Le marché automobile français est tombé à 1,65 million de voitures neuves en 2020. Il faut remonter à l’année 1975 pour trouver trace d’un niveau encore plus bas (1,48 million à l’époque). Le bilan aurait pu être pire, sans ce rebond des ventes amorcé pendant l’été, mais il aurait pu être aussi meilleur, sans ce second confinement et des dernières semaines plutôt calmes.

Prévision d'un secteur automobile encore fragile

Prévisions marché automobile 2021 : dans la brume électrique
Selon les prévisions d'IHS Markit, Peugeot devrait ravir la première place du marché français à Renault en 2021

L’exercice 2021 apparaît difficilement lisible, compte tenu du contexte et des tendances qui se dessinent : la crise sanitaire couve toujours et pèse sur la reprise de la consommation des ménages, la mobilité des Français a évolué de même que leurs intentions d’achat, le marché de l’occasion attire beaucoup plus d’acheteurs, le digital a pris une place encore plus importante dans le parcours client, toutes les marques automobiles ne sont pas dans les mêmes dispositions pour relancer la machine... Une certitude peut cependant être avancée : le marché automobile repartira à la hausse en 2021. Peut-être pas en janvier, ni en février, mais plus sûrement au printemps.

Dans quelle proportion ? Pour y répondre, nous avons recueilli, comme en janvier et en septembre de l’an passé, l’expertise du cabinet IHS Markit. Celui-ci entrevoit un marché légèrement supérieur à 1,8 million d’immatriculations de voitures neuves, soit une progression d’environ 10%. Cette prévision, que l’on pourrait juger prudente ou timorée au regard de la chute subie en 2020, témoigne d’un secteur encore fragile. 

Prévisions par marque en 2021 et évolution par rapport à 2020*
     
Evolution ventes 2021/2020
     
Marque Volume en 2021 En % En volume Part en 2021 (%) Volume en 2020 Part en 2020 (%)  
Peugeot 324,995 7.0% 21377 18.0% 303,618 18.4%  
Renault 321,384 2.6% 8281 17.8% 313,103 19.0%  
Citroën 200,904 17.9% 30548 11.1% 170,356 10.3%  
Dacia 113,091 17.1% 16513 6.3% 96,578 5.9%  
Volkswagen 112,460 18.0% 17137 6.2% 95,323 5.8%  
Toyota 81,371 -7.8% -6880 4.5% 88,251 5.4%  
Ford 67,038 18.0% 10249 3.7% 56,789 3.4%  
Mercedes-Benz 63,157 24.9% 12589 3.5% 50,568 3.1%  
Opel 51,566 14.0% 6329 2.9% 45,237 2.7%  
Audi 49,885 14.5% 6302 2.8% 43,583 2.6%  
BMW 48,111 11.1% 4796 2.7% 43,315 2.6%  
Fiat 45,282 4.8% 2065 2.5% 43,217 2.6%  
Nissan 39,827 21.9% 7167 2.2% 32,660 2.0%  
Kia 34,629 -11.9% -4,612 1.9% 39,301 2.4%  
Hyundai 32,051 -6.7% -2316 1.8% 34,367 2.1%  
Seat 30,407 10.6% 2909 1.7% 27,498 1.7%  
Skoda 26,415 -8.3% -2379 1.5% 28,794 1.7%  
Suzuki 25,267 21.5% 4464 1.4% 20,803 1.3%  
Mini 22,264 3.7% 804 1.2% 21,460 1.3%  
DS 21,084 -3.2% -706 1.2% 21,790 1.3%  
Volvo 17,475 11.9% 1863 1.0% 15,612 0.9%  
Tesla 16,434 119.3% 8940 0.9% 7,494 0.5%  
Mazda 9,998 12.1% 1079 0.6% 8,919 0.5%  
Honda 8,019 35.8% 2116 0.4% 5,903 0.4%  
Jeep 7,091 16.9% 1024 0.4% 6,067 0.4%  
Land Rover 5,903 20.6% 1008 0.3% 4,895 0.3%  
Porsche 5,879 41.4% 1722 0.3% 4,157 0.3%  
Lexus 4,371 -18.9% -1021 0.2% 5,392 0.3%  
Jaguar 2,869 118.3% 1555 0.2% 1,314 0.1%  
Smart 2,412 34.3% 616 0.1% 1,796 0.1%  
Alfa Romeo 2,174 -0.3% -7 0.1% 2,181 0.1%  
Mitsubishi 1,518 -67.8% -3200 0.1% 4,718 0.3%  
*Seules les marques qui ont commercialisé plus de 1 000 unités en 2020 figurent dans ce tableau
           
