Michelin a mené plusieurs opérations de croissance externe significatives ces deux dernières années, cela va-t-il continuer ?
Au-delà de notre solidité financière qui nous permet d’endosser un rôle d’acteur, c’est avant tout, en l’espèce, une affaire d’opportunité. Chaque rachat renvoie à une synchronisation à la fois précise et complexe, mais qui n’est pas toujours linéaire. Si vous prenez l’exemple de Multistrada, il s’agit d’un dossier ouvert depuis cinq ans ! Dès lors, nous observons le marché, car nous savons que nous sommes en position d’intervenir, surtout que notre dette est maîtrisée et que les acquisitions génèrent du cash-flow.

Vos prévisions tablent sur une activité en ligne avec le marché global, n’est-ce pas un excès de prudence, que vous reprochent souvent les places de marché ?
Si vous considérez le contexte mondial dans lequel nous évoluons et sa volatilité, ces prévisions ne sont pas si prudentes ! Par exemple, pour le marché des pneus PL, beaucoup de choses dépendent de la Chine, qui est le baromètre du marché mondial. En outre, nous savons que le segment du tourisme en première monte va connaître un léger repli dans certains zones, Europe et Chine par exemple, même si le marché du remplacement et le levier du mix produits nous offrent des perspectives. Le marché des pneus de spécialité va croître. En somme, nous respectons notre feuille de route et nous n’allons pas commencer à sacrifier la rentabilité sur l’autel de la course aux volumes, ce n’est pas dans l’ADN du groupe.

Une première vague significative de véhicules électrifiés va arriver sur le marché : quelles sont les conséquences attendues sur la consommation de pneus ?
Les véhicules électrifiés consommeront plus de pneus, entre guillemets, et cela s’explique par des lois physiques. Ces véhicules sont en permanence en phases d’accélération ou de décélération. Par ailleurs, ils sont plus lourds, notamment les hybrides. En outre, le plaisir de conduire ces modèles sollicite les pneus. La donne sera différente avec les véhicules autonomes, de niveau 5, car on recherche au contraire beaucoup de fluidité et de confort.

Quelle est votre implication dans les recherches sur l’autonomisation des véhicules ?
L’implication de Michelin est très forte et nous travaillons avec tous les constructeurs, sur tous les continents. Nous avons un programme assez avancé au Japon, par exemple. Mais le lead de la recherche est localisé à Clermont-Ferrand.

Pour conclure sur la vaste réorganisation du groupe, en mesurez-vous les premiers effets ?
Nous avons lancé le chantier de cette réorganisation au début de 2018, avec la volonté affichée par Jean-Dominique Senard d’aller vite, et cela a été le cas. Lorsque nous avions échangé sur le Mondial de Paris, je vous avais dit que 70% des managers avaient vu le périmètre de leurs fonctions évoluer ! En avril-mai, il y a d’ailleurs eu un peu de surchauffe, entre guillemets, et nous avions dû réexpliquer nos motivations et nos objectifs. Depuis, tout se passe bien et les bons résultats du second semestre 2018 s’expliquent en partie par cette nouvelle organisation. Une organisation plus flexible, qui responsabilise davantage les managers et qui s’appuie sur des Systèmes d’Information plus élaborés et plus lisibles. La solidité de nos résultats et le pilotage simultané de cette réorganisation montrent à quel point l’empreinte de Jean-Dominique Senard est forte et féconde pour le groupe.