En 2020, Smart ne commercialisera plus de véhicules équipés de moteur thermique. Elle deviendra donc, après Tesla, la deuxième marque à ne disposer que de modèles 100% électriques et surtout la première à abandonner le pétrole. « Nous revenons aux racines de ce qu’avait imaginé Nicolas Hayek à la fin des années 90 lorsqu’il a conçu la Smart », rappelle Hervé Poquet, brand manager chez Smart.

Cette transformation commence déjà par un changement de nom. À l’instar de la gamme électrique de Mercedes qui a récemment dévoilé le SUV EQC, le label EQ remplace l’appellation Electric Drive. Ensuite, la transition se fera au cours de l’année prochaine avec l’arrêt progressif des moteurs thermiques, aussi bien à Hambach, site lorrain de production de la Fortwo qu’à Novo Mesto, en Slovénie, où est produite la Forfour, à côté de la Renault Twingo.

L’électrique dans les grandes villes


Il s’agit d’un pari osé. Du moins en France. Sur ce marché, la version électrique ne représente qu’entre 20 et 25 % des 5 818 Smart immatriculées à fin octobre avec une très forte disparité géographique, à l’image d’ailleurs des ventes de la marque en France. « 80% de nos modèles sont vendus dans les 15 plus grandes villes de France. Les concessions parisiennes et celles de la petite couronne représentent à elles seules 35 % des ventes », reconnait Hervé Poquet. « Il est vrai que c’est plus difficile dans les villes moyennes, car la Fortwo, qui représente 70% de nos ventes, est considérée comme une voiture 100 % citadine. »

On retrouve donc naturellement cette dichotomie Paris/Province sur le marché de l’électrique. Si le mix énergie en faveur de l’électrique est de 30 à 40 % dans les concessions parisiennes ou lyonnaises, « voire 60 % certains mois », comme nous l’explique le concessionnaire d’Écully (69), c’est loin d’être le cas à Lille ou à Nancy, où les ventes atteignent péniblement les 20 %, lorsque ce n’est pas moins. « Nous avons encore beaucoup d’interrogations sur l’autonomie qui est jugée pas assez suffisante dans l’esprit des clients même si la Fortwo a une vocation urbaine », indique chacun de leur côté le concessionnaire nordiste et lorrain.

Pour rappel, l’autonomie réelle des deux modèles n’excède pas les 130 km alors que l’autre citadine, la Renault ZOE, certes plus grande, atteint les 300 km. Autre frein à son développement, la recharge. Bien que 80 % des possesseurs de voitures électriques se rechargent à leur domicile, le déploiement des bornes de recharge sur le territoire public a un impact psychologique important. Exemple ? « Le réseau des bornes Autolib à Paris, même si elles ne fonctionnent plus depuis cet été suite à la fin du contrat entre la municipalité et le groupe Bolloré, a permis de développer les ventes d’électriques », commente un vendeur de l’ouest parisien.

Des offres adaptées aux copropriétés

D’où une certaine crainte de la part des concessionnaires sur le passage au 100 % électrique. « Il va falloir faire preuve de pédagogie auprès du réseau et rassurer les clients», reconnait Hervé Poquet. Pour cela, Smart a mis en place des offres et des partenariats pour faciliter l’usage de la voiture. Cela passe notamment par une prise en charge totale de l’installation de prises ou de bornes de recharge dans les copropriétés, le principal frein du développement de l’électrique dans les villes. « Pour toute personne désirant installer une prise de recharge dans un parking d’un immeuble, le « droit à la prise » est obligatoire depuis 2015 », rappelle Hervé Poquet.

Mais dans les faits, les syndics trainent souvent des pieds. Pour éviter les réticences, Smart a donc signé un contrat avec Proxiserve, leader des services à l’habitat en France. Cette société, qui travaille déjà avec Renault et Nissan, accompagne donc la marque allemande à installer des prises dans les copropriétés. « Lorsque vous achetez une Smart EQ et que vous habitez dans une résidence collective, c’est le concessionnaire qui s’occupe du dossier », explique Hervé Poquet. Smart propose deux offres. La première est gratuite et intègre l’installation d’une prise renforcée tandis que l’installation d’une borne revient à 312 € TTC, voire moins avec différentes aides. La marque a également signé un partenariat avec Total Spring, filiale du pétrolier spécialisée dans les énergies renouvelables, qui permet de réduire sa facture d’électricité jusqu’à 50% lors des heures creuses.

Smart s’attend à connaître un léger trou d’air à la fin 2019 suite à l’arrêt des modèles thermiques, mais se révèle très confiant pour la suite. « À terme, je souhaite que nous devenions les référents sur l’électrique dans les concessions du groupe », rêve Hervé Poquet.