La cause paraissait entendue : en France, le diesel n’avait plus que quelques années à vivre. La classe politique, de tous bords, relayait volontiers le discours venu de Paris clamant son interdiction prochaine. Ce tam-tam médiatique amplifiait le reflux constaté depuis 2012. Cette année-là, 73% des véhicules neufs vendus s’abreuvaient de gazole. La part ne cesse depuis de chuter : 64% en 2014, 47% en 2017.

77% de diesels parmi les immatriculations en 2008, c’est un record du monde dont la France devrait avoir honte. Il était dû au maintien aveugle d’une fiscalité sur les carburants née dans l’immédiat après-guerre et favorisant le gazole. A l’époque, la France était en reconstruction, le législateur pensait aux camions. Pourquoi n’a-t-il pas rectifié le tir quand injection par rampe commune et turbo ont changé dans les années 90 les performances et donc la destination des voitures diesels ? Pourquoi Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, a-t-elle invité les diesels à venir en ville, où ils n’avaient rien à faire, en leur octroyant en 1998 une pastille verte ? Ce brevet de salubrité publique était établi uniquement sur les émissions de CO2, critère avantageant le diesel. Pourquoi l’ADEME, organisme dépendant du ministère de l’Environnement, a-t-il décerné des années durant le titre de « Voiture la plus propre de France » à la Smart diesel, hérésie automobile d’ailleurs boudée par le public et qui n’a pas eu d’héritière ?

Le public sait comparer


Ces questions resteront sans réponse : pour faire oublier ses fautes, oublier aussi qu’elle s’est faite rouler hier dans le gazole par des constructeurs français en pointe sur cette technologie, notamment Peugeot, la classe politique tape aujourd’hui deux fois plus fort sur le diesel qu’il n’est nécessaire. 77% de diesel en 2008, c’était ridicule. 0% le serait tout autant : du moment qu’il roule hors des villes, un diesel représente en l’état actuel des énergies alternatives le meilleur compromis entre préservation de la couche d’ozone et prix accessible par le public. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les malus d’un moteur essence et d’un diesel de même puissance sur un véhicule à vocation routière, ou la différence de leur budget carburant…

Cette comparaison, le public sait la faire : depuis le début de l’année, le diesel semble avoir atteint une phase de plateau, 40% des immatriculations, mois après mois. Ce qui correspond grosso modo à la part du diesel dans un pays comme la Grande-Bretagne où la fiscalité sur les carburants a toujours été neutre. Soit un retour à un étiage normal, après des années où le diesel est monté bien trop haut, envahissant toutes les catégories du marché.

Ligne de démarcation : les compactes


Depuis le début de l’année, la ligne de démarcation passe par les compactes : l’essence vient d’y devenir majoritaire, mais de peu, 53% des ventes. En dessous de ce gabarit (4,37 m pour la compacte moyenne de France), le diesel est rare, et sa part décroit en fonction de la taille : 29% des ventes chez les SUV urbains (4,17 m), 20% chez les citadines polyvalentes (4,01 m). Jusqu’à frôler le néant chez les citadines (3,53 m) : 0,2% des ventes. Le public n’a nul besoin d’écouter l’opinion des autorités politiques de ce pays pour voir où est son intérêt. A priori, un petit modèle est destiné à un usage urbain et effectue un faible kilométrage annuel : un moteur essence lui va donc comme un gant.

Au-dessus des compactes, même s’il a cédé du terrain, le diesel est resté roi. Et la règle reste la même. Elle s’applique juste à l’inverse : plus le gabarit grandit, plus la part du diesel est forte, de 62% chez les monospaces compacts (taille moyenne, 4,48 m) à 97% chez les grands monospaces (4,91 m) en passant par 66% chez les SUV compacts (4,45 m) ou 75% chez les familiales (4,74 m).

La disparité des marques devant le diesel répond à la même loi. Encore 92% de véhicules diesels dans les ventes Land Rover depuis janvier, 86% chez Jaguar, 75% chez Mercedes. C’est logique : leurs modèles sont de grand gabarit et fort tonnage. L’arrivée du XC 40, un SUV compact, a fait baisser la part du diesel chez Volvo (74%). Mouvement opposé chez Alfa Romeo, DS ou Dacia : rebond du diesel grâce aux bons résultats commerciaux obtenus par trois nouveautés qui ne sont pas des poids plume, Stelvio, DS7 et Duster II. Et les marques qui réalisent le plus clair de leurs ventes dans les petites catégories du marché penchent du côté de l’essence.

Triple cécité


Il est toutefois trop tôt pour savoir si le diesel est désormais stabilisé autour de 40% des ventes en France, et sa chute véritablement enrayée. Sans doute pas : Porsche vient de décider de retirer son offre diesel, Toyota est sur cette pente puisque tous ses motorisations hybrides partent d’un bloc essence. Le diesel n’est pas l’avenir de l’automobile, pas plus que l’essence d’ailleurs, mais tant que les énergies alternatives ne sont pas au prix du marché, ces deux carburants ont encore de beaux jours devant eux.

Proclamer la mort prochaine du diesel comme le font les autorités politiques françaises relève donc d’une triple cécité. D’abord, Paris n’est pas la France. Ensuite, le diesel garde aujourd’hui sa pertinence sur des gros modèles à fort kilométrage annuel. Enfin, c’est faire peu de cas du marché des Véhicules Utilitaires Légers : 301 651 immatriculations sur les huit premiers mois 2018 (contre 1 513 933 voitures particulières), et un taux de diéselisation proche des 100% !

Les marques les plus diésélisées de France
 
    2016 2017 8 mois 2018
1 Land Rover 95% 96% 92%
2 Jaguar 89% 89% 86%
3 Mercedes 82% 78% 75%
4 Volvo 87% 84% 74%
5 Jeep 74% 73% 72%
6 BMW 84% 76% 64%
7 Audi 72% 63% 55%
8 Alfa Romeo 45% 51% 52%
9 DS 48% 43% 48%
10 Renault 57% 53% 48%
11 Skoda 54% 52% 47%
12 Nissan 60% 59% 46%
13 Dacia 44% 43% 45%
14 Peugeot 53% 49% 42%
15 Volkswagen 53% 49% 40%
France 52% 47% 40%
16 Kia 51% 44% 38%
17 Ford 50% 46% 36%
  Honda 52% 38% 36%
19 Citroën 48% 43% 33%
  Hyundai 59% 45% 33%
21 Mazda 43% 37% 30%
22 Opel 40% 35% 27%
23 Seat 39% 30% 25%
24 Fiat 29% 27% 23%
25 Mini 40% 29% 20%
26 Suzuki 20% 10% 7%
27 Porsche 42% 33% 6%
28 Toyota 14% 7% 4%
29 Smart 0% 0% 0%
  Lexus 0% 0% 0%
 
La chute du diesel a été spectaculaire ces dernières années. Sur les huit premiers mois 2018, la part du diesel est toutefois constate : 40% des ventes. Et son déclin n’est pas uniforme : le diesel reste majoritaire chez huit des trente premières marques du marché français.

Xavier Chimits et Bertrand Gallienne
Données AAA