Crise du diesel, transition écologique, émissions de CO2, véhicules électrifiés, nouvelles mobilités, usage et non propriété… Le secteur automobile rebat ses cartes et les professionnels ne sont pas épargnés et doivent composer avec ces nouveaux items. L’heure est en tout cas à la remise en question chez les gestionnaires de flottes. Que ce soit depuis le renversement de tendance entre diesel et essence ou pour des raisons de politique environnementale – volontaire ou imposée (restrictions de circulation) –, voire en raison du Plan de mobilité obligatoire (lire l’encadré ci-contre) , les entreprises sont de plus en plus nombreuses à envisager d’équiper leur flotte de véhicules électrifiés ou 100% électriques. Si tous les gestionnaires de parcs n’ont pas encore sonné la charge, faute de volonté ou, plus prosaïquement, à l’aune du coût total de possession (TCO), certains constructeurs, loueurs ou organismes les y incitent.

  • Plan de mobilité : lent déploiement
Le Plan de mobilité (PDM, anciennement Plan de déplacement d’entreprise) impose aux entreprises de plus de 100 salariés de mettre en place un ensemble de mesures visant à optimiser et à augmenter l’efficacité des déplacements des salariés d’une entreprise dans le but de diminuer les émissions polluantes et de réduire le trafic routier. Alors qu’il y a obligation légale depuis le 1er janvier 2018, seules 15 % des entreprises sembleraient avoir déployé un tel dispositif, rapporte l’Observatoire du véhicule d’entreprise.

Ventes aux sociétés

recharge électrique renault arval
Dans son large panel d'offres dédiées, le loueur Arval a fait le pari de positionner la location de VE au prix du thermique pour lever tous les freins.

Rappelons d’abord quelques données sur les immatriculations des véhicules de sociétés. Selon l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE), octobre 2018 est resté fidèle à la tendance récente.
Les immatriculations de modèles à essence ont bondi de 50% sur ce canal de ventes, à 12 904 unités VP-VU, et celles de diesels ont encore chuté, avec un repli de 8,4%, à 53 893 exemplaires. Le recul a bien sûr été nettement plus important sur le segment des VP, avec – 18,7%. Sur ce seul mois, l’OVE a également repéré une hausse des mises à la route de véhicules électriques (VE) de près de 39% (1 810 cartes grises) et des hybrides de plus de 46% (2 489). Sur dix mois, le diesel chute de 3,4%, l’essence grimpe de 43,8%, l’électrique bondit de 35,3% (7 172 VP, à + 39,2%, et 5 590 VUL, à + 30,7%), tout comme les hybrides, avec + 44,7%.

« Prise de conscience générale »

Comme François Piot, président de l’OVE, le fait observer, c’est à chacun d’interpréter les chiffres des VE comme il l’entend : soit en retenant la réelle hausse des ventes, soit en martelant que les véhicules électriques sont encore très marginaux, avec leur part du marché global VN oscillant entre 1,5 et 2 %.
« Malgré tout, il y a une vraie prise de conscience générale, souligne François Piot. Les enjeux environnementaux sont bien présents dans les esprits des décideurs, lesquels montrent une réelle motivation pour la protection de l’environnement et de la santé publique. Mais les aspirations sont limitées. D’abord par le coût, car il leur est difficile de trouver une motorisation qui soit compétitive par rapport aux meilleures thermiques. Par l’offre ensuite, car la description complète des produits électriques disponibles sur le marché français est rapidement faite. Et enfin, par la politique fiscale, encore fragile.»

Concernant le seul véhicule 100% électrique, l’intégration reste encore majoritairement un acte volontaire, observe François Piot. Du traditionnel baromètre de l’OVE, il ressort néanmoins que les gestionnaires de parcs s’ouvrent davantage aux mobilités alternatives. En France, toutes les tailles d’entreprises envisagent d’intégrer dans leurs flottes des véhicules à énergie alternative dans les trois prochaines années (41% des entreprises), notamment des hybrides (30%) et des VE (26%). Les très grandes entreprises sont toutefois les plus proactives en la matière (75%). Elles sont aussi les plus nombreuses à être passées à l’acte et à avoir intégré l’hybride (40%) et l’électrique (38%).

