Dernière édition hivernale pour l’institution du salon automobile de Detroit, qui fut longtemps un baromètre du secteur tout comme un événement propice au show, voire à la démesure. Las, la grande crise économique est passée par là et le salon, à l’image de la ville, a perdu de son lustre. Il a aussi subi de plein fouet l’essor du CES dans les territoires de l’automobile connectée et autonome et le redéploiement de salons automobiles concurrents (Los Angeles et New-York, par exemple).

Cette année, les analystes parlent volontiers d’une année de transition, en attendant le renouveau de 2020, avec un salon qui se tiendra en juin, et l’éclaircissement de certaines inconnues économiques. « L’édition 2019, c'est une année de transition pour le salon de Detroit et c'est symptomatique de l'état de l'industrie. Nous sommes dans une année de transition pour l'industrie », résume Michelle Krebs, experte chez Autotrader.

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, le ralentissement de l'économie mondiale, le durcissement des politiques environnementales et les changements des goûts des consommateurs sont autant de casse-tête appelant le secteur à se réinventer pour préserver des marges déclinantes et contrer l'offensive des géants de la Silicon Valley.
Si Ford et Volkswagen annoncer mardi une alliance stratégique, le climat dans les allées du Cobo Center, la salle d'exposition située à quelques blocs du siège de GM dans le centre-ville de Detroit, sera à la retenue.

D'autant que la plupart des constructeurs haut de gamme et de luxe (Mercedes-Benz, BMW, Jaguar, Land Rover, Volvo, Lamborghini, Ferrari, Mini, McLaren) brilleront par leur absence, un coup dur pour la ville du Michigan, à laquelle le salon rapporte près de 500 millions de dollars par an et draine environ 800000 visiteurs.

Voitures toujours plus chères

Après une croissance ininterrompue depuis près d'une décennie, les ventes de véhicules neufs aux Etats-Unis devraient baisser en 2019, plombées par la hausse des taux d'intérêt qui affecte le crédit auto, s'accordent à dire les experts.

De surcroît, les voitures, qui sont de plus en plus connectées, sont également devenues beaucoup plus chères que par le passé. L'an dernier, seuls 34% de véhicules neufs vendus valaient entre 20000 et 30000 dollars et le prix moyen d'un véhicule était de 36000 dollars, en augmentation de 3%, selon le cabinet Cox Automotive.

Cette hausse des prix s'explique principalement par la guerre commerciale sino-américaine, qui a renchéri les coûts de l'aluminium et de l'acier, alors que 47% des voitures vendues aux Etats-Unis l'an dernier étaient importées.

« Les tarifs douaniers mis en place représentent environ 2% des prix des voitures aujourd'hui », souligne Jonathan Smoke, économiste chez Cox Automotive. Et selon lui, si Washington venait à imposer le 17 février prochain, comme c'est envisagé, des taxes supplémentaires de 25% sur les exportations automobiles japonaises, chinoises et européennes, ce serait une année 2019 en « montagnes russes » pour l'automobile.
Anticipant le pire, certains constructeurs (GM, Ford, Jaguar) ont pris les devants en engageant des plans de réorganisation, voire de restructuration.

Disparition des petites voitures ?

La mesure la plus symbolique reste la diminution progressive de la production des berlines et des citadines en Amérique du Nord par le Big Three, au profit des grosses voitures (pick-up, SUV et crossovers…), choyées par les consommateurs américains sur fond de bas prix de l'essence à la pompe.

Cette tendance sera célébrée à Detroit, où les grosses voitures vont dominer les présentations des groupes automobiles. Cadillac, qui a promis de sortir six modèles d'ici trois ans, en a donné le ton dans la nuit de dimanche à lundi, en dévoilant la XT6, un crossover massif. La marque a également dévoilé des premières images du concept de son premier véhicule électrique, arme anti-Tesla sur laquelle peu de détails ont filtré jusqu'ici. « C'est important que nous nous reposions sur Cadillac dans notre offensive pour devenir un acteur majeur dans l'électrique », a déclaré Mary Barra, président directeur général de GM.
Fiat Chrysler Automobiles lèvera pour sa part le voile sur le nouveau pickup RAM Heavy Duty, tandis que Ford présentera la nouvelle Explorer. La marque à l'ovale bleu devra toutefois partager l'affiche du salon avec Toyota, les deux constructeurs devant entretenir la nostalgie et dévoiler des voitures sportives surpuissantes, le premier la Mustang Shelby GT 500 et le second la nouvelle Supra, près de vingt ans après l'assemblage du dernier modèle.


(avec AFP)