Très abruptement chahuté en Bourse, Valeo cultive bien malgré lui une forme de paradoxe, dans la mesure où ses résultats sont solides et ses prises de commandes bien orientées. En outre, le groupe n’a pas manqué de se positionner sur les technologies d’avenir (électrification des chaînes de traction, essor des véhicules connectés et autonomisation de la conduite, nettoyage et éclairage intelligents…), ce qui s’est parfois traduit par des opérations de croissance externe saluées par les analystes et les places de marché.

Toujours est-il que le cours de l’action se situe à un niveau extrêmement bas, à 24,2 euros, et que les agences se montrent sévères, comme l’illustre la dégradation « d’acheter à conserver » mise en place par le groupe Société Générale. Le phénomène ne date pas d’hier, mais il s’est encore brutalement amplifié.

Deuxième "profit warning" en moins de quatre mois


Pourtant, « Nous avions clairement indiqué, le 25 juillet dernier, que le chiffre d’affaires de Valeo serait impacté au 3ème trimestre, de façon temporaire en Europe par le WLTP, et en Chine par un ralentissement du marché », rappelle Jacques Aschenbroich, président directeur général du groupe, avant d’avancer que cette situation conjoncturelle va se poursuivre au dernier trimestre et par conséquent, d’émettre un nouvel avertissement sur résultats, le deuxième en l’espace de quatre mois. « Le groupe revoit ses objectifs pour l’année 2018, avec d’une part, une croissance du chiffre d’affaires de l’ordre de 6% à taux de change constants, après les intégrations réussies d’Ichikoh au Japon, Valeo-Kapec en Corée du Sud et FTE automotive en Allemagne, et une surperformance du chiffre d’affaires première monte de l’ordre de 2 points sur le 2ème semestre ; et d’autre part, une marge opérationnelle, hors quote-part dans les résultats des sociétés mises en équivalence, comprise entre 6,2% et 6,5% du chiffre d’affaires et de génération de cash flow libre comprise entre 120 et 150 millions d’euros », détaille un communiqué.

Et Jacques Aschenbroich rappelle que des mesures ont d’ores et déjà été prises pour maîtriser plus encore les grands équilibres financiers du groupe : « Dans ce contexte de l’évolution de nos marchés et de la poursuite de la hausse du prix des matières premières, nous avons réagi dès le mois de juillet en mettant en place un plan d’action vigoureux, qui vise à réduire ses investissements de 100 millions d’euros par rapport à 2017, et à réduire ses coûts de l’ordre de 100 millions d’euros. Ces actions seront poursuivies autant que nécessaire en 2019 ».

Un groupe robuste et équilibré


Ce large préambule est symptomatique du climat de doute qui plane soudain sur le secteur automobile, d’autres équipementiers et plusieurs constructeurs ayant aussi été contraints d’opérer des « profit warning ». Pourtant, les résultats trimestriels de Valeo ne sont pas mauvais, à défaut d’être brillants. Le chiffre d’affaires consolidé s’établit à 4,48 milliards d’euros (dont 3,90 milliards pour la première monte), soit une progression de +5% à taux de change constants, mais en repli de 1% à périmètre constant (hors acquisitions récentes d'Ichikoh au Japon, de Valeo-Kapec en Corée du Sud et de FTE Automotive en Allemagne).

Au cumul des neuf premiers mois de l’année, Valeo a enregistré un chiffre d’affaires de 14,42 milliards d’euros (dont 12,53 milliards en OE), soit une hausse de 2% à périmètre et taux de change constants. Par ailleurs, le groupe fait valoir des équilibres sains : au niveau des marchés (31% de l’activité OE en Asie, 47% en Europe, 20% en Amérique du Nord et 2% en Amérique du Sud), comme au niveau des clients (34% du chiffres d’affaires avec des clients asiatiques, 29% avec des clients allemands, 13% avec des clients français et 18% avec des clients américains).