Avec 4434 immatriculations en décembre 2018, soit 2.68% de parts de marché de véhicules neufs, l’électrique a le vent en poupe. Cependant, le commerce de seconde main reste encore compliqué. En septembre dernier, l’Argus évoquait déjà la lente progression du marché du VO électrique sur les six premiers mois de l’année. Pour toute l’année 2018, les échanges de voitures zéro émission n’ont représenté que 0.2% du marché VO.

Et surtout, ces véhicules ont bien du mal à trouver preneur. Ainsi, le délai de détention moyen approche les 110 jours sur la Renault Zoé et la Nissan Leaf, qui représentent plus de 65% des échanges. Tel est le résultat des observations effectuées par le Groupe Argus sur les données issues de ses logiciels Planet VO, Planet VO² et Cardiff VO : fort d’un historique de 15 millions de transactions qualifiées depuis 2000, enrichi par un flux de 1,5 million de nouvelles transactions par an, cet échantillon représente 70% du marché B2C français

Comment expliquer qu’en seconde main, où les véhicules sont plus abordables, les particuliers ne soient pas plus prompts à succomber aux charmes d’une technologie encensée par les médias et les pouvoirs publics ? Signe d’un malaise latent, les concessionnaires que nous avons contactés n’ont pas voulu nous répondre à ce sujet, mais les experts valorisation de l’Argus nous ont donné trois explications.

L’importance du facteur psychologique

En premier lieu, la raison pratique. Qu’il soit neuf ou d’occasion, un véhicule électrique présente les mêmes contraintes en termes d’autonomie, de performances et de temps de recharge. “Un véhicule thermique ne souffre pas de toutes les contraintes d’un véhicule électrique”, précise Olivier Brabant, expert valorisation à l’Argus. Des inconvénients qui relèguent ce type de motorisation au rang de deuxième voire troisième véhicule.

D’autre part le facteur psychologique. Nicolas Carron, expert valorisation spécialisé dans le véhicule à zéro émission, pointe du doigt la formule associant acquisition de la voiture et location de la batterie, proposée par Renault sur la Zoé, “Une large partie de la clientèle potentiellement intéressée par l’électrique hésite à acheter une seconde main et devoir verser un loyer pour sa batterie” explique l’expert. Par ailleurs, la clientèle intéressée par un véhicule électrique appartient généralement aux catégories socio-professionnelles supérieures, friandes de nouvelles technologies et d’avancées techniques. Pas question d’acheter un véhicule ancienne génération aux performances obsolètes.

Enfin, l’action des pouvoirs publics. Entre le bonus écologique et la super prime à la conversion, c’est jusqu’à 11 000 euros d’aides qui peuvent être obtenues pour l’achat d’un véhicule à zéro émission neuf. Avec seulement la prime à la conversion de 5000 euros maximum, le VO fait figure de parent pauvre sur le marché de l’électrique. De quoi encourager les acheteurs à privilégier un véhicule neuf.

Vraiment invendable, la voiture électrique ?

Dès lors, quelle perspective d’avenir pour le VO électrique ? La réponse tient à un seuil de prix : 10.000€. “Au delà des performances, les acheteurs viennent chercher un prix”, explique Olivier Brabant, qui observe que les “VO électriques se revendent sans problème en-dessous de ce palier”. A titre d’exemple, pour une Zoé, cela correspond à une voiture de plus de trois ans. Et au vu du dynamisme des ventes neuves ces 3 dernières années, on peut légitimement parier sur des arrivées massives de VO à petits prix sur le marché français dans les prochains mois. De quoi laisser, peut-être, espérer enfin un démarrage du marché.