Un carburant rudement bien né. L'association des constructeurs ACEA a pris la parole le 27 août pour annoncer que la France, comme l'avait écrit L'argus l'an dernier, avait autorisé de son propre chef la commercialisation d'un gazole B10. Ce carburant, composé de 10% de biocarburants et de 90% de produit fossile, ne prendra pas la place de l'actuel gazole B7. Il viendra s'ajouter à la liste des carburants disponibles.

Mais l'ACEA n'a pas réagi pour commenter ce qui aurait dû être un non-évènement. L'association s'inquiète en effet de voir la France faire cavalier seul sur ce sujet. Et pour cause.

Selon la liste des véhicules compatibles avec le B10 publiée par l'ACEA, seules les Peugeot, Citroën et DS fabriquées après 2000 peuvent consommer le nouveau carburant sans souci. Les Renault et Dacia Euro 5 et au-delà aussi. Pour ce qui est des autres constructeurs, c'est non ! "A l'exclusion des véhicules munis d'un logo B10, tous les modèles de la marque XXX ne sont pas compatibles" peut-on lire plusieurs fois dans le communiqué publié par l'ACEA.

L'ACEA s'inquiète d'autant plus de la commercialisation du B10 que le sujet des biocarburants est déjà sensible chez les réparateurs et autres mécaniciens. L'ACEA signale ainsi deux effets pervers propres au B10 : dans certaines conditions de froid, ce gazole serait susceptible de figer et d'entraîner "la formation de cire, qui mène au blocage du circuit de carburant entre le réservoir et les injecteurs". D'autre part, et toujours d'après l'ACEA, le B10 favoriserait le phénomène de la dilution de l'huile moteur.
Explication. Même avec un gazole B7, un peu de carburant passe à l'heure actuelle dans le carter d'huile. Celui-ci, en raison de la forte chaleur qui règne dans le moteur, s'évapore quasi-intégralement lorsqu'il s'y trouve prisonnier. Mais avec le B10, l'affaire ne serait pas la même pour l'association des constructeurs : "Le biodiesel est moins stable" explique l'ACEA, et en raison d'un point d'ébullition supérieur, il ne s'évaporerait pas comme l'autre gazole B7. De ce fait, le B10 se mélange à l'huile, et vient donc perturber la bonne lubrification des organes mécaniques. In fine, selon l'ACEA, "les constructeurs vont devoir prévenir qu'il faut changer l'huile moteur à des intervalles plus fréquents"...

Des constructeurs moyennement ravis, et un CNPA qui l'est tout autant : "Au moment où l'on tape sur le diesel, comment un propriétaire de station-service peut-il investir dans un produit qui tend à disparaître ?" se demande ainsi Francis Pousse, le président de la branche des détaillants en carburants. Enumérant des problèmes de cuve, de stockage etc, Francis Pousse "ne voit pas une distribution massive de B10 dans les prochaines années". Au grand dam de ceux parvenus à l'imposer au gouvernement français ?