Lorraine Morard, analyste des prévisions de ventes VL en zone EMEA chez IHS Markit.
Lorraine Morard, analyste des prévisions de ventes VL en zone EMEA chez IHS Markit

« Nous avons considéré que les bonus et la prime à la conversion, étendus jusqu’à fin juin, ne vont pas doper les ventes d’automobiles de façon importante, au mieux cela permettra de maintenir quelques volumes. Autant nous avons assisté à un effet accélérateur en juin et en juillet dernier, autant cela s’est essoufflé par la suite, notamment pour la prime à la conversion dont les modalités d’attribution ont été revues, soulève Lorraine Morard, analyste chez IHS Markit. Nous allons observer de façon plus approfondie cette année l’évolution du marché de l’occasion. Les ménages ont beaucoup économisé l’an passé et la question est de savoir s’ils vont investir dans une voiture neuve ou d’occasion ».

Effectivement, un marché de la seconde main porteur pourrait venir quelque peu freiner le rebond des ventes de voitures neuves. Lors de la présentation d’une étude présentée mi-décembre, l’Observatoire Cetelem et le cabinet C-Ways tablaient de leur côté sur une croissance de 19% cette année, à environ 1,9 million d’unités, dans un scénario de croissance du PIB de 5% en 2021. Il faudra certainement attendre 2022, voire 2023, pour espérer franchir de nouveau la barre des 2 millions d’immatriculations en France.

PIB et point épidémiologique

La vigueur du rebond du marché automobile sera, comme souvent, étroitement corrélée à l’évolution du Produit intérieur brut (PIB). Dans ses dernières projections macroéconomiques, livrées le 15 décembre, la Banque de France anticipe une augmentation de 5% du PIB cette année (dans son scénario « central ; +7% pour le « favorable » et -1% pour le « sévère »), après une chute de 9% en 2020.

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« Dans le scénario central, l’hypothèse est que l’épidémie ne cesserait pas immédiatement et que le déploiement généralisé de vaccins ne serait pleinement effectif que vers fin 2021. Dans ces conditions, le niveau d’activité de fin 2019 ne serait retrouvé qu’à mi-2022, et le rattrapage s’étalerait sur 2021 et 2022, avec une croissance du PIB autour de 5 % sur chacune de ces deux années », analyse l’institution.

Toyota Yaris

Les points épidémiologiques réalisés par Santé publique France seront l’autre indicateur clé de ces premiers mois de l’année, et vont conditionner la reprise économique, le moral des ménages, la  consommation... « Nous allons naviguer à vue, au mois le mois, tant que nous n’aurons pas davantage de visibilité sur l’évolution de la pandémie et de la vaccination, considère Ivan Segal, directeur du commerce de Renault. Cela permettra d’adapter nos cadences de production par rapport aux besoins. Le premier semestre sera encore compliqué mais nous pensons que le marché reviendra tôt ou tard au-dessus de la barre des 2 millions d’unités. Est-ce que ce sera en 2021, en 2022 ou 2023 ? Je considère en revanche que le marché des voitures électrifiées continuera de prendre du poids, même si sa croissance ne sera pas aussi exponentielle qu’en 2020. Nous devrions également assister à un regain d’activité des loueurs de courte durée, des acteurs qui ont souffert en 2020 ».

Les électriques pourraient atteindre 10% du marché

L’électrification devrait effectivement continuer de rythmer allègrement le marché de même que la stratégie des constructeurs, puisque cette année 100% des voitures neuves commercialisées seront prises en compte dans le calcul des émissions de CO2 (contre 95% en 2020). La part des voitures électriques, qui a atteint 6,7% fin décembre, pourrait atteindre, voire dépasser les 10% en 2021 (contre 1,9% en 2019). Au total, IHS Markit relève l’arrivée de 31 nouveaux modèles électriques ou plug-in hybrid dans les prochains mois, dont la nouvelle Peugeot 308 (PHEV), la Volkswagen ID.5, l’Audi Q4 e-tron, les Mercedes EQS et EQB (électrique) ou encore le Nissan Qashqai (électrique et PHEV) au second semestre.

