Comment vont les marques françaises ?


Beau temps en juin sur l’ensemble du pays, et sur son marché automobile : 252 222 ventes, 9,2% de plus qu’en juin 2017. Juin étant le mois le plus fort de l’année pour le commerce des quatre roues, ce bon résultat amplifie la hausse constatée depuis janvier : + 4,7% au bilan du premier semestre 2018, contre + 3,5% à fin mai.



Ce vent favorable gonfle les voiles des marques françaises, qui ont encore repris du terrain aux constructeurs étrangers : elles bouclent en effet les six premiers mois de l’année avec une part de marché de 55,1%. Mieux que sur la même période voilà un an (54,5%), bien mieux qu’il y a cinq ans (52,3%). Toutefois, cette position majoritaire doit beaucoup à Dacia, dont les ventes ont augmenté de 21% depuis janvier. Grâce au succès du nouveau Duster, la filiale de Renault a enregistré sur le premier semestre 2018 la part de marché la plus élevée de son histoire : 6,5%.  Sans Dacia, les couleurs françaises brillent moins : 48,6% de pénétration cumulée pour Renault, Peugeot, Citroën et DS, mieux qu’en 2013 (47,5%), mais moins bien qu’en 2017 (48,9%).

Peugeot tient bon le cap : 18,0% de part de marché (17,5% sur les six premiers mois 2017). Le lancement de la DS7 permet enfin à DS de se redresser : 1,1%, 0,1% de plus que sur le premier semestre 2017. Mais les 2,7% atteints par DS sur les six premiers mois 2013 permettent de mesurer la chute subie en cinq ans, faute de nouveaux modèles.

Le renouvellement de la C3 et l’arrivée de la C3 Aircross n’ont hélas pas eu le même effet bénéfique sur les ventes de Citroën, seule marque française dont les résultats sont orientés à la baisse (- 0,4%) depuis le début de l’année. En un an, la part de marché de la marque aux Chevrons a ainsi glissé de 10,1% à 9,6%. Vivement le C4 Aircross…

Enfin, malgré un beau mois de juin (ventes en hausse de 12%), Renault progresse moins vite que le marché depuis janvier : + 2,3%. En conséquence, la pénétration de la première marque française régresse : 19,9% sur le premier semestre, contre 20,3% à même parcours en 2017.


Combien de ventes saines ?


Jusqu’à quand le marché français pourra-t-il continuer à doper ses chiffres par des ventes tactiques à loueurs de courte durée ou au réseau ? Autrement dit, des ventes artificielles de véhicules neufs reversés quelques mois plus tard sur le marché de l’occasion, voire sans délai dans le cas des « Ventes zéro kilomètre »…

Le phénomène devient inquiétant, à la fois par son ampleur et son accélération. La part des ventes dites « saines » (ventes à particuliers et sociétés) a encore reculé en juin (64%). Elle est ainsi tombée sur le premier semestre 2018 à 67,5% du total des immatriculations, contre 68,5% à fin mai, et 69% à fin avril.



Certes, la situation était pire l’an dernier à même date : 66,8% de ventes saines sur les six premiers mois 2017. Mais la comparaison avec un passé récent permet de mesurer l’extension du mal : 71,9% de ventes « saines » à fin juin 2013, voilà cinq ans.
Les particuliers ont été timides en juin : 112 702 achats, soit 45% du total des immatriculations. Les entreprises aussi ont observé une pause : 48 397 des achats (19% du total). A l’approche de l’été, Les loueurs de courte durée ont continué à regarnir leur parc, les ventes en Transit Temporaire à progresser : 46 031 achats (19%). Et les concessionnaires à remplir leur arrière-cour : 43 899 achats (17%).

Les marques françaises, plutôt vertueuses en début d’année, sont maintenant passées sous de la moyenne nationale, avec 67,1% de ventes saines. Mais ce pourcentage recouvre des situations contrastées. A l’examen des ventes « saines », Dacia est hors concours (86% du total de ses immatriculations depuis janvier), Peugeot reste bon élève (71%). Citroën (67%), Renault (65 %) et DS (58%) ne sauraient en dire autant. Le constat vaut pour toutes les marques : celles dont les modèles trouvent naturellement preneurs auprès des particuliers et des entreprises n’ont pas besoin de céder à la tentation des ventes tactiques pour améliorer leurs résultats commerciaux. D'ailleurs, à ne considérer que les ventes à particuliers, les plus rentables pour un constructeur, Peugeot est la première marque de France (93 161 immatriculations depuis janvier) devant Renault (91 862), et Dacia la troisième (65 306 immatriculations) devant Citroën (55 780).


Comment L’argus procède


Pour obtenir le total des ventes à sociétés, L’argus agrège les ventes aux entreprises (flottes, véhicules de fonction) aux locations longue durée, souvent le fait de professions libérales. Les ventes à loueurs sont le cumul des ventes à loueurs de courte durée (Avis, Europcar etc.) et à clients en transit provisoire, dites « TT ».  Les ventes à réseau, le cumul des ventes directes aux concessionnaires (voitures de démonstration ou courtoisie) et des ventes à tarif préférentiel aux employés des constructeurs.
Enfin, le total des pourcentages des saines et tactiques ne fait pas tout à fait 100% (99,6% sur le premier semestre 2018). Car il existe un autre canal de distribution : les ventes aux administrations, de faible nombre et quasi monopole des marques françaises.


Données statistiques : Bertrand Gallienne et AAA
Graphiques : Thierry Buyse