Il était tombé très bas en 2013 : 1,79 million d’immatriculations. Depuis, le marché français VP remonte la pente. Il a refranchi en 2016 les 2 millions, a confirmé son regain en 2017 (2,111 millions) et semble parti, cette année, pour planter encore plus haut son drapeau : 1,188 million à la fin de juin, 4,7 % de mieux que lors des six premiers mois de 2017. Dans le commerce automobile, les deux semestres sont inégaux. Le premier pèse en moyenne 53,9 % du total annuel. Pour estimer les ventes en 2018, il convient d’appliquer aux résultats du premier semestre un coefficient multiplicateur de 1,86 (53,9 x 1,86 = 100). Le résultat fait saliver : 2,21 millions. Ce ne serait pas un record (2,309 millions en 1990), mais un excellent cru, au troisième rang de la décennie 2009-2018.

Flambée des ventes pilotées


Deux bémols tempèrent toutefois cette perspective. Primo, le recul des ventes aux particuliers et aux sociétés : 67,5% du total des immatriculations à mi-année, contre 70% en 2017. Ce sont les ventes pilotées qui ont flambé au premier semestre : 17% de ventes aux loueurs de courte durée, 15% de véhicules achetés par les concessionnaires ou leurs collaborateurs et vite revendus sous le label VO récents. Les loueurs ont maintenant rempli leur parc pour l’été, ils achèteront moins ensuite. Secundo, un possible coup de froid en septembre, avec l’entrée en vigueur des nouvelles normes de consommation issues du protocole d’homologation WLTP. Les premiers résultats laissent apparaître une augmentation de la consommation de l’ordre de 15% entre la norme NEDC, qui était irréaliste, et la WLTP, bien plus drastique. Ça ne changera rien au budget carburant des automobilistes, mais affectera directement le malus, qui devrait flamber à la rentrée, et toucher de nombreux modèles jusque-là épargnés. Si la grille de l’écotaxe reste en l’état, la courbe des ventes 2018 marquera certainement un fléchissement en fin d’année, ce qui rend hasardeuse toute projection linéaire à partir des résultats du premier semestre. Plus de 2,1 millions, oui, sans doute, car l’élan est donné. Mais au-delà des 2,2 millions, bien hardi qui s’y engagerait aujourd’hui…

Appliquer le coefficient de 1,86 aux chiffres semestriels de chacune des trente premières marques de France laisse apparaître celles qui sont dans la bonne cadence pour battre leur record de ventes cette année. Si elles tiennent ce rythme, elles seront sept : Dacia, Kia, Hyundai, Skoda, Jeep, Lexus et Jaguar. Le parcours de Dacia, qui avait déjà amélioré son plus haut score en 2016, est exceptionnel : ventes en hausse de 20,8 % au premier semestre, grâce au Duster II, pour cette marque créée en 2004, 145 000 immatriculations en vue en 2018 et désormais 4e place de la hiérarchie, rang dévolu à Volkswagen depuis 2003. De surcroît, son taux de ventes aux particuliers est vertigineux : 84 % (47 % en moyenne nationale). À la fin du mois de juin, Dacia était la troisième marque de France sur ce canal de ventes, avec 65 306 unités, devant Citroën, et la Sandero (33 182 immatriculations), la voiture la plus achetée par les clients particuliers, devant la Peugeot 208 (28 367) et la Renault Clio (27 031). Mais la dépendance de Dacia à l’égard de la Sandero et du Duster (81 % de ses ventes au cumul) prouve que son modèle n’est pas extensible à tous les segments, du moins en France.

Kia, Skoda : du vent dans les voiles


Kia poursuit sa marche en avant et un nouveau record est en approche. Une habitude pour la marque coréenne, qui améliorerait ainsi son plus haut score pour la huitième fois en dix ans. Un succès d’ensemble pour le groupe Hyundai-Kia, puisque Hyundai progresse aussi à pas de géant et va battre un record dont l’encre n’aura pas eu le temps de sécher, puisque écrit en 2017. Sans faire de bruit, Skoda est sur la même dynamique que Kia : 30 275 ventes attendues en 2018, troisième record de rang après ceux établis en 2017 (26 799) et 2016 (23 620). De surcroît, la structure de distribution de ces deux marques est saine : 75 % de ventes aux particuliers et sociétés pour Kia, 72 % pour Skoda. Enfin, il suffit de regarder en arrière pour mesurer le chemin qu’elles ont parcouru en l’espace de quinze ans : 12 131 immatriculations pour Skoda et 8 846 pour Kia en 2004.

Jeep Compass
Le Jeep Compass porte les ventes de la marque en France en 2018
Pour Jeep, un nouveau record en 2018 semble acquis, avec la première année pleine du nouveau Compass. La marque du groupe FCA a toutefois un problème à régler : trop de ventes « grises », avec notamment 36 % auprès des loueurs de courte durée sur le premier semestre de 2018, exploit d’un autre genre. Lexus est un invité régulier à la fête : huit records en huit ans. On peut d’ores et déjà en annoncer un autre en 2019, avec l’arrivée à la fin de cette année d’un SUV compact hybride dans la gamme. Jaguar, après des années en demi-teinte, profite pleinement de son virage vers les SUV. Ses ventes sont en hausse de 35,5 % à mi-parcours, grâce aux E-Pace et F-Pace : c’est l’assurance d’un record en fin d’année. Enfin, Mini n’est pas tout à fait dans les temps. Mais ne l’était pas non plus l’an dernier à même date, ce qui ne l’a pas empêché de décrocher la timbale en décembre. Si la marque anglaise suit la même trajectoire dans la seconde partie de l’année, elle battra son record de France, 3 738 immatriculations en 2016.

Suzuki, Seat, Peugeot : la bonne année


Pas de record en vue, car la barre est trop haute, mais l’année 2018 devrait être belle pour les marques Seat (+ 18,2 %), portée par l’Arona, et Suzuki (+ 18,8 %), dont le taux de ventes aux particuliers et sociétés est très élevé : 81 %. Le triomphe du duo 3008-5008 hisse Peugeot en termes d’immatriculations (+ 6,1 %) comme dans la structure de celles-ci : 71% aux particuliers et sociétés, plus haute part des marques françaises. BMW (– 2,9 %) et Mercedes-Benz (+ 0,8 %) souffrent davantage que ne l’indiquent ces chiffres : 56 % de ventes aux particuliers et sociétés pour Mercedes- Benz, 59 % pour BMW, ce qui est loin de la moyenne nationale (67 %). À tout prendre, la situation d’Audi paraît plus enviable : recul prononcé (– 13,7 %), mais 81 % de ventes saines.