La délégation française "est sur place pour parler de l'avenir de l'alliance entre Renault et Nissan, et c'est normal dans le contexte que nous connaissons", a indiqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l'issue du Conseil des ministres.
"On travaille le dossier en tenant compte du calendrier judiciaire. Il ne faut pas que ça nuise à la défense" de Carlos Ghosn, toujours incarcéré au Japon, avait au préalable assuré à l'AFP le cabinet du ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

"Ce déplacement était prévu depuis plusieurs jours et, ce faisant, l'État assume totalement son rôle d'actionnaire de référence de Renault", a poursuivi M. Griveaux. "L'objectif est simple, c'est la stabilité de l'alliance, stabilité dont dépendent la préservation de milliers d'emplois en France. Le ministre de l'Économie et des Finances est évidemment en contact quotidien avec la direction provisoire de Renault".

Participent notamment à ce voyage Martin Vial, directeur général de l'Agence des participations de l'État (APE), et Emmanuel Moulin, directeur de cabinet du ministre de l'Économie et des Finances, selon Le Figaro. Le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, doit les rencontrer mercredi ou jeudi, a précisé à l'AFP une source proche du constructeur japonais.

L'État est le premier actionnaire de Renault, avec 15,01% du capital. Nissan en détient 15%, mais sans droits de vote en assemblée générale. Renault contrôle pour sa part 43% de Nissan, qu'il a sauvé de la faillite il y a près de 20 ans.
Carlos Ghosn, mis en examen notamment pour abus de confiance, a vu sa demande de libération sous caution de nouveau rejetée mardi et pourrait rester des mois en prison, ce qui rendrait difficile son maintien à la tête de Renault dont il est toujours PDG.

Jusqu'à son arrestation, M. Ghosn cumulait cette fonction avec celles de PDG de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et de président des conseils d'administration de Nissan et de Mitsubishi Motors. Il a depuis été déchu de ses fonctions chez les deux partenaires, et Nissan doit nommer un remplaçant dans les mois à venir.

Nissan possède par ailleurs 34% de Mitsubishi Motors, dernier venu dans l'alliance née en 1999. Ce dernier a prévu de tenir vendredi un conseil d'administration pour faire un point sur l'enquête interne visant M. Ghosn. 
Parmi les dernières accusations de Nissan, le PDG de l'Alliance aurait reçu une rémunération de plus de 7 millions d'euros en 2018 de la part d'une filiale néerlandaise détenue à égalité par Nissan et Mitsubishi (NMBV), sans approbation des patrons de Nissan (M. Saikawa) et Mitsubishi (Osamu Masuko), a détaillé une source proche du dossier. Sur ce volet de l'affaire, Nissan envisage de déposer plainte contre son ancien sauveur afin d'obtenir réparation pour le préjudice subi.

En France, la mise en place d'une nouvelle gouvernance chez Renault devrait être discutée lors d'une réunion du conseil d'administration du constructeur prévue dimanche, assure par ailleurs Le Figaro. Contacté par l'AFP, Renault n'a pas confirmé cette dernière information. Des sources syndicales au sein de l'entreprise soulignent que les convocations sont habituellement envoyées au dernier moment pour éviter les fuites. Les mêmes sources indiquent également qu'un Comité central d'entreprise est prévu lundi matin et que Thierry Bolloré, qui assure l'intérim de M. Ghosn, y est attendu.

Nommé numéro deux il y a un an, M. Bolloré fait figure de dauphin officieux pour succéder à M. Ghosn à la direction générale du constructeur français.

Alors que la presse française s'est fait l'écho d'une gouvernance scindée avec la nomination d'un président non exécutif, le nom de Jean-Dominique Senard, président sortant de Michelin, revient régulièrement pour ce poste.

Une source proche du dossier a indiqué mardi soir à l'AFP que "la situation devrait vite bouger". "Le nom de Jean-Dominique Senard est cité par la direction", a ajouté cette source.