Suite à un fort épisode de pollution aux particules fines, les franciliens de 22 communes se sont retrouvés, le 23 mars dernier, pour la moitié d’entre eux en interdiction de circuler.

Les sources de pollution sont aujourd’hui bien connues. Elles ont pour origine le chauffage urbain, assorti des rejets industriels, les sources mobiles de pollution (le transport quel qu’en soit le mode) et la pollution exportée par les courants venteux.

Loin de nous l’idée de stigmatiser les véhicules et de « taper » systématiquement sur ces éléments de mobilité qui ont permis à nos grands-parents de découvrir le monde et qui ont pour vertu, hors du monde virtuel, de rapprocher les hommes.

On oublie trop souvent que c’est par le raccourcissement des distances que le « vivre ensemble », cher à nombre de nos ministres, rend possible le rapprochement des hommes.

Mais ceci est un autre débat.

Comprendre les phénomènes de pollution

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur cet épisode de pollution aux particules fines et à l’interdiction de circuler pour la moitié du parc roulant des franciliens qui n’étaient pas détenteurs d’une dérogation…

Pour bien comprendre les enjeux, il est nécessaire de distinguer les gaz à effet de serre et les polluants atmosphériques. Même si parfois ce sont les mêmes.
Les véhicules émettent diverses particules fines dont des polluants atmosphériques (CO, NOx, imbrulés…) qui ont un impact direct sur la santé, et des gaz à effet de serre (CO2) qui, à faible dose, n’ont pas d’impact direct sur la santé mais sont responsables du changement climatique.

Dans un rapport de 2012, l’OMS rappelle qu’annuellement, environ 7 millions de personnes dans le monde meurent prématurément suite à la pollution, cause de maladies cardio-vasculaires (AVC, 40%) ou de cardiopathies ischémiques.

Soutenir l’effort industriel, raisonner technique et éco-entretien

Pour enrayer cette situation, les normes européennes d’émission, dites normes Euro, sont entrées en vigueur. Nous en sommes à l’Euro 6 et les véhicules de norme Euro 6b vont être mis en circulation au cours du dernier trimestre 2015.
Ces normes, depuis 1990 pour la mise en service des véhicules lourds et 1992 pour celle des véhicules légers, visent à réduire de façon drastique les rejets polluants des véhicules roulants.

Depuis 2012, le Forum mondial de la normalisation automobile, WP29, a défini un nouveau cycle de conduite (le WLTC remplaçant le NEDC mis en place en 1973) en vue de l’homologation des véhicules en fonction de leurs émissions polluantes, en se rapprochant le plus possible des conditions d’usage d’un véhicule.

Les résultats de la mise en œuvre de ces normes est aujourd’hui probant.
De l’Euro 3, qui date de 2001, à l’euro 6b mise en application en 2014, les émissions tolérées ont été divisées par 6. Et la norme Euro 6c est attendue pour 2017.

L'industrie engage des efforts

Simultanément, il ne faut pas oublier l’effort engagé par l’industrie automobile pour concevoir et développer la propulsion par énergie électrique.
Le contrôle technique,  outil public, a-t-il aujourd’hui les moyens de relayer réellement cet effort de l’industrie (motoristes et pétroliers confondus) ?

Depuis 1992, le régime du contrôle technique s’applique, en France, à tous les véhicules roulants, à l’exception des deux roues. Depuis cette date, les centres de contrôle sont équipés de matériels permettant de mesurer les émissions polluantes des véhicules à moteur essence (analyseur de gaz) et, depuis 1996, de matériels permettant de mesurer les émissions polluantes des moteurs diesel (opacimètre).

Les services de l’Etat détiennent l’outil qui permet de surveiller l’entretien du parc roulant français. Ils détiennent la règlementation et la mise en œuvre des normes des équipements permettant de mesurer les émissions polluantes. Ils n’empêchent…

L’écran de fumée de l’effet médiatique

La circulation alternée est un très bel effort de communication. Toutes les télévisions en parlent et ça coûte des dizaines de millions d’euros aux contribuables alors que dans le concert des nations européennes, la France doit réduire sa dépense publique.

Ça dure un jour et le lendemain… il n’y a plus d’émissions de particules fines…. Et ces dernières ne franchissent pas la frontière de l’Ile-de-France… cela rappelle l’histoire du nuage de Tchernobyl !

Dans la situation actuelle, il n’y a ni idée providentielle, ni coup de baguette magique, mais la poursuite des efforts industriels, techniques et citoyens engagés depuis 25 ans.

Il faudrait, pour asseoir cet effort dans la durée, que les pouvoirs publics aient le courage d’interdire définitivement, sur tout le territoire, l’usage régulier des véhicules anciens trop émetteurs d’émissions polluantes.

Les vertus de l'éco-entretien

Il faudrait aussi développer, avec tous les acteurs de l’après-vente, le réflexe de l’entretien régulier et permanent des véhicules. L’éco-entretien, prôné depuis quelques années, répond parfaitement au maintien des taux d’émissions acceptés lors de l’homologation du véhicule.

Et enfin, utiliser le contrôle technique pour ce qui est sa destination première : s’assurer de l’état d’entretien des véhicules, en le dotant des matériels permettant d’assurer pleinement cette mission.

Une grande partie de tout ceci est inscrit dans le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, en cours de discussion à l’Assemblée nationale. Il serait souhaitable que les derniers arbitrages répondent à des critères techniques de protection de l’environnement plutôt qu’à de « subtils jeux politiques florentins ».

J’appelle de mes souhaits qu’aux effets de com, on substitue la technique et la responsabilisation des hommes pour véritablement endiguer les phénomènes de pollution atmosphérique.

Bernard J. Bourrier, membre de la Commission Contrôle Technique CNPA et PDG d’Autovision