Fleuron industriel du constructeur Renault en France, le site de Flins se transforme et s’adapte, épousant les mutations du secteur automobile et plus largement celles de la société, de l’économie et des nouveaux modes de consommation des ménages. Pour beaucoup d’entreprises, vendre des produits d’occasion est devenu « plus vertueux et bénéfique pour la planète », en plus d’être davantage abordable financièrement pour les consommateurs. Le reconditionnement s’est imposé ces dernières années comme une pratique à la mode (pour les produits high-tech notamment) et le secteur automobile n’échappe pas à la tendance, plus pour des raisons économiques, industrielles qu’environnementales. Sous l’impulsion de son nouveau directeur général, Luca de Meo, la marque au losange, en quête de renouveau et de relance, a choisi de convertir son site industriel de Flins à l’économie circulaire, symbolisé par l’appellation Re-Factory.

Créée en 1952, cette usine historique a fabriqué certaines des voitures les plus emblématiques de la marque (Dauphine, R4, R5, Supercinq, Clio, Twingo...). En 2020, le site yvelinois a produit 92 621 Zoé (fabriquées à Flins depuis 2012) et 35 998 Micra (depuis 2016) et employait 2 435 personnes. Selon Luca de Meo, Flins doit désormais « devenir une référence européenne en matière d’économie circulaire ». Si le centre continue de fabriquer des Micra (jusqu’en 2023) et des Zoé (2024), il va surtout s’atteler dans les prochains mois à redonner une seconde vie aux batteries, aux voitures, aux pièces...

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Démarrage en cadence industrielle

Renault Flins usine Factory VO reconditionnement
Encore en travaux en mai, la Factory VO de Flins débutera véritablement son activité de reconditionnement le 1er septembre 2021.
La Factory VO constitue à ce jour l’un des projets les plus avancés pour l’usine de Flins. Un bâtiment de 8 500 m2, aménagé et affecté au reconditionnement des voitures d’occasion, sera opérationnel à la rentrée de septembre. « Le démarrage en cadence industrielle se fera dès le 1er septembre 2021, comme cela était prévu, informe Gilles Mériadec, responsable de la partie commerce pour le projet Factory VO. Nous avons terminé la formation des mécaniciens et commençons celles pour les carrossiers et les peintres. Nous avons quasiment fini les développements informatiques. Sur la période de juin à août, nous allons mener les premiers tests sur des voitures pour s’assurer que tout fonctionne bien ». Au démarrage, le site de Flins sera alimenté par les véhicules provenant des concessions Renault situées à Paris et en région parisienne (d’opérateurs privés et de RRG). Les voitures déployées par le groupe à Paris dans le cadre de la solution d’autopartage Zity (des Zoé pour l’instant) y seront également réparées et préparées.

Dans un second temps, si les retours en termes de productivité sont à la hauteur des attentes, l’usine pourra être amenée à traiter des VO provenant d’autres régions que l’Ile-de-France. « Flins est un “centre d’éclatement” de véhicules neufs, c’est-à-dire que toutes les voitures qui proviennent des usines situées hors de France transitent par le port du Havre, sont ensuite stockées dans l’usine avant d’être éclatées dans les pays d’Europe, explique Gilles Mériadec. Ce positionnement va nous permettre d’optimiser les coûts de transport de façon très importante. Ainsi, un camion qui va livrer des voitures neuves à Clermont-Ferrand peut remonter avec des occasions à coût quasiment nul ». Des opérateurs distribuant les marques du groupe Renault, à l’image d’Emil Frey et de Bodemer, ont déjà construit leur propre centre de reconditionnement. « Des distributeurs assez éloignés, qui ne disposent pas de leur propre organisation ou qui préfèrent sous-traiter, peuvent y trouver leur intérêt en raison de coûts de transport léger », affirme-t-il.

