Depuis plusieurs mois, l'industrie automobile britannique le ressasse : une sortie de l'Union européenne du Royaume-Uni sans accord spécifiquement négocié pour la branche automobile serait une "catastrophe". Trois élues locales de Sunderland ont renchéri auprès du Sunderland Echo le 7 janvier : "Avec Nissan qui emploie directement 7000 personnes et 10 000 de plus dans la chaîne logistique, un Brexit sans accord serait catastrophique pour Sunderland, le Nord-Est et le pays" a ainsi fait savoir Sharon Hodgson, "Nissan joue un grand rôle dans notre communauté, voir le constructeur partir en raison du Brexit serait une grande perte."

Nissan n'a pas communiqué outre mesure sur le Brexit et ses conséquences. Voilà plus de deux ans, Carlos Ghosn avait rencontré le Premier ministre britannique Theresa May sur le sujet. Il était sorti de l'entretien visiblement rassuré.
Les autres constructeurs présents de l'autre côté de la Manche se montrent désormais un brin plus diserts : "Même en cas de sortie de l'UE relativement douce, nous nous attendons à une durable augmentation des coûts" a par exemple fait savoir Nicolas Peter, membre du directoire de BMW. BMW produit en effet les Mini dans l'usine d'Oxford. Jaguar-Land Rover, qui ne cesse de se féliciter de la très récente ouverture d'une usine en Slovaquie, estime désormais qu'un Brexit sans accord pourrait gréver ses profits d'environ 1,1 milliard d'euros.

Toyota aussi possède des usines en Angleterre. Récemment interrogé par Automotive News, le patron de Toyota Europe Johan Van Zyl a annoncé qu'en cas de Brexit dur, "il ne sera pas possible d'absorber toutes les hausses de coûts par des améliorations d'efficacité. Donc, il faudra combiner réduction des coûts et contraction des marges, ce qui bien sûr mettra en péril la compétitivité des opérations".

Tandis que le vote sur un Brexit avec ou sans accord est prévu pour le 15 janvier du côté du Royaume-Uni, l'Etat français a pris les devants. Le Parlement discute actuellement un projet de loi "habilitant le gouvernement à prendre par ordonnances les mesures de préparation au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne". L'automobile semble figurer sur le dessus de la pile des préoccupations.
A l'occasion d'un rapport sur le projet de loi, le député Alexandre Holroyd a fait savoir que "dans une étude appuyée sur des hypothèses de retrait sans accord, le cabinet Deloitte estimait que les coûts supplémentaires pour les constructeurs automobiles entraîneraient une hausse d'environ 3700€ pour un véhicule produit au Royaume-Uni et de 4300€ pour une production en France". De ce fait, "la chute subséquente des ventes pourrait entraîner une baisse du chiffre d'affaires de 15 milliards d'euros, dont 1,7 milliard pour la France ; 1800 emplois pourraient alors être menacés dans les sites français sur les 5000 directement liés aux exportations."

Une situation qui ne serait pas tout à fait claire pour tout le monde, au point que le député "s'inquiète fortement du niveau d'information dont disposent les entreprises" aujourd'hui.