Les ventes ne reflètent pas l’exacte vérité du marché français. Car toutes ne se valent pas entre elles. Pour simplifier, les ventes à particuliers et à sociétés sont celles qui reflètent le mieux la réalité de la demande, et les plus rentables pour un constructeur. Tandis que ventes à loueurs de courte durée et au réseau le sont moins, voire pas du tout. Elles servent pour l’essentiel à désengorger les parcs : ces modèles sont vite revendus sous forme d’occasion à faible kilométrage, voire zéro kilomètre…

Certes, les concessionnaires ont besoin de véhicules de démonstration, Avis et Europcar de voitures de location. Tout est question de proportions. Si une marque se situe en dessus de la moyenne du marché français des ventes à particuliers et sociétés sur les trois premiers trimestres 2018 (68%), alors la structure de ses ventes est saine : seize des trente premiers acteurs sont dans ce cas. Si de surcroît ses résultats commerciaux ont progressé plus vite que la moyenne du marché français (+ 7%), tous ses voyants sont au vert. La liste se restreint alors à dix marques. Soit, par ordre d’importance : Peugeot, Dacia, Toyota, Kia, Hyundai, Skoda, Suzuki, Lexus, Porsche et Jaguar.


Dacia toujours hors concours

Comme d’habitude, Dacia est hors concours, avec 84% de ventes à particuliers : la filiale low-cost de Renault ne pratique pas de ristourne, ce qui décourage les loueurs, mais aussi les sociétés… Sans faire de bruit, Suzuki se maintient également à un très haut niveau de ventes saines : 75% de ses modèles écoulés auprès de particuliers. Toyota et Kia sont traditionnellement sages. Les marques du groupe VW aussi, même quand les ventes faiblissent comme c’est le cas pour Audi. Hyundai ne l’a pas toujours été mais l’est devenu. Quant aux marques françaises, elles n’abusent pas des ventes « tactiques » même si Renault a du mal à se maintenir au-dessus de la moyenne du marché français.
En dessous de cette ligne, débute un autre monde : celui des constructeurs qui ont du mal à écouler leur production de manière naturelle, auprès des particuliers et des entreprises. Mercedes est un habitué des lieux. BMW l’a rejoint depuis trois ans. Fiat et Opel figurent depuis des années en fond de tableau, mais ont opéré une louable redressement en 2018. Trajectoire inverse pour Nissan : ventes globales en berne (- 6%), et un modèle sur deux écoulé parle les tuyaux des ventes tactiques… La marque japonaise est à la peine depuis que le double effet Qashqai-Juke s’est atténué. La position d’Alfa Romeo est inquiétante : 34% de ventes directes à concessionnaires, c’est évidemment trop. Idem pour Jeep, avec 32% des ventes à loueurs. Car alimenter dans de telles proportions le réservoir des Occasions récentes ou zéro km porte atteinte à la valeur résiduelle des modèles d’une marque.


Comment lire ce tableau ?


Toyota, par exemple, 70 907 modèles vendus, a augmenté sa diffusion de 9% lors du premier semestre 2018, progression supérieure à celle du marché français (7%). La feuille de résultats de Toyota est très saine : 79% des ventes opérées auprès de particuliers ou sociétés, soit bien davantage que la moyenne du marché français (68%).
Toyota vend pourtant peu aux sociétés : 13% de ses immatriculations (moyenne nationale, 20%). Mais présente une forte part de ventes à particuliers : 66%, quatrième meilleur score derrière Dacia (84%), Suzuki (75%) et Kia (67%), alors que la moyenne des 30 premières marques de France est de 48%.

Janvier-septembre 2018
Qui est premier, Renault ou Peugeot ?
Qui est troisième, Citroën ou Dacia ?


Palmarès des ventes totales
Rang Marques Ventes
1 Renault 319 746
2 Peugeot 294 691
3 Citroën 161 093
4 Dacia 108 234
5 Volkswagen 104 830
6 Toyota 70 907
7 Ford 63 075
8 Fiat 62 711
9 Opel 54 259
10 Nissan 51 914
11 Mercedes 45 613
12 BMW 42 512
13 Audi 41 320
14 Kia 32 558
15 Hyundai 26 683
16 Seat 23 136
17 Skoda 22 945
18 Suzuki    20 783
19 Mini 19 143
20 DS 18 827



Palmarès des ventes à particuliers
Rang Marques Ventes
1 Peugeot 128 916
2 Renault 127 717
3 Dacia 91 281
4 Citroën 80 792
5 Volkswagen 50 862
6 Toyota 46 581
7 Ford 27 402
8 Fiat 24 984
9 Opel 24 600
10 Kia 21 967
11 Nissan 17 681
12 Audi 17 559
13 Hyundai 16 750
14 Suzuki 15 516
15 BMW 13 642
16 Mercedes 13 154
17 Seat 12 571
18 Mini 11 252
19 Skoda 10 600
20 DS 7 894


Le classement du marché français n’est pas du tout le même selon que sont prises en compte les ventes globales ou les seules ventes à particuliers. Suivant ce dernière critère, Peugeot a délogé en septembre Renault de la place de première marque de France sur les 9 premiers mois de l’année, et Dacia vient en 3e position, devant Citroën !
Plus loin dans le classement, Nissan chute d’un gros étage : 10e au classement général, 11e auprès des particuliers mais désormais menacé par Audi et Hyundai. Mouvement inverse pour Suzuki : 18e toutes ventes confondues, 14e auprès des particuliers.
Certes, les ventes à particuliers ne disent pas tout. Et les marques haut de gamme réalisent un fort pourcentage de leurs ventes auprès des sociétés. Mais elles indiquent la tendance naturelle du marché.


La méthode employée par L’argus


L’argus base son étude sur le tableau détaillé des ventes diffusé chaque mois par le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles. Ce tableau ventile les ventes de chaque marque selon huit catégories d’acheteurs : particuliers, administration, salariés des constructeurs, loueurs de courte durée, loueurs de longue durée, sociétés hors automobile, transit temporaire, concessionnaires (véhicules de démonstration ou courtoisie).
L’Argus agrège les ventes à loueurs de longue durée et à sociétés dans la colonne « Sociétés ». De même que ventes à 5alariés des constructeurs et ventes directes à concessionnaires dans la colonne « Réseau ». La colonne « Loueurs » concerne les ventes à loueurs de courte durée, type Europcar ou Avis, auxquelles sont ajoutées les ventes en transit temporaire : ces modèles sont rachetés quelques mois plus tard par les constructeurs, qui les écoulent sur le marché de l’occasion.
Les ventes à administrations, très majoritairement réalisées par les marques françaises, ne sont pas prises en compte car d’un faible impact : 0,5% du marché total au premier semestre 2018. Cette absence explique toutefois que le total des pourcentages soit parfois très légèrement inférieur à 100%.