Le top 10 des modèles - Ventes de VP
Modèle Prév. 2021 2020
Renault Clio 102,933 97,611
Peugeot 208 89,263 95,992
Peugeot 2008 67,321 66,767
Peugeot 308 63,632 37,886
Citroën C3 58,585 60,074
Dacia Sandero 58,337 54,138
Renault Captur 55,739 55,550
Peugeot 3008 49,895 45,180
Renault Zoe 35,266 35,401
Renault Twingo 34,037 43,286


Parmi les modèles à volume qui seront lancés dans les prochains mois (toutes énergies confondues), citons également la déclinaison SUV de la Yaris (Cross), le Kia Sportage, la Mercedes Classe-C ou encore la Skoda Fabia. Avec des volumes bien plus confidentiels, certaines marques vont profiter du décollage des véhicules électrifiés pour tirer leur épingle du jeu sur le marché français. IHS Markit a ainsi délivré des prévisions de ventes pour les marques Lynk & Co (1 684 unités cette année en France en 2021), MG (2 340) et Polestar (528). « Mais cela reste assez compliqué d’établir des prévisions de volume pour ces marques, car nous n’avons pas d’historique, admet Lorraine Morard. Nous nous basons beaucoup sur de l’intelligence production, le profil des pays où la marque est lancée… ». Contre toute attente, le timing leur est profitable.
 

Utilitaires : une hausse d’environ 2,8% anticipée

Renault véhicule utilitaire léger
Renault véhicule utilitaire léger

Le marché des utilitaires, qui avait établi un record en 2019 (479  698 immatriculations), a mieux résisté que celui des voitures particulières l’an passé, accusant une chute de 16,1%, à 402 383 unités (données CCFA). Il s’est donc maintenu au-dessus de la barre des 400 000 unités, sous laquelle ce même marché était allègrement tombé après la crise de 2008. Il faut remonter à l’exercice 2015 pour trouver trace d’un volume inférieur à 400 000 unités en France. Le marché des VUL se situait d’ailleurs sous cette barre symbolique entre 2012 et 2015. Malgré cette crise sans précédent, il n’a donc pas sombré. Cette plus forte résilience s’explique, entre autres, par la relance du secteur de la construction pendant la période estivale et une demande soutenue des artisans et petites entreprises, dont certaines ont investi pour accompagner la croissance des ventes à distance.

« Je suis assez optimiste sur le rebond de ce marché car la plupart des marques ont un portefeuille important de commandes qui n’ont pas pu être livrées, note Ivan Segal, directeur du commerce de Renault. Sur le plan économique, tous les secteurs ne subissent pas la récession, certains ont besoin de véhicules utilitaires et continuent de renouveler ».

Selon les prévisions d’IHS, le marché des utilitaires légers devrait enregistrer en 2021 une progression de l’ordre de 2,8%, plus mesurée donc que celle attendue pour les voitures neuves, à 416 159 unités.

Le top 15 du marché VU en France
     
 
     
Marque Volume en 2021 En volume En % Part en 2021 (%) Volume en 2020 Part en 2020(%)
Renault 139637 18743 15.50% 33.55% 120,894 29.9%
Peugeot 71732 1874 2.68% 17.24% 69,858 17.3%
Citroën 60172 -1525 -2.47% 14.46% 61,697 15.2%
Fiat 30342 -4099 -11.90% 7.29% 34,441 8.5%
Ford 27370 -1287 -4.49% 6.58% 28,657 7.1%
Mercedes-Benz 23163 -325 -1.38% 5.57% 23,488 5.8%
Volkswagen 18463 1149 6.64% 4.44% 17,314 4.3%
Iveco 13749 -707 -4.89% 3.30% 14,456 3.6%
Opel 7099 -257 -3.49% 1.71% 7,356 1.8%
Toyota 7925 1067 15.56% 1.90% 6,858 1.7%
Nissan 5281 -763 -12.62% 1.27% 6,044 1.5%
MAN 1396 -385 -21.62% 0.34% 1,781 0.4%
Dacia 1047 -133 -11.27% 0.25% 1,180 0.3%
Mitsubishi 477 -977 -67.19% 0.11% 1,454 0.4%
Others 8306 532 6.84% 2.00% 7,774 1.9%

Note de la rédaction : Lors du bouclage de ce numéro, IHS Markit n’avait pas encore agrégé l’ensemble des données du marché automobile 2020 (notamment les volumes par modèle et par marque) et nous a communiqué le 5 janvier 2021 des « volumes intermédiaires ». Les prévisions pour 2021 ont été calculées sur la base de ces volumes.