Le« dieselgate » n'en finit pas, avec ses rappels réguliers de véhicules, de décrédibiliser l'industrie automobile allemande. Aux yeux de la classe politique d'outre-Rhin qui a toujours fortement soutenu ses constructeurs. Aux yeux aussi du grand public allemand.

En 2017, le choc du scandale paraissait s'estomper avec les bons résultats financiers de Volkswagen. Et patatras, voici que tout le monde de l'automobile allemande est secoué. 

Le citoyen allemand a d'abord découvert avec stupéfaction que les trois constructeurs allemands et l'équipementier Bosch avaient effectué des tests d'inhalation d'oxydes d'azote (NOx) sur quelque 25 humains ainsi que sur des singes. Dans cette affaire, la classe politique a dû réagir pour se démarquer. Et l'on reparle du dieselgate et de ses avatars.

L'impression de s'être fait avoir


La pilule passe d’autant plus mal que les véhicules diesel risquent d'être interdits dans certaines villes en raison de la pollution de l'air qu’ils génèrent. L’automobiliste d’outre-Rhin craint de ne plus pouvoir les revendre dans de bonnes conditions. Il se serait donc fait avoir. Voilà qui peut ôter un certain scrupule électoral aux politiques.

Dans les dernières offensives contre les constructeurs allemands, les politiques allemands sont à la manœuvre, sans état d’âme. C’est bien le ministère allemand des Transports qui a ordonné le rappel immédiat à travers l'Europe de 774.000 Mercedes, dont 238 000 en Allemagne (des Vito, GLC et Classe C équipés de logiciels faussant les niveaux d'émissions). L’autorité de tutelle, le KBA, ne demandait initialement le rappel que de 120 Mercedes en Europe.

Un signe du changement dans les rapports entre la classe politique et les constructeurs est significatif. Quand Dieter Zetsche a été convoqué au Ministère des Transports à Berlin, en mai 2018, aucune place de parking, à l'intérieur de la cour du ministère ne lui avait été réservée, le contraignant à affronter les caméras et la presse.

Savoir de hauts responsables des constructeurs sous les verrous ne fait que confirmer les craintes des automobilistes citoyens et des actionnaires, attisant leur sentiment d’avoir été trompé.

Il n'y a plus personne pour incarner le renouveau de l'industrie automobile allemande



Car, vu du grand public, le dieselgate semble monter en puissance, avec l’incarcération de Rupert Stadler, le PDG d’Audi. Il est le dernier et le plus haut cadre emprisonné après Jörg Kerner, ex-responsable des moteurs de Porsche et Wolfgang Hatz, chef du développement des moteurs pour l'ensemble du groupe Volkswagen.

Les griefs à l’encontre des anciens dirigeants sont graves. L'ancien patron Martin Winterkorn, fait l'objet d’enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse et publicité mensongère.

Pire, son successeur, Matthias Müller, est aussi dans le viseur des enquêteurs. Ainsi que le chef du conseil de surveillance du groupe, Hans Dieter Pötsch, et l'actuel président du directoire de VW Herbert Diess.

Qui pourra donc incarner le renouveau de l’industrie automobile allemande ?