logo equip auto 2019 sur fond blanc


S'appuyant sur un plan de communication efficace, le salon Equip Auto (du 15 au 19 octobre 2019, à porte de Versailles, à Paris) s’annonce bien dans un contexte automobile pourtant confus, la multiplication des amendements relatifs à la filière automobile dans le projet de loi de finances 2020 en étant la dernière illustration en date. En clair, la grandmesse française de l’après-vente a réussi la figure du phénix après des années très chahutées. « Si on se reporte à l’édition 2013, l’avenir du salon était clairement mis en cause », rappelle Philippe Baudin, président d’Equip Auto.

« La proximité de Paris est précieuse »

À cette période sensible, plusieurs équipementiers et distributeurs se sont réunis pour envisager deux options : laisser le salon péricliter ou organiser une remobilisation avec les actionnaires pour tenter de trouver un rebond en 2015. Si tout n’est pas parfait, l’initiative, reposant notamment sur une nouvelle distribution des halls, se solde par une réussite.

« Puis, en 2017, c’est grand retour à Paris, qui a eu beaucoup d’impact, effectivement, plus que ce que tout le monde attendait. La proximité de la capitale est précieuse, notamment par rapport au gain de temps dans les transports, les embouteillages pouvant représenter une vraie nuisance à Villepinte. En outre, pour les exposants, c’est beaucoup plus simple d’organiser des soirées clients », explique Philippe Baudin.

Du coup, les exposants retrouvent une approche positive et une nouvelle alchimie prend autour de l’événement. « À la fin de la première journée de 2017, on savait qu’on avait relevé le gant », se remémore-t-il. Bonne préparation articulée autour de trois mots d’ordre (innovation, business et convivialité), juste équilibre entre réparateurs, distributeurs, enseignes et équipementiers, unité de temps équilibrée sur cinq jours, nouvelle application mobile : l’édition 2019 s’ouvre dans un climat serein.
« Le bilan strictement comptable de l’édition 2019 est déjà bon, avec plus de superficie qu’en 2017. Certes, nous ne sommes pas des vendeurs de mètres carrés, mais c’est quand même un indicateur à prendre en compte. J’insiste sur le fait que nous avons maîtrisé les coûts. De toutes façons, ce ne sont pas les mètres carrés qui alourdissent la facture, mais ce qu’on met dessus. Par ailleurs, le nombre d’exposants est en hausse, plus de 1 200 marques, et il y a 30 % de nouveaux exposants, tandis que notre socle de quelque 300 exposants très fidèles s’est révélé robuste », détaille Philippe Baudin.

salon equip auto vue d
salon equip auto vue d

On peut rappeler, au passage, le retour de nombreux exposants de premier ordre (Berner, Brembo, Continental, Lacour, Magneti Marelli, Werther, ZF…).

« Un exposant qui ne vient pas, il faut chercher à le comprendre, au-delà de son seul arbitrage financier, pour pouvoir le convaincre de revenir. Et les grands noms doivent nous permettre de stimuler le visitorat », pointe le président.

De surcroît, les espaces réservés aux start-up sont optimisés pour accueillir environ 60 entreprises, les organisateurs leur offrant une grande flexibilité sur les modalités d’exposition (espace réduit adapté à des moyens contraints, possibilité de ne pas venir durant toute la durée du salon, etc.). Equip Auto échappe aux turbulences qui viennent secouer les salons de constructeurs en Europe, l’IAA de Francfort en ayant marqué l’acmé en septembre. Un temps envisagée via Mondial Tech, une bribe de partition commune avec le Mondial de l’automobile n’est plus à l’ordre de jour : « nous devons discuter et envisager des projets communs. Il ne s’agit pas de fermer les portes, mais il est très ardu de trouver des articulations entre BtoB et BtoC. » Equip Auto échappe aussi à l’inquiétude qu’on peut sentir chez de nombreux équipementiers qui émettent des avertissements sur les résultats, tout simplement parce que ces problèmes sont liés à la baisse de la production mondiale de véhicules et aux règles macroéconomiques qui régissent la première monte.