Éduquer les entreprises

infographie. Les Français et la voiture électrique
Infographie. Les Français et la voiture électrique

Alors qui est prêt à aider encore plus de flottes à passer aux VE ? Qui peut proposer à leurs propriétaires ou exploitants une offre correspondant à leurs besoins de mobilité et à leurs impératifs budgétaires ? Les constructeurs ? Ils le font plus ou moins. Si Toyota et Nissan ont une longueur d’avance, le plan produits de leurs concurrents est encore pauvre, mais il décollera dans les trois prochaines années. Les constructeurs investissent massivement : par exemple, le groupe Volkswagen va investir jusqu’à 44 Mds€ pour passer de six modèles électriques à plus de cinquante d’ici à 2025, à travers ses douze marques.
Les spécialistes de la location de longue ou de courte durée ont eux aussi passé la vitesse supérieure et se sont investis d’une mission malgré eux : éduquer les entreprises sur l’intégration du véhicule électrique dans leur flotte. Selon l’OVE, la LLD, en 2018, connaît un taux de pénétration très élevé auprès des grandes entreprises (60%) et surtout des très grandes (71%). À l’autre bout de l’échelle, la formule représente 11% des véhicules pour celles de moins de dix salariés. Désormais, comme s’ils voulaient forcer le destin par leur influence sur la gestion des flottes, les loueurs sont prêts à brancher les parcs des pros.

« Nous sentons réellement une modification du mix énergétique. Nos clients commencent à réajuster leur mix diesel-essence vers l’hybride et l’électrique. Certes, la part des électrifiés reste faible, mais la tendance se dessine », indique Jean-François Codina, directeur des nouvelles mobilités chez Arval France.

La filiale de BNP Paribas souhaite accompagner ces prémices transitionnelles et a pour ambition, à l’horizon 2020, de convertir en électrique 6% de son volume total de voitures livrées (10% avec les véhicules hybrides) . « Aujourd’hui, nous atteignons seulement 1%, car la majorité de nos clients sont de gros rouleurs, précise le dirigeant. Nous cernons deux clientèles : celle qui a pris conscience de la réglementation, qui réfléchit, et celle qui anticipe, qui accepte de payer plus pour être en avance. Chez nous, il n’y a aucun chef de parc qui ne se préoccupe pas de la question, au moins pour l’image de la société.»
 

hyundai kona electrique
Dans sa version la plus puissante, le Hyundai Kona EV dispose d'une autonomie de 482 km.

Autrement dit pour être une entreprise moderne et respectable. « Mais la gestion d’une flotte est une affaire compliquée, dans laquelle on ne peut pas faire n’importe quoi », rappelle François Piot. Le passage à l’électrique l’est encore plus. Le rôle incitatif des loueurs en faveur du VE est déterminant via des solutions et des tarifs attractifs. À l’instar d’ALD Automotive, LeasePlan ou Alphabet, Arval propose des services plutôt innovants, avec diagnostic, essais, prix adaptés, pour engager petit à petit la conversion électrique. En juin dernier, il a lancé Smart, pour Sustainable Mobility and Responsibility Targets (objectifs de mobilité et de responsabilité durables), une approche stratégique en cinq étapes : définir les ambitions dans le cadre de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ; analyser la flotte existante ; calculer le profil des conducteurs pour identifier le type de motorisation idéal ; étudier les options de mobilité alternatives en intégrant les solutions ; mesurer les avancées par rapport aux ambitions de départ. Cet accompagnement se complète par d’autres offres.

« Essayer, c’est l’adopter »

« Grâce à nos alliances avec Renault et Nissan, entres autres constructeurs, nous pouvons proposer l’électrique au prix du thermique. Nous enlevons ainsi cette première contrainte financière. Mais nous pouvons aller encore plus loin avec notre devise “Essayer, c’est l’adopter” », indique Jean-François Codina.

Dans le cadre d’un contrat, Arval propose une solution qui permet à un collaborateur de tester un véhicule électrique pendant une période variant entre trois et six mois et ce, sans pénalité lors du désengagement. S’il est satisfait et convaincu, il peut passer plus en douceur à la location électrique avec une autre formule : conduire un VE au quotidien et profiter, lors de déplacements plus longs, d’un véhicule thermique pour une soixantaine de jours par an, en accédant à un catalogue dédié (réservation à l’avance nécessaire).
Le loueur travaille également sur l’infrastructure, avec des partenaires spécialisés, dans le but d’installer plus facilement des bornes de recharge dans les parkings des entreprises ou au domicile des collaborateurs. « Notre panel d’offres rassure et permet aux entreprises de sauter le pas. Nous avons à coeur de lever toutes les appréhensions. Nous couvrons ainsi à 360° tous les besoins des clients en amont et en aval. La transition énergétique s’enclenche et nous voulons en être acteur, pas suiveur », conclut Jean-François Codina. Du service sur mesure pour capter une clientèle hésitante semble le minimum requis. Mais la clé pour réussir la meilleure transition énergétique qui soit est encore d’avancer plus largement ensemble, politiques, constructeurs, entreprises et loueurs, pour faire « sauter tous les verrous », comme l’espère François Piot, le président de l’OVE.