Le 13 juin dernier, Jean-Pierre Gauthier rencontrait Anne Hidalgo au cours d’un entretien avec les représentants de plusieurs titres de presse spécialisée. L’occasion pour le Directeur Général du Groupe Argus, dans la continuité d’une tradition portée par l’Argus depuis 1927, de défendre les intérêts des automobilistes et de la profession automobile face aux pouvoirs publics.

Le diesel banni du Grand Paris en 2025. Premiers touchés : les plus modestes.

En la matière, le leitmotiv d’Anne Hidalgo ne souffre d’aucune ambigüité depuis son élection en 2014 : rééquilibrer l’occupation de l’espace public parisien au profit des déplacements « doux » et au détriment de l’automobile individuelle. Avec, en filigrane, une politique de lutte contre le diesel et ses émissions de particules fines nocives, accusées par l’édile de causer au moins 2500 morts prématurées par an dans la capitale. Sur ce thème, la décision de la maire de Paris, suivie par la présidente de la région IDF Valérie Pécresse, est on ne peut plus radicale : les moteurs fonctionnant au gasoil seront proscrits dans la capitale dès 2024, puis dans la zone du Grand Paris incluse dans le périphérique francilien A86 en 2025, avant d’être évincés de toute la région en 2030. Un prélude à l’interdiction totale des véhicules thermiques, à laquelle la France s’est engagée à l’horizon 2040.

En réalité, ces restrictions toucheront assez peu les résidents du département 75, où l’on dénombre seulement 155 véhicules diesel pour 1 000 habitants (chiffres INSEE et Argus), de très loin le taux le plus bas du pays. A l’inverse, les habitants de deuxième et troisième couronne, les provinciaux et tout particulièrement les ruraux, populations souvent fragilisées, seront nombreux à se voir empêchés de « monter » à la capitale avec leur propre véhicule.

En l’occurrence, les chiffres montrent que la taille du parc diesel d’un département est inversement proportionnelle à sa densité : de seulement 227 véhicules pour 1 000 habitants dans le Val-de-Marne ou 241 pour les Hauts-de-Seine, ce taux atteint 423 pour la Lozère, 480 pour les Deux-Sèvres, ou 410 pour l’Aveyron. Rien de surprenant, dans la mesure où le diesel reste le carburant le plus économique pour parcourir des distances longues, qu’il s’agisse des déplacements du quotidien en zone rurale ou pour couvrir épisodiquement les 600 km qui séparent Rodez de Paris. Au grand bénéfice de la planète, puisque les moteurs diesel émettent nettement moins de gaz à effet de serre que leurs équivalents essence.

La fin du diesel, sérieusement, c’est possible quand ? 

Pourtant, pour ces Français « périphériques », les occasions de devoir pénétrer dans Paris intra-muros, ou dans le périmètre du Grand Paris, ne manquent pas, a fortiori lorsque les politiques publiques ont laissé, depuis plusieurs décennies, se concentrer dans ces 814km² une écrasante majorité des sièges d’entreprises, des centres décisionnels, des grands équipements publics, des marchés de gros, des universités et grandes écoles, des aéroports et gares TGV. Dans ces conditions, peut-on réellement accroitre encore les difficultés des ruraux et périurbains, en sacrifiant leur liberté de déplacement sur l’autel de la qualité de l’air dans des centres-villes considérés comme privilégiés ?

Cette question est d’autant plus cruciale que le diesel est loin d’être moribond : si les ventes de véhicules neufs carburant au gasoil n’ont eu de cesse de décliner ces dernières années, elles représentent encore près de 50 % du marché en 2017 et le taux de dieselisation au sein du parc de véhicules en circulation a poursuivi sa progression : 64,8% en 2012, 68,0% en 2014, et 69,6% en 2016. De quoi alimenter pendant des années encore le marché de la seconde main, avec des véhicules diesel peu onéreux, qui ne manqueront pas de séduire les ménages modestes par leur consommation inférieure à leurs homologues essence.

A quel moment ce taux amorcera-t-il son déclin, à quel rythme, et sur quel laps de temps ? Une problématique similaire à celle d’une pyramide des âges, et à laquelle l’Argus va chercher à répondre au moyen d’une étude approfondie, appuyée par les données et ressources que le groupe peut mobiliser : 7 millions de visiteurs uniques par mois sur largus.fr, un système de référencement des petites annonces à l’échelle européenne, et un parc d’outils de gestion équipant la majorité de la profession automobile en France et permettant d’observer 75 % des transactions B2C.

Un engagement fort de la Maire de Paris

Evidemment, la responsabilité politique d’Anne Hidalgo s’arrête au périphérique parisien et n’a pas vocation à répondre aux problématiques des Corréziens ou des Aveyronnais. Pour autant, la Maire de Paris ne balaie pas leurs considérations d’un revers de main, et insiste sur l’importance « d’arrêter de produire du diesel, de gérer au mieux la flotte existante, et d’informer les automobilistes sur la fin de l’utilisation du Diesel ». Et de poursuivre « la question du comment, il faut la travailler avec les propriétaires des diesels. Mais je veux bien y participer. »

Sensible à ces questions relevant autant de l’environnement que de l’égalité républicaine, Anne Hidalgo s’est donc engagée à soutenir le Groupe Argus dans la réalisation de cette étude, qui pourra déboucher sur des propositions et actions concrètes d’accompagnement. Grâce à Jean-Claude Girot, commissaire général du Mondial de l’Automobile et présent lors de l’échange, rendez-vous est pris en octobre pour la présenter lors du Mondial.