L’essoufflement de la croissance de la production automobile mondiale
Après des années de forte croissance, portée par le formidable essor chinois, mais aussi par un cycle haut en Europe et en Amérique du Nord, la production automobile mondiale a marqué un temps d’arrêt en 2018, perdant 1%. Plastic Omnium table désormais sur un marché mondial étale en 2019, « même si plusieurs experts en prévisions évoquent une légère progression », indique Laurent Burelle, président directeur général du groupe en précisant que la non-croissance est aussi l’hypothèse retenue pour 2020 et 2021. « Nous serons donc prudents, redoublant de rigueur dans notre gestion, mais nous n’allons pas obérer notre niveau d’investissements en R&D, 6% du chiffre d’affaires », explique Laurent Burelle, en insistant sur « l’importance du free cash-flow, garant d’une capacité d’investissement autonome ».
Plastic Omnium va aussi parfaire son réseau industriel, actuellement articulé autour de 124 usines dans 26 pays. Neuf ouvertures de site sont programmées en 2019 (Inde, Maroc, Slovaquie, Chine pour les « Systèmes intelligents de carrosserie », Malaisie pour les « Systèmes d’énergie propres », et Mexique, Allemagne (x2) et Chine pour les « Modules »). En outre, un important transfert de production sera effectué entre les sites américains d’Anderson et de Geer, aboutissant à la fermeture d’Anderson mi-2019. « C’est une demande de BMW, qui souhaite que nous soyons aux portes de son usine. L’opération n’engendre pas de problème social majeur, car la moitié des salariés ont décidé de suivre ce déménagement de quelque 70 kilomètres et par rapport à ceux qui n’ont pas fait ce choix, il faut rappeler que le taux de chômage est extrêmement bas dans l’état de Caroline du Sud », précise Laurent Burelle.


L’équation de l’industrie 4.0
Plastic Omnium déploie un programme de modernisation et de digitalisation de ses sites industriels, avec des pilotes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne et en France. Il s’agit d’une démarche interne, qui n’est pas communicante avec les systèmes des constructeurs, car ces démarches nécessitant des investissements significatifs, l’open-innovation trouve ses limites. Quant à savoir si l’impact peut être négatif sur l’emploi, Laurent Burelle affirme que ce n’est pas une fatalité : « L’industrie 4.0 ne se limite pas à remplacer des hommes par des machines, sinon son intérêt serait limité… L’enjeu réside dans la création de richesses, le gain de nouveaux clients et par extension, de ce que vous faites de ce nouveau potentiel. Pour rendre le cercle vertueux, nous ventilons ensuite en trois tiers : 1/3 en réinvestissement, 1/3 en baisse des prix pour nos clients et 1/3 en hausse des salaires en internes et des dividendes pour les actionnaires ». 


Les perspectives des partenariats noués avec Brose et Hella
« Avec Hella, nous faisons du co-développement, afin de créer de nouvelles solutions intégrant des systèmes d’éclairage dans nos éléments de carrosserie. C’est prometteur, mais en l’espèce, nous répondons à une demande exprimée par nos clients et le marché en général. Avec Brose, les choses sont différentes, car il s’agit de proposer une nouvelle solution au marché et il faut donc faire preuve de force de conviction. Ces ensembles de portes en plastique ont des atouts par rapport aux crash-tests latéraux, mais aussi à la réduction de la masse des voitures, ce qui réduit donc les émissions de CO2, un gain non négligeable de 2 g en moyenne », détaille Laurent Burelle. Ajoutons qu’avec Brose, Plastic Omnium fait le tour du véhicule, entre guillemets : maîtrisant déjà les 50 à 60 premiers centimètres du bloc avant et les hayons, le voilà impliqué sur les flancs.


L’hydrogène et la grenouille quantique, une fable à écrire
« En 2016, quand nous avons lancé nos premiers programmes sur la pile à combustible, j’avais bien précisé que c’était une projection à long terme, 20 ou 30 ans. J’avais aussi précisé que le risque financier était parfaitement maîtrisé et notre bilan en est la meilleure preuve. Nous nous plaçons dans le domaine de la recherche fondamentale, car il ne s’agit pas de dupliquer ce qui existe déjà, mais bel et bien de trouver de nouvelles solutions. Nous ferons des annonces d’ici la fin de l’année, notamment sur les réservoirs à hydrogène. Pour la pile en tant que telle, il faut être patient. Il n’y aura pas de saut de grenouille quantique entre les motorisations thermiques et la pile à combustible. Il y a un sas entre les deux, qui fera, à mes yeux, la part belle aux technologies hybrides. Pour le véhicule 100% électrique de masse, des freins n’ont pas encore été levés ».


RSE : pour vivre heureux, vivons moins cachés
Jusqu'à présent, Plastic Omnium menait de nombreuses initiatives de nature RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), mais le faisait peu savoir. Sous l’impulsion d’Adeline Mickeler, directrice de la communication, le groupe a décidé de changer de stratégie, « notamment parce que nous avons réalisé que c’était très stimulant en interne ». Laurent Burelle rappelle que de nombreux efforts ont permis de réduire très significativement le nombre d’accidents dans les usines et que la part variable des managers est aussi fortement indexée sur les performances de cette nature. Par ailleurs, le groupe a décidé de réduire ses émissions de CO2 de 20% d’ici 2025, ainsi que de promouvoir la place des femmes dans l’entreprise : « Aujourd'hui, 12% de nos managers sont des femmes et nous visons 20% d’ici 2025, ce qui n’est pas si aisé car nous recrutons beaucoup dans les écoles d’ingénieurs où les garçons sont très largement majoritaires ». Laurent Burelle ajoute que ces démarches peuvent renforcer l’attractivité du groupe auprès des jeunes, à l’heure où séduire les meilleurs talents fait l’objet d’une rude concurrence.