Le bilan 2018 est bon : 2,173 millions de ventes, 3,0% de plus qu’en 2017, cinquième année consécutive de hausse après le point très bas de 2013 (1,790 million). La dynamique l’est moins. A fin juillet, le marché français affichait une croissance de 6,3%. Puis, le moteur a serré : - 13% en septembre, - 2% en octobre, - 5% en novembre. Et - 14,5% en décembre.

Ce repli était attendu. La cigale avait trop chanté en août (+ 40%) pour ne pas serrer la ceinture ensuite. Le 1er septembre, est entré en vigueur le nouveau calcul de consommation, bien plus réaliste que l’ancien, entraînant donc des hausses de malus. Juste avant cette date, des constructeurs ont immatriculé en hâte des carrosses aussitôt transformés en citrouille : ces « Occasions zéro km » ont fait de l’ombre aux véhicules neufs. De surcroît, le contexte de cacophonie fiscale et réglementaire est propice à l’attentisme : pourquoi acheter une voiture aujourd’hui ? On ne sait si les taxes sur les carburants vont augmenter ou non, si les diesels seront bientôt bannis des grandes villes, si ne tombera pas du ciel en 2019 une « Macronette », nouvelle prime d’incitation au remplacement d’un modèle ancien par un véhicule plus propre ?

A ces deux raisons, s’en est ajoutée une autre, imprévisible celle-là : à partir de la mi-novembre, le mouvement des Gilets Jaunes a ralenti l’activité commerciale en France. Il a surtout désertifié les concessions situées aux abords des villes, à proximité d’un rond-point occupé par les manifestants. Cette inflexion de croissance (+ 4,7% en 2017) lors des quatre derniers mois 2018 est-elle un accident de parcours, ou l’annonce d’un retournement de tendance ? Le marché automobile français ne se sent plus aussi serein que par le passé, au moment de débuter la nouvelle année…

Le haut-de-gamme pavillon bas


Sur l’ensemble du voyage en 2018, le vent a toutefois été porteur. Huit marques en ont profité pour battre leur record de France des ventes : Dacia, Kia, Hyundai, Skoda, Mini, Jeep, Lexus et Jaguar.

Dans cette liste, quatre absentes, pourtant habituées à cet honneur ces dernières années. L’augmentation du malus a fini par saper la belle croissance de ces enseignes haut-de-gamme : Mercedes (- 3 % en 2018), BMW (- 6%), Porsche (- 16%), Audi (- 21%). Lexus (+ 13%) a échappé à cette malédiction, grâce à sa prédilection pour les motorisations hybrides, signe que Toyota avait vu juste et loin en lançant la Prius en 1997. Jaguar aussi (+ 29%), mais en bénéficiant d’un élan quasi-mécanique : accroissement de son domaine par le bas avec le lancement fin 2017 du modèle plus court de son histoire récente, le E-Pace, SUV compact de 4,40 m. Même enchainement chez Jeep (+ 21%), avec l’introduction du nouveau Compass, venu soutenir le petit Renegade dont les ventes se maintiennent à haut niveau.

Dacia ne cesse de grimper : + 19% en 2018, accession au 4e rang du marché devant VW (pour… 12 ventes). Le nouveau Duster y a bien sûr pris toute sa part. Le mouvement est toutefois plus profond : 5e record en dix ans. Le low-cost est donc un sillon lourd de l’automobile. Curieusement, la filiale de Renault est toujours seule à le labourer, quatorze ans après son lancement.


Dacia, Kia, Skoda, Mini : multirécidivistes



Skoda (+ 17%) travaille également sur la durée : 6e record de la décennie. Kodiaq et Karoq ont certes élargi le registre de la marque tchèque. Mais le fond du message Skoda reste le même : des véhicules au grand cœur, vastes, fiables et généreux. Kia, avec un habile mélange séduction (design, équipement)/rationalité (garantie 7 ans), enchaîne les performances : + 14%, 8e record en dix ans. Qui se souvient encore qu’à l’aube de ce millénaire, Kia était un nain du marché français : 2 000 ventes par an ? Cap des 40 000 franchi pour la première fois en 2018…

Hyundai, guéri des ventes stratégiques qui avaient fait tanguer le navire voilà six ans, affiche désormais une croissance saine : + 21% en 2018, et nouveau record, après celui décroché en 2017. Mais sans parvenir à rattraper Kia, anomalie française au sein du groupe coréen. Dernier nominé, Mini, lui aussi abonné au tableau d’honneur des records de France : 4e mention depuis 2015. La marque anglaise ne propose pourtant que deux modèles en magasin. Mais sait faire entendre une tonalité chic et décalée.

D’autres marques ont pu sabler le champagne au soir du réveillon. Par ordre d’importance, Peugeot et Citroën (+ 6%), Toyota (+ 10%), Fiat (+ 15%) qui a retrouvé cette année un 8e rang plus conforme à son passé, Seat (+ 26%) porté par le duo Ateca-Arona, Volvo (+ 13%). Et Mitsubishi (+105%) revient dans le top 30 après quatre ans d’éclipse, grâce au succès de l’Outlander dont Renault et Nissan ferait bien de reprendre au plus vite la technologie hybride rechargeable, qui ne pèse pas trop sur son prix.

Renault, Nissan : partenaires particuliers


Car Renault traverse des temps difficiles : - 2,5%, à contre-courant du marché, avec un sévère - 21% en décembre. Vivement la nouvelle Clio, qui ne résoudra pas tout, car Peugeot peut attendre autant de la nouvelle 208. Pour Nissan, c’est pire, - 17% sur l’année et surtout une offense : un pic ahurissant de ventes stratégiques à l’été (62% des ventes de la marque japonaise en août), qui a plombé la fin son parcours 2018 (- 56% en décembre !). Qashqai et Juke ont vieilli. Et il n’est pas certain qu’avoir choisi de laver en public le linge sale de l’affaire Ghosn ait servi la cause de Nissan en France.

Enfin, une note triste : Alfa Romeo. Giulia et Stelvio, pourtant longtemps attendus, et acclamés par la presse, n’ont pas apporté le sursaut espéré : - 9,5%, entachés de surcroit d’une proportion de ventes tactiques qui défie la raison. Dites « Alfa Romeo » et de doux souvenirs remontent à la mémoire de ceux qui aiment l’automobile. Mais le grand public entend-il encore ce nom glorieux ?

Et une note gaie : hors du top 30, Alpine (1 151 ventes), revenu cette année, frôle son record en France :  1 181 unités en… 1972 !

Les 30 premières marques de France




EN VERT : marques dont les ventes ont progressé davantage que la moyenne du marché
EN ROUGE : marques en recul
EN JAUNE : marques ayant battu leur record de France
(légende tableau)

Ce tableau se lit ainsi : Fiat, par exemple, a vendu 78 226 voitures en 2018, soit une hausse de 15% par rapport à 2017 (68 196). Et gagne ainsi, au détriment d’Opel et Nissan, deux places au classement des 30 premières marques de France : 10e en 2017, 8e en 2018. Mais reste loin de son record de France : 154 590 ventes, en 1996. Les ventes 2018 de Fiat en France représentent 51% de ce record.