« La raison d’être du carrossier est une question majeure. Nous intervenons en complément et dans l’ombre des constructeurs ». Patrick Gruau, qui a pris les commandes du groupe familial il y a trente ans, connaît mieux que quiconque les problématiques du secteur. Principal client du groupe lavallois, au même titre que les TPE, les grands comptes ou les réseaux distributeurs, le constructeur se révèle être également l’un de ses plus féroces concurrents. La business unit Renault Tech, spécialisée dans la transformation de véhicules, en est l’illustration la plus concrète. «Je ne veux pas dépendre des constructeurs, ni d’un client. C’est la raison pour laquelle nous devons conserver un temps d’avance en termes d’innovations », souligne le dirigeant lavallois.

Si le groupe est parvenu à traverser la tempête de 2009 sans dommages, d’autres acteurs ont fait les frais du repositionnement adopté par les constructeurs. « Le métier de la carrosserie VP a disparu car ces-derniers ont gagné en flexibilité et ont cessé d’externaliser, rappelle le dirigeant, en faisant référence à des fleurons tels que Heuliez, Karmann ou encore Pininfarina. Concernant le secteur du véhicule utilitaire, dans le lequel nous avons choisi de concentrer nos développements en 1988, les constructeurs ont également réintégré beaucoup de silhouettes au sein de leur usine pour des raisons économiques ».

La France, roi de la carrosserie sur VUL

Au regard de ses nombreux voyages, le dirigeant considère que « la carrosserie européenne est la plus compétitive et performante au monde sur le plan qualité/prix/prestation », par rapport à l’Asie ou encore l’Amérique du Nord. Patrick Gruau distingue deux marchés dominants en Europe : la France, en particulier dans le secteur du véhicule utilitaire, et l’Allemagne, qui a orienté son savoir-faire dans les semi-remorques et véhicules industriels. 5 000 carrossiers sont dénombrés sur le Vieux Continent, dont 400 entreprises en France, principalement implantées dans la région Rhône-Alpes et dans l’Ouest de la France.« Les dix sociétés les plus importantes pèsent 40 % du secteur », note Patrick Gruau. Avec un chiffre d’affaires qui devrait se stabiliser autour de 200 millions d’euros en 2015, le groupe mayennais domine assez nettement le secteur en Europe, devant WAS et l’Italien Scattolini. « Nous avons trois ou quatre concurrents par secteur d’activité et notre ambition est d’occuper la première ou la deuxième position dans chaque domaine, par raison et par nécessité afin d’être compétitif ».

Les Etats-Unis et l’Allemagne en fer de lance

Le constructeur-carrossier, qui vient d’inaugurer un deuxième site de fabrication en Pologne (Varsovie), a fait de l’international son principal levier de croissance.« Nous n’étions pas très bons auparavant à l’international car d’une part, le VUL s’exporte mal en raison de coûts importants et d’un manque de compétitivité par rapport à la production locale, et parce que nous nous heurtons aux us et coutumes des différents marchés. D’autre part, un autre frein concerne les normes qui diffèrent encore selon les pays », expose Patrick Gruau. Autant de barrières qui commencent à tomber, en particulier en Amérique du Nord, où le groupe a conclu un partenariat important en début d’année. « Nous sommes adeptes des alliances légères, via des accords commerciaux, ou lourdes, via la création de coentreprises », précise le dirigeant, qui a reconnu avoir repoussé des projets au Brésil et en Russie, via des logisticiens, ou encore en Algérie. Gruau, qui entend réaliser entre 40 et 50 % de son chiffre d’affaires à l’étranger d’ici 2022, annonce un rapprochement imminent en Allemagne.