Pendant de longues années encore, la famille Jeannin devrait porter haut les couleurs des marques du groupe Volkswagen dans le département de l’Yonne. Si, faute de successeur dans leur famille, certains dirigeants se voient contraints de céder leurs affaires, Yves Jeannin, qui préside le groupe depuis trente-trois ans, a su transmettre le goût de l’automobile aux générations suivantes. Quatre de ses neveux (Pierre-Henri et Alban) et nièces (Elsa et Astrid) travaillent aujourd’hui dans les concessions du groupe. Yves Jeannin a encore quelques années devant lui, mais il n’est jamais trop tôt pour préparer l’avenir. Un avenir qui pourra éventuellement s’écrire à travers sa fille Mathilde, âgée de 24 ans, qui a affirmé son ambition de rejoindre l’entreprise familiale.

À jamais les premiers

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1968 : Concessions Volkswagen et Audi

Propulsé à la tête du groupe à 27 ans, « contraint et forcé » suite aux soucis de santé de son père, le patron icaunais souhaite logiquement se prémunir de toutes mauvaises surprises et pérenniser l’entreprise qu’il a développée, ainsi que cette relation forte nouée avec Volkswagen et Audi il y a tout juste cinquante ans. En 1968, après une première expérience dans la carrosserie et la peinture, suivie de la distribution et de la réparation des marques Volvo et Honda, Bernard Jeannin et son épouse Lucette deviennent les premiers distributeurs d’une marque allemande dans l’Yonne. À l’époque, le contrat porte sur une quarantaine de voitures. Il ne va cesser d’augmenter au fil des ans. Sept ans seulement après avoir rejoint ses parents dans l’entreprise, d’abord comme mécanicien, puis comme chef d’atelier, Yves en prend les rênes en 1985.

« À l’origine, nous devions faire la route à deux, avec mon frère Christophe. Mais en 1982, il est décédé des suites d’un accident de moto. Mon père étant malade, je me suis retrouvé au milieu du gué. Le défi était considérable et il a fallu que je me retrousse les manches. »

Il doit alors se familiariser avec une activité commerciale qu’il maîtrise moins et, surtout, il se retrouve en première ligne dans les discussions avec le constructeur. Certainement l’étape la plus difficile à surmonter.

Résilié, puis conforté

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Yves Jeannin, à la tête de l'entreprise depuis 1985

« D’une part, Volkswagen me connaissait peu à l’époque et, d’autre part, les relations se sont dégradées avec le directeur régional. Conséquence : ils m’ont résilié. Pendant un an, je me suis retrouvé en période de préavis. Je me suis battu pour conserver le panneau et, heureusement, les potentiels repreneurs n’étaient pas forcément au niveau. Finalement, à l’issue du préavis, plutôt que me résilier, ils m’ont confirmé comme concessionnaire.» S’en suivra toutefois une période de mise à l’épreuve. Yves Jeannin se verra imposer des formations et une batterie de tests pour démontrer son aptitude à diriger la concession. Le jeune dirigeant va sortir vainqueur de ce « combat », au point de retourner la situation en sa faveur. En 1991, c’est lui qui est désigné par le constructeur pour reprendre les panneaux Volkswagen et Audi à Sens, devenant ainsi le distributeur exclusif de ces marques dans l’Yonne.

« J’ai eu la chance à cette époque d’être bien conseillé et entouré de bons collaborateurs. »

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1996 : Jeannin Automobiles sort du département de l'Yonne et s'implante en Seine-et-Marne avec VW et Audi

La machine est lancée et le groupe Jeannin va saisir successivement les opportunités proposées par Volkswagen France : incursion en 1996 en Seine-et-Marne, à Meaux et dans le secteur de Coulommiers, développement avec Seat à Auxerre, Sens et Avallon en 1999, extension en 2000 dans l’Aube, à Troyes et Romilly-sur-Seine. « Le développement à Meaux, secteur situé loin de mes bases, s’est révélé compliqué. C’est toujours le cas aujourd’hui, car la clientèle est peu axée sur les marques premiums, un segment qui ne cesse de diminuer localement. La marque leader sur la zone, c’est Dacia. » Durant les années 2000, le groupe va parfaire sa couverture avec le groupe allemand, avant de diversifier son portefeuille de marques via la reprise des concessions Nissan d’Auxerre et de Sens, alors détenues par Pierre Carette. « À l’origine, c’était la famille Lévy, qui distribuait Nissan à Melun et à Fontainebleau, qui était désignée pour reprendre ces affaires. Les négociations n’ont pas abouti. Trois ans plus tard, je rachetais les concessions du groupe Lévy. Pendant trois ans, je me suis bien “éclaté” avec cette marque. Mais depuis 2016, nous souffrons. »

« Des petits face à des gros »

L’exercice 2018 marque une étape charnière pour le groupe, avec l’acquisition de trois concessions à Melun, dont deux nouvelles marques (Mazda et Suzuki), suivie de la reprise au groupe Gueudet des affaires Seat de Meaux et de Vert- Saint-Denis, en Seine-et-Marne. Des discussions avec un opérateur ont déjà été engagées pour un autre développement. Sans jamais nourrir de véritables velléités de croissance, le groupe s’est pourtant invité parmi les gros opérateurs hexagonaux (il était 59e de notre dernier top 100), avec un chiffre d’affaires qui devrait avoisiner 220 M€ cette année.« La taille critique se situe encore un cran au-dessus. D’ailleurs, on ne sait plus vraiment à quel niveau elle se trouve aujourd’hui. Dans ce paysage, nous restons des petits face à des gros.» Un discours empreint d’humilité que n’aurait pas renié Guy Roux, entraîneur ayant fait les beaux jours du club de football de l’AJ Auxerre, dont le groupe Jeannin est un partenaire historique (sponsor maillot).