Quelles sont les ambitions avec cette deuxième génération de 508 ? Nous voulons être leader sur le segment D, ce qui représentera 15 000 à 20 000 508 par an, version SW inclue. Ce segment est dominé par les ventes BtoB, à hauteur de 60 %, canal sur lequel nous avons d’ailleurs d’excellents résultats ; le 3008 est leader devant la Renault Clio. C’est un succès d’autant plus méritant qu’il a toujours été détenu jusqu’à présent par une citadine et que les politiques tarifaires sur ce segment ne sont pas les mêmes que sur celui des SUV.

Comment expliquez-vous ce résultat ? Au-delà de l’attrait du véhicule, par les très bonnes valeurs résiduelles qui nous permettent d’afficher des mensualités contenues tout en profitant d’une belle rentabilité.

Quelle est la cible de la 508 ? Nous avons pour ambition d’être le plus haut de gamme des constructeurs généralistes. La 508 vise clairement les Volkswagen Passat et Arteon.

Peugeot 508
Peugeot vise 15 000 à 20 000 unités par an avec la 508
L’ancienne 508 était très présente sur le marché des transports de personnes (VTC, taxi, etc). Avec son nouveau style, très proche du coupé, ne craignez-vous pas de perdre des parts de marché ? Nous assumons ce choix stylistique. L’année dernière, les VTC représentaient en moyenne 10 % de nos immatriculations sur le marché BtoB. L’habitabilité de la nouvelle 508 reste à la hauteur du segment D et nous présenterons au prochain Mondial de Paris, la version SW qui répondra aux attentes de ceux qui souhaitent plus de volume.

Autre nouveauté prévue pour la rentrée, le Rifter, remplaçant du Partner Tepee. Comment se porte le marché du ludospace en France ?* C’est un marché stable ; il représente environ 10 % des ventes du segment C. Nous avons vendu l’année dernière plus de 8 000 Partner Tepee, ce qui place la France ex-æquo avec la Turquie, mais derrière l’Espagne et ses 14 000 unités. Sur notre territoire, le marché est assez spécifique car il est détenu à part quasi-égale par les trois marques françaises**, ce qui laisse peu de place pour la concurrence.

Peugeot Rifter
Peugeot cible les conducteurs de monospace avec le Rifter
Le Rifter partage un grand nombre d’éléments avec le Citroën Berlingo et l’Opel Combo Life. Quel est son positionnement ? Contrairement aux deux précédentes générations de Partner, nous avons voulu vraiment le différencier de son cousin Citroën. Cela passe non seulement par l’esthétique, avec une volonté de le typer beaucoup plus SUV, grâce à ses grandes roues et ses passages de roues plus prononcés, mais également par l’intérieur avec l’implantation de notre i-Cockpit et son petit volant. Nous avons également travaillé les trains roulants afin de lui conférer un agrément de conduite plus « berline ». Enfin, le Rifter sera équipé d’une version GT Line, finition qui remporte un franc succès sur l’ensemble de la gamme.

Quel public ciblez-vous ? Nous voulons conquérir les conducteurs de monospaces. Avec l’explosion des SUV, les véhicules "volumiques" sont de plus en plus rares et nous avons avec le Rifter une offre qui répond aux attentes des clients à la recherche d’espace tout en ayant un budget contraint. Le Rifter va parfaitement s’intégrer dans la gamme, entre le 2008 et le 3008. D’ailleurs, nous parlons plus ici de « ludocross » que de « ludospace » !

La norme WLTP approche à grand pas. Où en est Peugeot ? Contrairement à la concurrence, nous n’aurons pas de rupture d’offre et nous tiendrons les délais pour avoir les véhicules en concession le 1er septembre, à quelques exceptions près. Cela signifie que nous n’immatriculerons pas à outrance en août ce qui risque de nous faire perdre des parts de marché à cette période, une situation que je vais devoir justifier auprès de ma présidence (sourires). Plus sérieusement, nous sommes assez sereins sur cette période de transition, bien que la situation soit complexe et difficile à expliquer aux clients.

Les constructeurs restent très discrets, mais certains parlent de soutiens commerciaux pour écouler les modèles ne répondant pas à la nouvelle norme... Cela ne sera pas le cas chez Peugeot, car nous ne serons pas confrontés pas à cette situation.

Selon vous, cette norme risque-t-elle de faire évoluer le marché, à savoir, un retour en force du diesel, plus favorisé par une fiscalité basée sur les émissions de CO2 ? Je ne crois pas. Le basculement du diesel vers l’essence est une tendance lourde. Au pire, cela pourrait ralentir cette conversion, on pourrait observer un moment de flottement, mais cela ne sera probablement que passager, car l’augmentation du prix à la pompe et la convergence de la TVA sur les carburants pour les entreprises incitent les clients à se tourner vers l’essence. Quant à la forte poussée des boîtes automatiques, je ne pense pas non plus que la norme WLTP aura une incidence. D’ailleurs, notre 508 dans sa version BlueHDi 130 émet moins de CO2 avec la nouvelle boîte automatique EAT8 (98 g/km) qu’avec la boîte à six rapports (101 g/km). Par contre, il est possible que la berline aujourd’hui laissée de côté au profit des SUV, notamment sur le segment D, reprenne des couleurs grâce à une fiscalité plus avantageuse. Ce qui est une bonne nouvelle pour la 508 !

* En parallèle de cette interview, nous avons appris que Peugeot ne renouvèlerait pas le Bipper Tepee, développé en partenariat avec le groupe Fiat et produit en Turquie. Pour info, il s’en est vendu 413 unités en 2017 ainsi que 620 Citroën Nemo et 283 Fiat Qubo.

** Ce n’est pas tout à fait exact. En 2017, le Renault Kangoo s’est vendu à 11 172 unités, le Citroën Berlingo, 10 443 et le Peugeot Partner Tepee, 8 542. Au pied du podium, se trouve le Volkswagen Caddy (1 562 unités) – source AAA.