes individuelles de clients ont abouti. Par exemple, aux Etats-Unis 14,7 milliards de dollars ont été utilisés pour régler des contentieux avec la clientèle et deux anciens cadres ont été condamnés à de la prison ferme.
Toutefois, si le constructeur allemand devait être condamné, il reviendra aux juges de déterminer au cas par cas les sommes dues. Au total, le groupe a déjà payé plus de 27 milliards d’euros en amendes, frais judiciaires et rappels de véhicules aux USA et en Europe.

Plusieurs enquêtes en cours

L'audience de Brunswick est loin d'être la seule procédure en cours. Plusieurs parquets allemands ont ouvert des enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou publicité mensongère contre des salariés de Volkswagen mais aussi ses marques Audi et Porsche, ainsi que Daimler et l'équipementier Bosch. Rappelons que Rupert Stadler, patron d'Audi, est toujours en détention provisoire et soupçonné de "fraude" et complicité d'"émission de faux certificats".

A Stuttgart, des centaines d'investisseurs présents au capital de Porsche SE, actionnaire principal de Volkswagen, réclament eux aussi des indemnités. Mais ce procès, qui doit s'ouvrir mercredi 12 septembre 2018, pourrait être interrompu en attendant le dénouement à Brunswick. Enfin, le gouvernement allemand a ouvert en mai la voie à des procédures collectives de consommateurs, permettant une possible action groupée contre VW avant la fin de l'année. "Quelque 2 millions de propriétaires pourraient en bénéficier", avait déclaré la ministre de la Justice, Katarina Barley.