Les ventes ne reflètent pas l’exacte vérité du marché français. Car toutes ne se valent pas entre elles. Pour simplifier, les ventes aux particuliers et aux sociétés sont celles qui reflètent le mieux la réalité de la demande, et les plus rentables pour un constructeur. Tandis que ventes à loueur de courte durée et au réseau le sont moins, voire pas du tout. Elles servent pour l’essentiel à désengorger les parcs : ces modèles sont vite revendus sous forme d’occasion à faible kilométrage, voire zéro kilomètre…

Certes, les concessionnaires ont besoin de véhicules de démonstration, Avis et Europcar de voitures de location. Tout est question de proportions. Si une marque se situe en dessus de la moyenne du marché français des ventes à particulier et société sur le premier semestre 2018 (67%), alors la structure de ses ventes est saine : seize des trente premiers acteurs sont dans ce cas. Si de surcroît ses résultats commerciaux ont progressé plus vite que la moyenne du marché français (+ 5%), tous ses voyants sont au vert. La liste se restreint alors à dix marques. Soit, par ordre d’importance : Peugeot, Dacia, Toyota, Kia, Hyundai, Skoda, Suzuki, Mini, Lexus et Jaguar.

Dacia toujours hors concours


Comme d’habitude, Dacia est hors concours, avec 84% de ventes à particulier : la filiale low-cost de Renault ne pratique pas de ristourne, ce qui décourage les loueurs, mais aussi les sociétés… Sans faire de bruit, Suzuki se maintient également à un très haut niveau de ventes saines : 77% de ses modèles écoulés auprès de particuliers. Toyota et Kia sont traditionnellement sages. Les marques du groupe VW aussi, même quand les ventes faiblissent comme c’est le cas pour Audi. Hyundai ne l’a pas toujours été mais l’est devenu.

Quant aux marques françaises, elles n’abusent pas des ventes « tactiques » même si Renault a du mal à se maintenir au-dessus de la moyenne du marché français.

En dessous de cette ligne, débute un autre monde : celui des constructeurs qui ont du mal à écouler leur production de manière naturelle, auprès des particuliers et des entreprises. Mercedes est un habitué des lieux. BMW l’a rejoint depuis trois ans. Fiat et Opel figurent depuis des années en fond de tableau. Et Nissan n’arrive pas à en sortir depuis que le double effet Qashqai-Juke s’est atténué.


Comment lire ce tableau ?

Toyota, par exemple, 49 165 modèles vendus, a augmenté sa diffusion de 5% lors du premier semestre 2018, progression égale à celle du marché français. La feuille de résultats de Toyota est saine : 77% des ventes opérées auprès de particuliers ou sociétés, soit davantage que la moyenne du marché français (67%).
Toyota vend pourtant peu aux sociétés : 12% de ses immatriculations (moyenne nationale, 20%). Mais présente une forte part de ventes à particuliers : 65%, quatrième meilleur score derrière Dacia (84%), Suzuki (77%) et Kia (67%), alors que la moyenne des 30 premières marques de France est de 47%.


La méthode employée par L’argus

L’argus base son étude sur le tableau détaillé des ventes diffusé chaque mois par le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles. Ce tableau ventile les ventes de chaque marque selon huit catégories d’acheteurs : particuliers, administration, salariés des constructeurs, loueurs de courte durée, loueurs de longue durée, sociétés hors automobile, transit temporaire, concessionnaires (véhicules de démonstration ou courtoisie).
L’Argus agrège les ventes à loueur de longue durée et à société dans la colonne « Sociétés ». De même que ventes aux salariés des constructeurs et ventes directes à concessionnaires dans la colonne « Réseau ». La colonne « Loueurs » concerne les ventes à loueur de courte durée, type Europcar ou Avis, auxquelles sont ajoutées les ventes en transit temporaire : ces modèles sont rachetés quelques mois plus tard par les constructeurs, qui les écoulent sur le marché de l’occasion,
Les ventes à administration, très majoritairement réalisées par les marques françaises, ne sont pas prises en compte car d’un faible impact : 0,2% du marché total au premier semestre 2018. Cette absence explique toutefois que le total des pourcentages soit parfois très légèrement inférieur à 100%.


Xavier Chimits et Bertrand Gallienne
Données AAA