Questions à Axel Vilaseca, directeur général du groupe Chapat et CEO et Troopy.

L’argus. Quelle est la genèse du projet Troopy ?
Axel Vilaseca. Nous avons eu l’opportunité de faire partie de la première promotion du Moove Lab à la Station F et nous voulions envisager des initiatives au sein du groupe Chapat pour anticiper les changements du métier de distributeur, en particulier en centre urbain. Nous avons étudié ce qui existait dans d’autres villes, comme Madrid, Berlin ou San Francisco, par exemple, et nous avons réalisé que les distributeurs étaient absents des systèmes de mobilité partagée. C’est l’affaire d’opérateurs qui développent un logiciel et le commercialisent ensuite. Nous avons donc eu l’idée de monter le projet Troopy, un service de location de scooters partagés dans Paris. Le lancement a eu lieu mi-2018 et la montée en puissance, vers les 300 scooters, est lancée.

Pourquoi avoir opté pour une voie classique, sous l’angle du partenaire comme des énergies ?
Nous avons réfléchi et nous n’avions pas nécessairement envie de partir de zéro avec un constructeur chinois ou taïwanais, alors que nous avons un partenaire établi avec Yamaha, ce qui nous permet de surcroît de créer des synergies pour les pièces et l’activité de l’atelier. Par ailleurs, l’étude de marché tenait compte de la présence de Cityscoot et de Coop et il nous fallait faire autre chose, d’où le choix de scooters 3 roues de 125 cm3, adaptés pour deux personnes et la moyenne distance. Dans un premier temps, cette solution de scooters thermiques partagés est pertinente, mais nous saurons prendre le virage électrique si telle est la volonté de la Mairie de Paris, notamment. 

L’objectif de 300 scooters est-il toujours à l’ordre du jour ?
Tout à fait, pour la première partie de l’exercice 2019, afin de couvrir 90% de Paris, mais aussi Issy-les-Moulineaux, Boulogne, Asnières, La Défense ou Levallois. Nous avons aussi des projets d’implantation dans d’autres villes en France, comme en Europe.

Le business-model est-il fiable, ou comme d’autres, avez-vous un facteur risque important ?
L’accord avec Yamaha Europe est solide et nous savons que les scooters ont des valeurs résiduelles robustes même après trois ans, c’est un élément clé. Nous estimons que la rentabilité sera au rendez-vous quand nous exploiterons 1200 scooters dans différentes villes. La gestion d’une flotte partagée est un nouveau métier pour nous et nous avons assuré son volet technologique avec une association avec Vulog, qui faisait ainsi ses premiers pas dans le cycle. En outre, j’insiste sur le fait que Troopy, c’est Yamaha. Pour la mobilité partagée 4 roues, les constructeurs développent des offres sans les concessionnaires, alors que c’est le contraire avec Troopy.

Le groupe Chapat ayant aussi une activité automobile, réfléchissez-vous à une offre comparable avec des voitures ?
C’est à l’étude et 2019 devrait donner de premières avancées dans ce domaine, avec nos partenaires constructeurs, Honda, Kia et Mazda. Il y aura deux applications différentes, 4 roues et 2 roues, mais nous pensons à mettre en place un agrégateur, avec un paiement centralisé. A terme, on pourrait l’élargir aux vélos, aux trottinettes, etc. Cette diversification fait partie des priorités pour les distributeurs, sans négliger nos métiers traditionnels pour autant, mais en les repensant, notamment l’après-vente qui soit devenir plus rapide et plus fluide. Cela implique de nouveaux services et parfois de repenser notre immobilier.

On a parfois l’impression que les nouvelles mobilités se développent de manière très éclatée, partagez-vous cette analyse ?
Les initiatives sont nombreuses, certes, mais les nouveaux services de mobilité, notamment pour la mobilité partagée, ne font plus sourire aujourd'hui. Les concepts arrivent à maturité. Il faut encore encadrer ces usages, pour ne pas s’en remettre au civisme des gens, et réfléchir à des offres de mobilité globales. Aujourd'hui, le gouvernement donne des aides pour remplacer certains véhicules, mais pourquoi ne pas envisager de créditer une carte de mobilité globale, au-delà de la seule propriété ?