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Un business plan à 33 000 VO

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Luca de Meo, directeur général du groupe Renault, et Jean-Dominique Sénart, président de Renault de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, lors de la présentation du projet de Re-Factory à Flins en novembre 2020.

Renault Flins n’exclut pas non plus d’accueillir des VO provenant de groupes de distribution qui ne commercialisent pas ses marques, mais aussi de loueurs, d’assureurs... « Nous n’avons pas de limites tant que cela s’inscrit dans le cadre de l’économie circulaire et en harmonie avec le développement des ventes de Renault », précise Gilles Mériadec. Quand la vitesse de croisière sera atteinte, en 2022, ce sont 170 personnes qui travailleront au sein de la Factory VO pour assurer la rénovation et la préparation d’environ 33 000 véhicules d’occasion l’année prochaine, selon le business plan établi. Le bâtiment actuel offre un potentiel maximal de 45 000 voitures d’occasion reconditionnées en trois huit. « Mais les ambitions de Luca de Meo sont d’atteindre les 120 000 voitures reconditionnées à terme. Nous allons y aller pas à pas », souligne le responsable. Pour ce faire, Renault prévoit d’exploiter un second bâtiment dans lequel il répliquera l’organisation adoptée dans le premier. La surface ne manque pas au sein de l’usine et le groupe français entend rapidement surpasser les organisations industrielles déjà existantes en interne ou développées par d’autres opérateurs de la distribution ou de la logistique. Le constructeur a annoncé en mars dernier la cession de sa plaque Renault Retail Group dans le Nord, qui inclut la Factory VO de Seclin, un site de reconditionnement ouvert il y a deux ans qui affiche un potentiel de 18 000 véhicules reconditionnés par an.

Un benchmark de deux ans en Europe

« Nous ne partons pas de zéro au sein du groupe. Nous avons également un site, à proximité de l’usine Nissan d’Avila, en Espagne, qui rénove des VO pour les établissements RRG de Madrid, indique l’ancien directeur de la succursale RRG de Boulogne-Billancourt. Nous avons réalisé un benchmark pendant deux ans en Europe, au sein de prestataires spécialisés, de regroupements de concessionnaires ou de spécialistes du digital. Nous avons regardé les avantages et les inconvénients de chacune de ces organisations pour ne conserver à Flins que les avantages. Globalement, les centres de rénovation des VO que nous avons visités restent avant tout des “gros garages”. À Flins, nous changeons totalement d’approche industrielle puisque nous allons mettre en place des lignes, pour les plaquettes de frein, les vidanges, la carrosserie légère, la carrosserie lourde... Nous allons apporter un flux très industrialisé, plus proche d’une usine de véhicules neufs que d’un centre de rénovation. Concrètement, une fois que les voitures auront franchi la porte d’accès au bâtiment de 8 500 m2, elles suivront un flux, des étapes avec un process de productivité optimisé au maximum et ne feront jamais marche arrière ».

Faire gagner de l’argent aux distributeurs

Le groupe Renault ne souhaite pas à ce stade détailler le parcours précis et le nombre de lignes mises en place pour reconditionner les VO. La prise de photos et de vidéos sera également assurée directement depuis l’usine, afin que le distributeur puisse diffuser la voiture sur Internet alors que celle-ci est encore stockée à Flins. Le constructeur entend réduire les délais de rotation des VO de 21 jours en moyenne à 6 jours, entre l’entrée en stock et la remise en vente. Tout l’enjeu de la Factory VO est de faire gagner du temps et de l’argent aux concessionnaires. « Il s’agit d’un centre de production et de coût pour le constructeur, qui n’est pas destiné à gagner de l’argent, avance Gilles Mériadec. Le gain se fera sur la vente du VO au sein du réseau car nous allons améliorer la marge grâce à une baisse du coût de rénovation ». Le réseau Renault, dont la rentabilité moyenne est descendue à 0,2 % en 2020 (l’une des plus basses), devrait y trouver rapidement son compte.

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