« Marché tendu, enjeu colossal »

equip auto vue interieur voiture

Mais en Europe comme en France, l’activité aprèsvente est plutôt bien orientée (lire à ce sujet notre supplément adressé avec ce numéro de L’argus). Philippe Baudin reste néanmoins prudent : « Le marché français reste tendu et l’enjeu est colossal pour des entreprises qui réalisent entre 15 et 25 % de leur chiffre d’affaires annuel sur le salon en année Equip Auto. En outre, pour le salon en tant que tel, nous devons quand même commencer à réfléchir à ce qu’il sera en 2021 et en 2023, car il faut toujours anticiper, surtout en cette période de lourdes mutations de la filière. Dans dix ans, beaucoup d’acteurs auront évolué et changé de spécialités. » Parmi les évolutions à suivre dès cette année, Philippe Baudin n’écarte pas les nouvelles mobilités d’un revers de la main. « Certains de nos exposants ont aussi des opportunités liées aux nouvelles mobilités. Ils peuvent devenir des fournisseurs de services de mobilité au-delà de leurs métiers historiques. En tout cas, ils n’ont pas à se l’interdire. »

« Les ressources d’une centrale nucléaire »

L’accès aux données, clé pour réparer les véhicules récents et de demain, est aussi sur toutes les lèvres. La data étant vitale pour tous les acteurs, il est logique qu’elle soit l’objet de luttes d’influence et de lobbying acharnées. En filigrane du propos, on trouve bien entendu l’essor des Adas. La Fiev (équipementiers) s’est saisie de cet enjeu, notamment la commission aftermarket. Par ailleurs, les PRE et les Piec (pièces de réemploi ou issus de l’économie circulaire) s’invitent dans les débats, par le biais des exposants et de conférences.

« À quelle demande cela répond ? À une demande du marché, une demande conditionnée par le pouvoir d’achat, au-delà des convictions environnementales », assène Philippe Baudin.

equip auto vue allée stand foule

En outre, l’électrification est à l’honneur dans toutes ses nuances et tous ces paradoxes. Philippe Baudin est volontiers provocateur : « En France, le parc roulant est de 38 millions de véhicules. Alimenter un million de véhicules électriques requiert les ressources d’une centrale nucléaire. Je vous laisse imaginer la réaction de certains Français quand on va leur dire qu’il faut passer de vingt sites nucléaires à une cinquantaine. Je pousse à l’extrême, mais c’est pour montrer qu’on ne peut pas imposer des technologies ou des contraintes trop lourdes aux clients. Surtout quand l’équation globale du pouvoir d’achat n’est pas résolue. Et la maintenance et l’entretien sont dans ce périmètre. » Pour autant, il estime aussi que l’électrification ne va pas forcément nuire à l’après-vente : « On entend des thèses trop caricaturales à ce sujet et il convient de prendre du recul. La disparition des réparateurs est une rengaine. Pourtant, ils subsistent ! Là où des opérations se simplifient et s’espacent, d’autres deviennent plus pointues. Prenez l’exemple des trains avant. Où vous aviez sept ou huit pièces de liaison au sol assemblées auparavant, vous en avez jusqu’à quarante aujourd’hui. Regardez la complexification des pneumatiques. »

« Tendre la main à l’avenir »

De surcroît, les réparateurs ont évolué et ne sont plus réductibles à l’image d’Épinal de la clé de douze. Ce sont des patrons, projetés vers l’avenir, rompus aux services (véhicule de remplacement, qualité d’accueil…), au marketing, aux nouvelles formes de commerce, de logistique, à la digitalisation.

« Autant de choses à faire savoir aux clients, mais surtout aux jeunes. La filière doit tendre la main à l’avenir et Equip Auto doit y aider. »

Enfin, l’internationalisation du salon pose des questions. Si elle est effective porte de Versailles, avec 60% d’entreprises étrangères parmi les exposants et trois délégations, elle questionne une extension hors de France et d’Algérie (Equip Auto Algeria). Les réflexions sont ouvertes, selon Philippe Baudin, qui ne veut pas aller plus vite que la musique et qui étudie aussi des développements en France, notamment pour les années paires, en ayant retenu les leçons du passé.